Revue de réflexion politique et religieuse.

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Depuis le mois de janvier 2022, la revue publie désormais régulièrement en ligne des articles, notes de lectures, entretiens, ou contribution spontanées qui lui sont adressées

8 Sep 2022

Europe et Russie : fragments pour une compréhension mutuelle par Boris Lejeune

Le texte qui suit nous a été proposé par Boris Lejeune, qui a plusieurs fois collaboré à notre revue. Rappelons qu’il est artiste peintre, sculpteur et poète, et, point important pour comprendre ce qu’il écrit ici, qu’il est né à Kiev, alors capitale de la République socialiste soviétique d’Ukraine, en 1947. Contraint de quitter l’URSS en 1980, il est depuis installé en France. On peut donc aisément comprendre que le conflit actuel en Ukraine lui soit particulièrement sensible. Sa réflexion est empreinte de tristesse devant la version actuellement officialisée en Europe, qui a brutalement rejeté le monde russe dans les ténèbres orientales.

En 1968 l’article « Réflexions sur le progrès, la coexistence pacifique et la liberté intellectuelle » écrit par Andreï  Sakharov, trois fois Héros du Travail socialiste, lauréat des prix Staline et Lénine, futur lauréat du Prix Nobel de la paix, circulait en samizdat.Il y affirmait de façon prophétique : « Le manque de proximité de l’humanité la menace de mort. Menace la civilisation : guerre nucléaire généralisée ; une famine catastrophique pour la plus grande partie de l’humanité ; bêtise par l’ivresse de la “culture de masse” et dans le vice du dogmatisme bureaucratisé ; les mythes de masse qui jettent des peuples entiers et des continents aux mains de démagogues cruels et insidieux ; la disparition et la  déchéance dues aux résultats imprévisibles de changements rapides des conditions de vie sur la planète.  (suite…)

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30 Avr 2022

La fin de la Chrétienté, de Chantal Delsol par Philippe de Labriolle

Après dix ans d’une thèse d’État rédigée sous l’égide de Julien Freund – Tyrannie, dictature, despotisme : problèmes de la monocratie dans l’Antiquité –, Chantal Delsol a infléchi sa passion spéculative vers la pensée de la cité contemporaine, dans la lignée d’Hannah Arendt[1]. Elle en partage la dénonciation des systèmes totalitaires, et le goût des synthèses, sans en égaler la pertinence. Sa façon de tendre à la vérité et simultanément d’en redouter le prestige conduit cette « libérale-conservatrice », et s’affirmant telle, à trouver à l’agnosticisme relatif un charme inattendu, fauteur d’une sécurité bien incertaine.

Ayant reçu une éducation catholique dans le sérail favorisé du lyonnais, cette observatrice de nos semblables et de leurs tropismes sera un soutien fidèle pour des choix de société cruciaux tels que le refus du mariage pour tous, ou la dénonciation de l’effondrement général du niveau scolaire. Sous l’influence d’un père biologiste et maurrassien, elle agrée le cadre religieux de sa formation, redoute les prométhéens, mais revendique une démiurgie d’esprit affranchi. (suite…)

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4 Avr 2022

Église et modernité. Les interprétations paradoxales de George Weigel par Louis-Marie Lamotte

Remettre en cause les idées reçues sur la rencontre difficile entre l’Église catholique et la modernité : tel est le but que se propose l’essayiste catholique américain George Weigel dans L’ironie du catholicisme moderne[1]. L’auteur n’entend pas y livrer un récit exhaustif des rapports entre l’Église et le monde moderne, mais déplacer le regard porté sur des relations trop souvent envisagées comme une lutte à mort ou un jeu à somme nulle. La thèse fondamentale de l’auteur est que la modernité a aidé l’Église à redécouvrir des vérités fondamentales longtemps oubliées ou négligées (p. 18). L’histoire du catholicisme postrévolutionnaire est donc pour G. Weigel celle d’une prise de conscience progressive par l’Église de sa véritable mission, qui ne consiste pas à combattre la modernité, mais à la convertir de l’intérieur. Après une période de lutte frontale entre le catholicisme et le monde moderne issu des Lumières et de la Révolution, le pontificat de Léon XIII ouvre une première tentative d’ « exploration parfois sceptique, parfois intriguée de la modernité » que l’auteur désigne comme une véritable « révolution léonine » (p. 99-100). (suite…)

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4 Avr 2022

L’invention d’un mythe par Guy Hermet

En fait un peu antérieur à l’étude de Rafael Sánchez Saus[1], portant également sur le  mythe de l’Andalousie musulmane comme modèle de cohabitation heureuse entre l’islam, le catholicisme et le judaïsme dans un territoire de souveraineté musulmane, l’ouvrage de Serafín Fanjul[2] le complète opportunément. Il s’agit de même d’un livre « politiquement incorrect », à contre-courant de la tendance de nos jours dominante consistant à célébrer ce qui n’est pourtant qu’un mythe démenti par le gros de la littérature historique sur le sujet. Membre de l’Académie royale d’histoire espagnole et professeur de littérature arabe à l’Université autonome de Madrid, Serafin Fanjul s’érige donc contre le travestissement de la longue période de domination musulmane de l’Espagne. Période qui s’étend de l’agression arabo-berbère fulgurante des années 711-754  à la disparition du Royaume de Grenade en 1492, en passant par le moment triomphal du califat de Cordoue (929-1031), présentée comme règne supposé d’une Arcadie illustrée par la cohabitation harmonieuse et pacifique des trois cultures arabo-musulmane, catholique et juive. Pour l’auteur en revanche, « Le bon sauvage n’a jamais existé, pas plus en al-Andalus qu’ailleurs. Ce que l’Islam a perdu n’est en rien un paradis originel » (p. 669). (suite…)

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4 Avr 2022

Islam, entre imaginaire et réalité par Jean-Pierre Ferrier

Comment peut-on aujourd’hui oser  écrire un livre  sur l’islamisme et ses rapports avec l’islam sans encourir les violentes critiques de la classe bien-pensante ?  C’est un véritable spécialiste de l’islamologie,  Marie-Thérèse Urvoy, qui s’y est attaqué, en collaboration avec Dominique Urvoy, comme souvent, dans Islam et islamisme[1]. La première et principale difficulté est la définition de ces deux termes, qui est essentielle et ne peut être neutre. À reprendre quelques ouvrages et  articles de ces cinquante dernières années, on comprend vite comment la définition retenue détermine le contenu ou, inversement, comment la conception qu’on se fait de l’islam et de l’islamisme prédéfinit leur contenu. Pour sa part, Marie-Thérèse Urvoy a choisi d’y voir deux frères. Le sous-titre heureux de son livre court et très dense est lui-même source de difficultés ou de questions ; la religion de l’islam  est-elle complétée, dédoublée, contrariée ou menacée dans son existence même par cet islamisme qui fait peur ?

Avec prudence, l’auteur a adopté une stratégie progressive ;  sans la contester,  elle part de la filiation possible de la prophétie de Mahomet (on gardera la graphie traditionnelle en France) en un duo fraternel, et  donc de la distinction apparue au XIXe siècle pour tenter de différencier, dans ce que l’on englobait jusqu’alors dans « l’islam » ce qui est vraiment religieux et ce qui est vraiment social ou politique. (suite…)

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22 Mar 2022

L’Église de France, la persécution des juifs et le Vatican (1940-1944) par Limore Yagil

La grande majorité de l’Église de France, surtout la hiérarchie épiscopale, accueillit avec enthousiasme et espoir les propositions de « rénovation nationale » énoncées par le maréchal Pétain, chef du gouvernement de Vichy. Dès le lendemain de sa constitution, le nouveau régime édicta quelques décrets qui laissaient clairement présager ses intentions concernant les juifs. La hiérarchie catholique, à quelques exceptions près, n’a pas encouragé l’antisémitisme officiel du régime de Vichy. Par tradition, l’Église affirme que l’obéissance à l’autorité est pour les fidèles une obligation de conscience. Si la majorité des évêques ont été concrètement fidèles à Pétain, certains ont distingué entre la légitimité de l’État et la validité de sa législation, et encouragé leurs fidèles, en particulier les religieuses et les prêtres de leurs diocèses, à agir pour secourir des juifs, et ceci bien avant l’été 1942. Face aux rafles des juifs en été 1942, six évêques ont riposté publiquement, chacun avec un style différent.

Ce qui est intéressant, c’est que d’autres prélats restés silencieux ne sont pas restés passifs dans leur diocèse. « Les évêques avaient su maintenir intactes les exigences de la conscience chrétienne sur les enjeux fondamentaux concernant la personne humaine et notamment la persécution antisémite », a précisé le cardinal Lustiger[1]. (suite…)

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2 Mar 2022

Le motu proprio Traditionis custodes et ses suites. Occasion providentielle ou victoire à la Pyrrhus ? par Laurent Jestin

Le motu proprio Traditionis custodes (16 juillet 2021) a eu pour objet d’annuler celui de Benoît XVI, Summorum Pontificum, publié quatorze années auparavant. Le propos de ce dernier était d’arriver à une pacification des tensions entre partisans des liturgies postconciliaires et fidèles à la liturgie héritée des siècles passés, dite de saint Pie V mais assurément bien antérieure, posant pour cela que chacune de ces deux « formes » exprimaient la même conception de la liturgie. L’acte du 16 juillet dernier a été suivi de plusieurs autres, formant un ensemble répressif brutal, incompris, estimé abusif par beaucoup, dont divers évêques et cardinaux. À l’inverse, divers autres se sont bruyamment réjouis de la disparition de ce qu’ils considéraient comme une anomalie affectant non seulement la discipline liturgique, et surtout une contradiction inacceptable. Selon eux, la différence va au-delà des formes, elle traduit plutôt une rupture de fond : non une différence cérémonielle, mais une opposition radicale entre une théologie de la messe antérieure à 1969, révoquée, et une autre théologie, incompatible avec la précédente. (suite…)

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25 Jan 2022

Entretien sur le concept d’État profond par La Rédaction

« Nous sommes en présence de deux phénomènes parallèles, l’un qui est la réaction de défense sanitaire au sein de chaque État , justifiant un « état d’exception » temporaire, proportionné à la gravité réelle d’une menace à l’encontre d’une population, et délimité par la nature médicale de celle-ci, l’autre qui consiste en l’implantation, à la faveur de l’événement, des bases d’un régime politique apparemment nouveau, ayant une allure tyrannique.

Dans ce climat opaque, on parle d’hybridation pour désigner cette interpénétration entre instances légales et intervenants clandestins, qui rend indiscernable la localisation des détenteurs du pouvoir réel »

Entretien avec le directeur de la rédaction à retrouver en ligne : https://www.hommenouveau.fr/3900/politique-societe/allons-nous-vers-un-etat-profond-planetaire—br-entretien-avec-bernard-dumont–directeur-de-catholica.htm (site de l’Homme Nouveau)

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4 Jan 2022

Fin d’une tentative de conciliation par Laurent Jestin

[Note : le texte suivant a été publié dans le numéro 153. Un dysfonctionnement d’impression ayant éludé l’ensemble de ses notes de bas de page, il est ici publié en version intégrale et rétablie]

Traditionis custodes, la lettre apostolique en forme de motu proprio du pape François « sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 », a frappé par les restrictions pratiques drastiques qu’elle contient. La lettre aux évêques l’accompagnant énonce le terme visé : l’extinction de la messe célébrée selon l’usus antiquior, ce qui, plus que le ton abrupt que tous ont noté, fait de ces restrictions un changement de cap radical. Mais quel en est le fondement ? Nombre de récipiendaires, souvent pour s’en désoler ou s’en déclarer exempts, se focalisent sur l’accusation d’une collusion entre missel ancien et refus du concile Vatican II et du magistère postérieur. C’est se tromper sur l’importance de ce motif effectivement invoqué. Il est second et, pour le bien comprendre dans la logique du motu proprio, il convient de relever une première opposition, plus fondamentale, à la source du raisonnement de Traditionis custodes. Cela, qui n’apparaît qu’en filigrane dans la lettre d’accompagnement adressée aux évêques, se trouve développé par celui qu’à bon droit on considère comme l’un des inspirateurs du document papal et son interprète le plus autorisé, à savoir Andrea Grillo[1]. C’est ainsi un commentaire sur trois niveaux –  le motu proprio lui-même, la lettre qui l’accompagne, l’explicitation d’Andrea Grillo – que nous nous proposons d’entreprendre, avec pour centre l’article 1er du motu proprio, dans le parti pris assumé d’un accord substantiel entre les deux premiers et le troisième niveau. (suite…)

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10 Nov 2021

Les réponses non proportionnées d’une théologie morale « proportionnelle » par Dom Giulio Meiattini


Le texte qui suit est la traduction d’un chapitre du livre collectif 
Mors tua vita mea, publié sous la direction de Massimo Viglione (Maniero del Mirto, Albano Laziale, 2021, 332 p.), repris ici dans notre traduction avec l’autorisation de l’éditeur et de l’auteur. Le long sous-titre de l’ouvrage en indique l’objet précis : « La fin ne justifie pas les moyens. Sur l’illicéité morale des vaccins qui utilisent les lignes cellulaires de fœtus victimes d’avortements volontaires ».[1]

Le débat sur l’utilisation de lignées cellulaires provenant d’avortements volontaires pour tester et/ou produire des vaccins (ou « prétendus vaccins ») est devenu une affaire très controversée et très discutée, même dans les milieux catholiques, uniquement à la suite des problèmes de santé causés par la propagation du Sars-Cov-2. Jusqu’alors, le sujet était traité presque exclusivement par des experts en bioéthique et en théologie morale, ou traité dans très peu de textes magistériels. Ce sont les circonstances récentes entourant une vaccination de masse inédite qui ont mis la question sous les feux de la rampe et lui ont donné une toute nouvelle résonance.

(suite…)

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9 Mai 2020

Parution : La dignité humaine. Heurs et malheurs d’un concept maltraité par La Rédaction

Parution de cet ouvrage collectif réalisé sous la direction de Bernard Dumont, Miguel Ayuso, Danilo Castellano. Au registre des idées reçues, l’affirmation selon laquelle la dignité humaine est une découverte des Lumières tient une place de choix. Mais on n’a pas attendu Kant pour considérer que l’être humain tient une place éminente dans la Création, et le christianisme voit dans la personne du Verbe incarné l’Exemplaire même de toute dignité. Par contraste, la philosophie moderne a voulu placer la racine de la dignité dans l’autonomie, c’est-à-dire dans l’affranchissement de toute loi extérieure à la volonté humaine, et non plus dans l’honneur d’accomplir librement ce qui est bien.
La postmodernité voit s’exacerber sous nos yeux les contradictions provoquées par ce « concept maltraité », utilisé à toutes les sauces mais inapte à poser des bornes infranchissables à toute espèce de transgression. Par des chemins de traverse, ce retournement de perspective a progressivement pénétré l’Église catholique, en particulier sous l’influence de Jacques Maritain, et a pesé sur le concile Vatican II, grâce notamment aux efforts du jésuite américain John Courtney Murray, suscitant plus de difficultés que d’heureux effets. Faut-il alors dire avec Steven Pinker que « la dignité est une stupidité » ? Mieux vaudrait plutôt reprendre la question sur des bases plus assurées.

> Commander l’ouvrage   | > Lire la recension de Cyrille Dounot (n. 147)

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4 Nov 2019

Mariage chrétien et immaturité par Antoine Bied-Charreton

En réponse à Phillipe de Labriolle et Luis Maria de Ruschi, à propos des écrits récents de Claude Jeantin. Claude Jeantin, avocat ecclésiastique (Lyon), a publié dans l’Année Canonique 2016 (Letouzey et Ané Ed., Tome LVII, pp. 39-71), un important article sur le thème « Immaturité Postmoderne et Contrefaçons du Mariage » ; en septembre dernier, une monographie développée sur le même sujet (« L’immaturité devant le Droit Matrimonial de l’Église », même éditeur, 428 p.). Dans le numéro 143 de Catholica (pp. 40-51), Philippe de Labriolle [lire], psychiatre hospitalier à Orléans, a donné un compte-rendu de ce dernier ouvrage, dans des termes qui traduisent son adhésion.

Brochant sur le tout, cet article a lui-même suscité un commentaire dans le numéro suivant de la Revue, de la part de Luis Maria de Ruschi [lire], juge ecclésiastique à Buenos Aires. Sans engager en rien l’Officialité de Paris-Île de France, au sein de laquelle j’exerce les fonctions de Défenseur du lien depuis 2014, je souhaite ajouter mes propres observations à ce débat important du point de vue du droit matrimonial canonique.

Il est de fait que le Canon 1095[1] est, en tout cas en France, le chef de nullité de loin le plus souvent invoqué par les parties. Il ressort de l’unique enquête statistique à laquelle nous avons accès[2] que pour la province ecclésiastique d’Ile de France et la dernière année couverte par l’enquête (2013), le grave défaut de discernement de l’épouse avait été invoqué dans 76% des causes (sur lesquels 53% de réponse « positive »), les pourcentages applicables aux époux étant peu différents (respectivement 72 et 49 %). (suite…)

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16 Oct 2018

Une solution de continuité doctrinale. Peine de mort et enseignement de l’Église par Cyrille Dounot

« Si l’Évangile interdit aux États d’appliquer jamais la peine de mort, saint Paul lui-même alors a trahi l’Évangile » Cardinal Journet[1]

Le 11 mai 2018, lors d’une audience concédée au préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le pape a approuvé une nouvelle version du § 2267 du Catéchisme de l’Église catholique (CEC) indiquant notamment : « L’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que la peine de mort est inadmissible. » Cette modification doctrinale est actée par un simple rescrit, réponse écrite d’ordre administratif, donné lors d’une audience ordinaire, ex Audentia Sanctissimi.
Daté du 1er août 2018, il indique seulement que le nouveau texte sera promulgué « par impression dans LOsservatore Romano, entrant en vigueur le même jour, et ensuite sera publié dans les Acta Apostolicæ Sedis ». Il s’agit d’un texte juridique de faible envergure, employé ordinairement pour des questions règlementaires, et non doctrinales. De surcroît, l’approbation pontificale de ce nouveau paragraphe n’a pas été faite en « forme spécifique », qui abrogerait toute disposition antérieure traitant du même sujet. Le texte latin porte que le pape en a simplement « approuvé la formulation ». Il s’agit d’une approbation en « forme générique », permettant de soutenir que les dispositions antérieures contraires peuvent être tenues pour toujours valables. Enfin, ce texte de forme juridique mineure cache mal un mépris des formes et des institutions, en établissant que son entrée en vigueur dépend d’une publication dans la presse officieuse du Saint-Siège (dérogeant au principe établi par le can. 8, §1), laissant dédaigneusement au journal officiel du Vatican le soin d’en assurer une copie. (suite…)

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28 Mar 2018

Pourquoi le colonel Beltrame a-t-il été égorgé ? par La Rédaction

L’entretien suivant avec l’islamologue Marie-Thérèse Urvoy, extrait de notre numéro 139 (printemps 2018), répond indirectement à cette question.

Catholica – Comment expliquer l’émergence de l’extrémisme dans le modus operandi de ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme islamiste ? Qu’est-ce que cela dit de l’état d’esprit actuel du, ou d’un certain monde islamique ?

Marie-Thérèse Urvoy – La violence n’est pas l’essence de l’islam mais elle a existé en lui dès le début. La première scission qui est apparue, celle des Kharigites (d’abord sectateurs de ‘Alî, puis s’opposant à lui après qu’il ait accepté le principe de l’arbitrage) a pris une forme extrême chez les Azraqites, très radicaux (condamnant tout pécheur, quelle que soit sa faute) et très violente (mise à mort, réduction en esclavage de sa famille). L’azraqisme a été contré parce qu’aucune société ne peut s’établir sur une base aussi radicale. ‘Alî les a combattus de façon également violente et le kharigisme ne s’est perpétué que sous des formes très atténuées.  Néanmoins, la possibilité d’une interprétation radicale de l’islam a perduré, se manifestant périodiquement sous des formes très violentes, même sans référence au kharigisme (cf., par exemple le tamyîz d’Ibn Tûmart, aboutissant à l’exécution de groupes entiers jugés non fiables). (suite…)

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16 Mar 2018

Un nouvel avatar de l’herméneutique de la continuité par Pierre Charles

Il y a 5 ans, Benoît XVI annonçait, dans l’incrédulité générale, sa renonciation au trône pontifical. Depuis cinq ans, les milieux conservateurs ne cessent de s’interroger sur les raisons profondes de ce geste, dans la mesure où les motifs allégués par l’intéressé dans son discours du 11 février 2013, comme dans les Dernières conversations avec Peter Seewald en 2016, sont apparus comme trop faibles ou décevants au regard de la stature et de l’élévation que ses admirateurs attribuaient et attribuent encore au pape Benoît. Les raisons de la démission étaient, en somme, en contradiction non seulement avec l’éthos théologique – la lutte à mort contre le relativisme –, mais encore avec l’éthos martyrologique que Benoît XVI avait lui-même construit dans ses différents discours de 2005 : l’éthos de celui qui ne fuirait pas devant les loups.

L’anniversaire de cet événement, ainsi que celui de l’élection du pape François, ont été marqués cette année par deux nouvelles particulièrement pénibles pour le camp conservateur. Cette fois, les déclarations problématiques ou douloureuses ne sont pas venues de l’entourage proche de Benoît XVI, en particulier de son secrétaire, Mgr G. Gänswein, ou de son frère aîné, Mgr G. Ratzinger, mais de l’intéressé lui-même, dont on pouvait dire, jusque-là, qu’il s’était abstenu d’intervenir avec clarté dans les différents débats dans lesquels son nom avait été agité pour servir indifféremment l’un ou l’autre des étendards. (suite…)

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2 Fév 2018

Collectif, Chrétiens d’Orient. 2 000 ans d’histoire. par La Rédaction

Collectif, Chrétiens d’Orient. 2 000 ans d’histoire, Catalogue de l’exposition, Gallimard, Muba, Institut du monde arabe, octobre 2017, 29 €.

Rubrique(s) : Bibliographies n. 138, Revue en ligne
5 Mai 2017

Dieu, l’État et moi par La Rédaction

Ce roman est sorti un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle. Sans vouloir peiner l’auteur, la plus grande partie de ses 440 pages n’a qu’une valeur mineure, imaginant de manière aussi fantaisiste que conventionnelle les premiers mois d’un nouvel élu à la présidence, immédiatement plongé dans toutes sortes de soucis. L’objet principal n’apparaît que progressivement : ce président, qui est catholique, a d’étranges rêves lumineux, qu’il soumet à examen médical, puis théologique en s’adressant à l’archevêque de Paris et au Pape… Cela lui suggère de faire le lien entre le désordre qu’il constate dans le domaine politique et la nécessité de trouver un fondement stable sur lequel reconstruire un ordre cohérent. « Les Droits de l’homme sont un texte juridique. Aucune loi n’est supportable sans un fondement : il faut un projet qui la sous-tende. Je ne veux plus que les droits de l’homme procèdent de l’individu, mais d’une clé de voûte unique, qui ne soit pas assujettie aux modes. » Il faut « un outil commun, mais indépendant de chacun. Une norme supérieure. Une valeur qui soit indépendante des hommes. Extérieure à eux. Transcendante. » Lorsqu’il officialise les visions dont il bénéficie et les conséquences qu’il en tire, le Sénat le menace de destitution pour atteinte à la sacro-sainte laïcité, tandis que les évêques émettent des déclarations alambiquées. (suite…)

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13 Nov 2016

Le transhumanisme est un intégrisme par La Rédaction

ouvre2Signalons la parution de cet intéressant ouvage : « Si le transhumanisme touche un large public au-delà de ses fondateurs, de ses dirigeants ou de ses membres, c’est que les individus intègrent peu à peu les normes de la société où ils vivent, au point de désirer les reproduire.»

« Mieux qu’un pamphlet, un bréviaire de résistance » qui mérite d’être lu.

Mathieu Térence. Le transhumanisme est un intégrisme. Cerf, octobre 2016, 100 pages, 10 €

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26 Oct 2016

Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! par La Rédaction

ouvrageDans le n. 131 (printemps 2016) de Catholica, Pierre Charles a présenté un livre paru en Italie, intitulé Ancilla hominis, de Pasquale Danilo Quinto. Il rappelait en commençant qui était cet auteur, renvoyant notamment à son autobiographie parue en 2012, Da servo di Pannella a figlio libero di Dio. Ce titre exprimait clairement une conversion, le passage de la condition d’esclave à la liberté des enfants de Dieu. Esclave de qui ? de Marco Pannella, l’un des plus typiques représentants de tout ce qu’a pu concentrer de haine de l’ordre social l’athéisme activiste post-soixante-huitard. Pannella est mort au mois de mai dernier, mais son parti « radical » demeure actif, tout comme son ancienne compagne de combat Emma Bonino, grande zélatrice de l’avortement, du gender et autres grandes causes du moment. (suite…)

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