Revue de réflexion politique et religieuse.

En librairie : numéro courant

Numéro 135 : Quitter la cage d’acier

Une communauté politique acquiert et maintient sa cohésion par des voies d’autorité, certes, mais aussi par jeu d’influences mutuelles ou respect de conventions établies. La sociologie américaine du milieu du siècle dernier a nommé cela le « contrôle social », concept neutre ne préjugeant en rien de la valeur objective, en regard du véritable bien humain, de l’organisation concrète de telle ou telle société, à la différence d’un Aristote ou d’un saint Thomas d’Aquin, attentifs à l’interrelation des causes de l’ordre social et au degré de respect du bien commun comme critère ultime de jugement. L’approche sociologique, élaborée dans le cadre général d’une culture scientifique agnostique, prétend s’interdire de juger, facilitant ainsi la réduction au rang d’opinion de toute appréciation sur la bonté ou la nocivité des situations de fait. Il n’empêche qu’elle fait apparaître bien des aspects de la réalité, comme cette « cage d’acier » dans laquelle, il y a un siècle, Max Weber nous voyait déjà enfermés, conséquence inéluctable de l’esprit du capitalisme, lui-même inspiré du puritanisme. Des sociologues français ont beaucoup contribué, en pleine période soixante-huitarde, à mettre en avant l’évolution du contrôle social dans le cours de la modernité, soit avec Michel Foucault, dans la logique de la rationalisation technique, soit encore avec Pierre Bourdieu, en s’emparant du langage comme véhicule implicite de la normalité. Des notions telles que celles de domination, d’orthopédie sociale, de surveillance centrale (inspirée du Panoptique de Bentham) ont alors été vulgarisées pour stigmatiser toute forme d’ordre et de discipline, en symbiose avec la pente naturelle du capitalisme à lever tout obstacle à l’hédonisme moteur de la consommation.

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Blog de la revue

5 Mai 2017

Dieu, l’État et moi

Ce roman est sorti un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle. Sans vouloir peiner l’auteur, la plus grande partie de ses 440 pages n’a qu’une valeur mineure, imaginant de manière aussi fantaisiste que conventionnelle les premiers mois d’un nouvel élu à la présidence, immédiatement plongé dans toutes sortes de soucis. L’objet principal n’apparaît que progressivement : ce président, qui est catholique, a d’étranges rêves lumineux, qu’il soumet à examen médical, puis théologique en s’adressant à l’archevêque de Paris et au Pape… Cela lui suggère de faire le lien entre le désordre qu’il constate dans le domaine politique et la nécessité de trouver un fondement stable sur lequel reconstruire un ordre cohérent. « Les Droits de l’homme sont un texte juridique. Aucune loi n’est supportable sans un fondement : il faut un projet qui la sous-tende. Je ne veux plus que les droits de l’homme procèdent de l’individu, mais d’une clé de voûte unique, qui ne soit pas assujettie aux modes. » Il faut « un outil commun, mais indépendant de chacun. Une norme supérieure. Une valeur qui soit indépendante des hommes. Extérieure à eux. Transcendante. » Lorsqu’il officialise les visions dont il bénéficie et les conséquences qu’il en tire, le Sénat le menace de destitution pour atteinte à la sacro-sainte laïcité, tandis que les évêques émettent des déclarations alambiquées. (suite…)

13 Nov 2016

Le transhumanisme est un intégrisme

ouvre2Signalons la parution de cet intéressant ouvage : « Si le transhumanisme touche un large public au-delà de ses fondateurs, de ses dirigeants ou de ses membres, c’est que les individus intègrent peu à peu les normes de la société où ils vivent, au point de désirer les reproduire.»

« Mieux qu’un pamphlet, un bréviaire de résistance » qui mérite d’être lu.

Mathieu Térence. Le transhumanisme est un intégrisme. Cerf, octobre 2016, 100 pages, 10 €

26 Oct 2016

Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !

ouvrageDans le n. 131 (printemps 2016) de Catholica, Pierre Charles a présenté un livre paru en Italie, intitulé Ancilla hominis, de Pasquale Danilo Quinto. Il rappelait en commençant qui était cet auteur, renvoyant notamment à son autobiographie parue en 2012, Da servo di Pannella a figlio libero di Dio. Ce titre exprimait clairement une conversion, le passage de la condition d’esclave à la liberté des enfants de Dieu. Esclave de qui ? de Marco Pannella, l’un des plus typiques représentants de tout ce qu’a pu concentrer de haine de l’ordre social l’athéisme activiste post-soixante-huitard. Pannella est mort au mois de mai dernier, mais son parti « radical » demeure actif, tout comme son ancienne compagne de combat Emma Bonino, grande zélatrice de l’avortement, du gender et autres grandes causes du moment. (suite…)

14 Sep 2016

Bicéphalisme pontifical : illusions et dangers

actigLe 28 juin dernier, le « pape émérite » a fait un bref retour médiatique, pour participer à une cérémonie organisée au Vatican à l’occasion des 65 ans de son ordination sacerdotale, et présidée par son successeur.

Cet événement s’est déroulé dans le contexte des débats provoqués par les déclarations de son secrétaire particulier, Mgr Georg Gänswein, qui, en mai, a développé la théorie d’un « ministère pétrinien élargi » et d’un « pontificat d’exception » de Benoît XVI (Ausnahmepontifikat).

Ce mot a donné lieu à toutes les interprétations, lesquelles ont appelé un recadrage sans ambiguïtés de la part de François, dans l’avion qui le ramenait d’Arménie, le 27 juin 2016 : « Il n’y a qu’un seul pape, l’autre […] est “pape émérite”, et non pas le second pape. Il est fidèle à sa parole, c’est un homme de Dieu, très intelligent et qui pour moi est comme un grand-père sage à la maison. ». Le discours de remerciement improvisé pendant quelques minutes par le même « pape émérite », le 28 juin, a pris la forme d’une courte dissertation spirituelle. Mais les conservateurs y ont lu une remise en cause de l’actuel « pape actif ». La centralité du motif de l’action de grâce, également pris dans le sens eucharistique, a été interprétée par Antonio Socci [ici], par exemple, comme une leçon de respect eucharistique administrée par « Benoît XVI » au « pape argentin », en pleine période de rapprochement avec les protestants : une véritable herméneutique du désespoir !. Mais le « pape émérite » a, au contraire, multiplié les témoignages d’obéissance à l’égard de François. Comment s’y retrouver ? (suite…)

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