Revue de réflexion politique et religieuse.

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Numéro 135 : Quitter la cage d’acier

Une communauté politique acquiert et maintient sa cohésion par des voies d’autorité, certes, mais aussi par jeu d’influences mutuelles ou respect de conventions établies. La sociologie américaine du milieu du siècle dernier a nommé cela le « contrôle social », concept neutre ne préjugeant en rien de la valeur objective, en regard du véritable bien humain, de l’organisation concrète de telle ou telle société, à la différence d’un Aristote ou d’un saint Thomas d’Aquin, attentifs à l’interrelation des causes de l’ordre social et au degré de respect du bien commun comme critère ultime de jugement. L’approche sociologique, élaborée dans le cadre général d’une culture scientifique agnostique, prétend s’interdire de juger, facilitant ainsi la réduction au rang d’opinion de toute appréciation sur la bonté ou la nocivité des situations de fait. Il n’empêche qu’elle fait apparaître bien des aspects de la réalité, comme cette « cage d’acier » dans laquelle, il y a un siècle, Max Weber nous voyait déjà enfermés, conséquence inéluctable de l’esprit du capitalisme, lui-même inspiré du puritanisme. Des sociologues français ont beaucoup contribué, en pleine période soixante-huitarde, à mettre en avant l’évolution du contrôle social dans le cours de la modernité, soit avec Michel Foucault, dans la logique de la rationalisation technique, soit encore avec Pierre Bourdieu, en s’emparant du langage comme véhicule implicite de la normalité. Des notions telles que celles de domination, d’orthopédie sociale, de surveillance centrale (inspirée du Panoptique de Bentham) ont alors été vulgarisées pour stigmatiser toute forme d’ordre et de discipline, en symbiose avec la pente naturelle du capitalisme à lever tout obstacle à l’hédonisme moteur de la consommation.

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Blog de la revue

13 Nov 2016

Le transhumanisme est un intégrisme

ouvre2Signalons la parution de cet intéressant ouvage : « Si le transhumanisme touche un large public au-delà de ses fondateurs, de ses dirigeants ou de ses membres, c’est que les individus intègrent peu à peu les normes de la société où ils vivent, au point de désirer les reproduire.»

« Mieux qu’un pamphlet, un bréviaire de résistance » qui mérite d’être lu.

Mathieu Térence. Le transhumanisme est un intégrisme. Cerf, octobre 2016, 100 pages, 10 €

26 Oct 2016

Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !

ouvrageDans le n. 131 (printemps 2016) de Catholica, Pierre Charles a présenté un livre paru en Italie, intitulé Ancilla hominis, de Pasquale Danilo Quinto. Il rappelait en commençant qui était cet auteur, renvoyant notamment à son autobiographie parue en 2012, Da servo di Pannella a figlio libero di Dio. Ce titre exprimait clairement une conversion, le passage de la condition d’esclave à la liberté des enfants de Dieu. Esclave de qui ? de Marco Pannella, l’un des plus typiques représentants de tout ce qu’a pu concentrer de haine de l’ordre social l’athéisme activiste post-soixante-huitard. Pannella est mort au mois de mai dernier, mais son parti « radical » demeure actif, tout comme son ancienne compagne de combat Emma Bonino, grande zélatrice de l’avortement, du gender et autres grandes causes du moment. (suite…)

14 Sep 2016

Bicéphalisme pontifical : illusions et dangers

actigLe 28 juin dernier, le « pape émérite » a fait un bref retour médiatique, pour participer à une cérémonie organisée au Vatican à l’occasion des 65 ans de son ordination sacerdotale, et présidée par son successeur.

Cet événement s’est déroulé dans le contexte des débats provoqués par les déclarations de son secrétaire particulier, Mgr Georg Gänswein, qui, en mai, a développé la théorie d’un « ministère pétrinien élargi » et d’un « pontificat d’exception » de Benoît XVI (Ausnahmepontifikat).

Ce mot a donné lieu à toutes les interprétations, lesquelles ont appelé un recadrage sans ambiguïtés de la part de François, dans l’avion qui le ramenait d’Arménie, le 27 juin 2016 : « Il n’y a qu’un seul pape, l’autre […] est “pape émérite”, et non pas le second pape. Il est fidèle à sa parole, c’est un homme de Dieu, très intelligent et qui pour moi est comme un grand-père sage à la maison. ». Le discours de remerciement improvisé pendant quelques minutes par le même « pape émérite », le 28 juin, a pris la forme d’une courte dissertation spirituelle. Mais les conservateurs y ont lu une remise en cause de l’actuel « pape actif ». La centralité du motif de l’action de grâce, également pris dans le sens eucharistique, a été interprétée par Antonio Socci [ici], par exemple, comme une leçon de respect eucharistique administrée par « Benoît XVI » au « pape argentin », en pleine période de rapprochement avec les protestants : une véritable herméneutique du désespoir !. Mais le « pape émérite » a, au contraire, multiplié les témoignages d’obéissance à l’égard de François. Comment s’y retrouver ? (suite…)

28 Août 2016

Lectures critiques d’une étrange exhortation

amoris laetitiaL’exhortation Amoris laetitia [AL] a donné lieu à de nombreux commentaires. L’un des plus achevés est celui d’Anna M. Silvas, professeur de langues anciennes et de patristique à l’université de la Nouvelle Angleterre (Armidale, NSW, Australie), dont on trouvera le texte complet ici.

Une autre analyse, signée Daniele Mattiussi, est parue dans le bulletin italien Instaurare, dirigé par Danilo Castellano, philosophe du droit (Udine) et fréquent contributeur à Catholica. Ce texte très dense commence par des remarques sur la nature de l’exhortation, inédite tant par son volume (constituant un véritable traité) que par son style non conclusif – ne se présentant que comme une « proposition » (AL 5) – n’excluant pas les positions contradictoires et les propos polémiques contre les supposés partisans de « la doctrine froide et sans vie ».

Trois sections de ce texte retiennent particulièrement l’attention : « le problème du principe et de la situation », « les incertitudes autour de la conscience », « l’historicisme et l’herméneutique idéologique ».

Le problème auquel il est d’abord fait allusion est celui du critère du jugement appliqué à une situation donnée, en l’espèce une situation matrimoniale. Si « discernement » il doit y avoir, il convient d’en déterminer le critère. Or, à suivre l’exhortation, ce critère est en réalité un non-critère : le pur fait prime sur l’ordre objectif du bien et du mal, qui est la vraie réalité. On retrouve là l’un des principes de l’idéalisme allemand, qui pose que le fait est ipso facto rationnel et donc moral. « Il convient de prêter attention à la réalité concrète, parce que “les exigences, les appels de l’Esprit se font entendre aussi à travers les événements de l’histoire” […] » (31) Le « discernement »

Le second problème abordé par D. Mattiussi est celui de la conscience. (suite…)

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