Revue de réflexion politique et religieuse.

En librairie : numéro courant

Numéro 140 : Un temps pour parler

La « réforme » assume aujourd’hui dans l’Église une fonction comparable à celle qu’a exercée l’aggiornamento il y a plus d’un demi-siècle. L’ensemble de la période ayant immédiatement précédé et surtout suivi le concile Vatican II se déroule en effet selon un processus de longue durée, qui a connu des phases actives, des ralentissements (alors qualifiés d’involution), puis aujourd’hui une nouvelle phase de reprise accélérée. Cette dernière cause des ravages mais présente l’intérêt de clarifier le sens général du mouvement ; en même temps, le délai écoulé permet de juger sur pièces le caractère inopérant de l’interprétation minimaliste des effets produits, interprétation qui se termine en impasses, telle l’herméneutique de la continuité, de peu d’intérêt pratique désormais faute de pouvoir s’imposer d’elle-même et de disqualifier définitivement son opposée, l’herméneutique de la rupture. L’actuelle réforme constitue une mise en conformité plus complète avec les exigences de la modernité tardive, laquelle mène nécessairement au-delà de celles de la modernité dans sa phase antérieure, celle qui était en train de s’achever au moment de Vatican II. Cependant tout se passe comme si cette nouvelle étape d’adaptation au milieu devait poursuivre inexorablement sa course, au sein d’un corps lent à réagir, sauf notables mais très minoritaires exceptions, demeurant comme médusé en présence des menaces les plus pressantes.

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Blog de la revue

28 Mar 2018

Pourquoi le colonel Beltrame a-t-il été égorgé ?

L’entretien suivant avec l’islamologue Marie-Thérèse Urvoy, extrait de notre numéro 139 (printemps 2018), répond indirectement à cette question.

Catholica – Comment expliquer l’émergence de l’extrémisme dans le modus operandi de ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme islamiste ? Qu’est-ce que cela dit de l’état d’esprit actuel du, ou d’un certain monde islamique ?

Marie-Thérèse Urvoy – La violence n’est pas l’essence de l’islam mais elle a existé en lui dès le début. La première scission qui est apparue, celle des Kharigites (d’abord sectateurs de ‘Alî, puis s’opposant à lui après qu’il ait accepté le principe de l’arbitrage) a pris une forme extrême chez les Azraqites, très radicaux (condamnant tout pécheur, quelle que soit sa faute) et très violente (mise à mort, réduction en esclavage de sa famille). L’azraqisme a été contré parce qu’aucune société ne peut s’établir sur une base aussi radicale. ‘Alî les a combattus de façon également violente et le kharigisme ne s’est perpétué que sous des formes très atténuées.  Néanmoins, la possibilité d’une interprétation radicale de l’islam a perduré, se manifestant périodiquement sous des formes très violentes, même sans référence au kharigisme (cf., par exemple le tamyîz d’Ibn Tûmart, aboutissant à l’exécution de groupes entiers jugés non fiables). (suite…)

16 Mar 2018

Un nouvel avatar de l’herméneutique de la continuité

Il y a 5 ans, Benoît XVI annonçait, dans l’incrédulité générale, sa renonciation au trône pontifical. Depuis cinq ans, les milieux conservateurs ne cessent de s’interroger sur les raisons profondes de ce geste, dans la mesure où les motifs allégués par l’intéressé dans son discours du 11 février 2013, comme dans les Dernières conversations avec Peter Seewald en 2016, sont apparus comme trop faibles ou décevants au regard de la stature et de l’élévation que ses admirateurs attribuaient et attribuent encore au pape Benoît. Les raisons de la démission étaient, en somme, en contradiction non seulement avec l’éthos théologique – la lutte à mort contre le relativisme –, mais encore avec l’éthos martyrologique que Benoît XVI avait lui-même construit dans ses différents discours de 2005 : l’éthos de celui qui ne fuirait pas devant les loups.

L’anniversaire de cet événement, ainsi que celui de l’élection du pape François, ont été marqués cette année par deux nouvelles particulièrement pénibles pour le camp conservateur. Cette fois, les déclarations problématiques ou douloureuses ne sont pas venues de l’entourage proche de Benoît XVI, en particulier de son secrétaire, Mgr G. Gänswein, ou de son frère aîné, Mgr G. Ratzinger, mais de l’intéressé lui-même, dont on pouvait dire, jusque-là, qu’il s’était abstenu d’intervenir avec clarté dans les différents débats dans lesquels son nom avait été agité pour servir indifféremment l’un ou l’autre des étendards. (suite…)

5 Mai 2017

Dieu, l’État et moi

Ce roman est sorti un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle. Sans vouloir peiner l’auteur, la plus grande partie de ses 440 pages n’a qu’une valeur mineure, imaginant de manière aussi fantaisiste que conventionnelle les premiers mois d’un nouvel élu à la présidence, immédiatement plongé dans toutes sortes de soucis. L’objet principal n’apparaît que progressivement : ce président, qui est catholique, a d’étranges rêves lumineux, qu’il soumet à examen médical, puis théologique en s’adressant à l’archevêque de Paris et au Pape… Cela lui suggère de faire le lien entre le désordre qu’il constate dans le domaine politique et la nécessité de trouver un fondement stable sur lequel reconstruire un ordre cohérent. « Les Droits de l’homme sont un texte juridique. Aucune loi n’est supportable sans un fondement : il faut un projet qui la sous-tende. Je ne veux plus que les droits de l’homme procèdent de l’individu, mais d’une clé de voûte unique, qui ne soit pas assujettie aux modes. » Il faut « un outil commun, mais indépendant de chacun. Une norme supérieure. Une valeur qui soit indépendante des hommes. Extérieure à eux. Transcendante. » Lorsqu’il officialise les visions dont il bénéficie et les conséquences qu’il en tire, le Sénat le menace de destitution pour atteinte à la sacro-sainte laïcité, tandis que les évêques émettent des déclarations alambiquées. (suite…)

13 Nov 2016

Le transhumanisme est un intégrisme

ouvre2Signalons la parution de cet intéressant ouvage : « Si le transhumanisme touche un large public au-delà de ses fondateurs, de ses dirigeants ou de ses membres, c’est que les individus intègrent peu à peu les normes de la société où ils vivent, au point de désirer les reproduire.»

« Mieux qu’un pamphlet, un bréviaire de résistance » qui mérite d’être lu.

Mathieu Térence. Le transhumanisme est un intégrisme. Cerf, octobre 2016, 100 pages, 10 €

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