Revue de réflexion politique et religieuse.

En librairie : numéro courant

Numéro 141 : le nouvel esprit totalitaire

Une certaine commodité de classement des faits historiques, ainsi que des raisons d’ordre idéologique tiennent pour acquis que le totalitarisme est mort avec la fin de l’URSS.

Mais après la courte période de célébration de l’événement, au cours de laquelle on a entendu dire que nous étions arrivés au seuil du dépassement définitif des conflits (à la « fin de l’Histoire »), divers signes ont donné la nette impression que si une forme particulière de totalitarisme avait disparu, une autre, éventuellement plus pernicieuse que la précédente, pourrait bien la remplacer. Cela est-il réellement possible ? On ne peut répondre à cette question qu’en s’efforçant d’identifier des éléments permettant de définir le concept même de totalitarisme, et d’essayer de comprendre dans quelle mesure celui-ci peut se réaliser, analogiquement, sous une forme différente de celle qui a traversé le xxe  siècle. Toute une littérature a été développée sur le sujet, non sans contra- dictions du fait qu’un courant politico-médiatique s’est efforcé d’imposer l’idée que le seul vrai totalitarisme fut celui exercé par le régime hitlérien, ce qui sans doute permettait à certains de retirer les «  dividendes d’Auschwitz » (selon l’expression de Jean-Marie Domenach) mais aussi, et surtout, de tenter de dédouaner le communisme.

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Blog de la revue

16 Oct 2018

Une solution de continuité doctrinale. Peine de mort et enseignement de l’Église

« Si l’Évangile interdit aux États d’appliquer jamais la peine de mort, saint Paul lui-même alors a trahi l’Évangile » Cardinal Journet[1]

Le 11 mai 2018, lors d’une audience concédée au préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le pape a approuvé une nouvelle version du § 2267 du Catéchisme de l’Église catholique (CEC) indiquant notamment : « L’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que la peine de mort est inadmissible. » Cette modification doctrinale est actée par un simple rescrit, réponse écrite d’ordre administratif, donné lors d’une audience ordinaire, ex Audentia Sanctissimi.
Daté du 1er août 2018, il indique seulement que le nouveau texte sera promulgué « par impression dans LOsservatore Romano, entrant en vigueur le même jour, et ensuite sera publié dans les Acta Apostolicæ Sedis ». Il s’agit d’un texte juridique de faible envergure, employé ordinairement pour des questions règlementaires, et non doctrinales. De surcroît, l’approbation pontificale de ce nouveau paragraphe n’a pas été faite en « forme spécifique », qui abrogerait toute disposition antérieure traitant du même sujet. Le texte latin porte que le pape en a simplement « approuvé la formulation ». Il s’agit d’une approbation en « forme générique », permettant de soutenir que les dispositions antérieures contraires peuvent être tenues pour toujours valables. Enfin, ce texte de forme juridique mineure cache mal un mépris des formes et des institutions, en établissant que son entrée en vigueur dépend d’une publication dans la presse officieuse du Saint-Siège (dérogeant au principe établi par le can. 8, §1), laissant dédaigneusement au journal officiel du Vatican le soin d’en assurer une copie. (suite…)

28 Mar 2018

Pourquoi le colonel Beltrame a-t-il été égorgé ?

L’entretien suivant avec l’islamologue Marie-Thérèse Urvoy, extrait de notre numéro 139 (printemps 2018), répond indirectement à cette question.

Catholica – Comment expliquer l’émergence de l’extrémisme dans le modus operandi de ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme islamiste ? Qu’est-ce que cela dit de l’état d’esprit actuel du, ou d’un certain monde islamique ?

Marie-Thérèse Urvoy – La violence n’est pas l’essence de l’islam mais elle a existé en lui dès le début. La première scission qui est apparue, celle des Kharigites (d’abord sectateurs de ‘Alî, puis s’opposant à lui après qu’il ait accepté le principe de l’arbitrage) a pris une forme extrême chez les Azraqites, très radicaux (condamnant tout pécheur, quelle que soit sa faute) et très violente (mise à mort, réduction en esclavage de sa famille). L’azraqisme a été contré parce qu’aucune société ne peut s’établir sur une base aussi radicale. ‘Alî les a combattus de façon également violente et le kharigisme ne s’est perpétué que sous des formes très atténuées.  Néanmoins, la possibilité d’une interprétation radicale de l’islam a perduré, se manifestant périodiquement sous des formes très violentes, même sans référence au kharigisme (cf., par exemple le tamyîz d’Ibn Tûmart, aboutissant à l’exécution de groupes entiers jugés non fiables). (suite…)

16 Mar 2018

Un nouvel avatar de l’herméneutique de la continuité

Il y a 5 ans, Benoît XVI annonçait, dans l’incrédulité générale, sa renonciation au trône pontifical. Depuis cinq ans, les milieux conservateurs ne cessent de s’interroger sur les raisons profondes de ce geste, dans la mesure où les motifs allégués par l’intéressé dans son discours du 11 février 2013, comme dans les Dernières conversations avec Peter Seewald en 2016, sont apparus comme trop faibles ou décevants au regard de la stature et de l’élévation que ses admirateurs attribuaient et attribuent encore au pape Benoît. Les raisons de la démission étaient, en somme, en contradiction non seulement avec l’éthos théologique – la lutte à mort contre le relativisme –, mais encore avec l’éthos martyrologique que Benoît XVI avait lui-même construit dans ses différents discours de 2005 : l’éthos de celui qui ne fuirait pas devant les loups.

L’anniversaire de cet événement, ainsi que celui de l’élection du pape François, ont été marqués cette année par deux nouvelles particulièrement pénibles pour le camp conservateur. Cette fois, les déclarations problématiques ou douloureuses ne sont pas venues de l’entourage proche de Benoît XVI, en particulier de son secrétaire, Mgr G. Gänswein, ou de son frère aîné, Mgr G. Ratzinger, mais de l’intéressé lui-même, dont on pouvait dire, jusque-là, qu’il s’était abstenu d’intervenir avec clarté dans les différents débats dans lesquels son nom avait été agité pour servir indifféremment l’un ou l’autre des étendards. (suite…)

5 Mai 2017

Dieu, l’État et moi

Ce roman est sorti un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle. Sans vouloir peiner l’auteur, la plus grande partie de ses 440 pages n’a qu’une valeur mineure, imaginant de manière aussi fantaisiste que conventionnelle les premiers mois d’un nouvel élu à la présidence, immédiatement plongé dans toutes sortes de soucis. L’objet principal n’apparaît que progressivement : ce président, qui est catholique, a d’étranges rêves lumineux, qu’il soumet à examen médical, puis théologique en s’adressant à l’archevêque de Paris et au Pape… Cela lui suggère de faire le lien entre le désordre qu’il constate dans le domaine politique et la nécessité de trouver un fondement stable sur lequel reconstruire un ordre cohérent. « Les Droits de l’homme sont un texte juridique. Aucune loi n’est supportable sans un fondement : il faut un projet qui la sous-tende. Je ne veux plus que les droits de l’homme procèdent de l’individu, mais d’une clé de voûte unique, qui ne soit pas assujettie aux modes. » Il faut « un outil commun, mais indépendant de chacun. Une norme supérieure. Une valeur qui soit indépendante des hommes. Extérieure à eux. Transcendante. » Lorsqu’il officialise les visions dont il bénéficie et les conséquences qu’il en tire, le Sénat le menace de destitution pour atteinte à la sacro-sainte laïcité, tandis que les évêques émettent des déclarations alambiquées. (suite…)

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