Revue de réflexion politique et religieuse.

En librairie : numéro courant

Numéro 155 : Politique, après la postmodernité

Les dernières décennies du XXe siècle devaient marquer l’entrée dans une ère de paix universelle, annoncée comme imminente par Francis Fukuyama, auteur de La fin de l’histoire et le dernier homme[1] – prophétie heureuse promettant la disparition des idéologies, la fin des conflits majeurs et le triomphe universel de la liberté dans une société postpolitique. Plutôt que de voir dans la période présente un accident de parcours dans la réalisation de cette annonce, ne pourrions-nous plutôt y trouver l’écho de ce qu’avait entrevu Max Weber au lendemain de la Première Guerre mondiale : « En tant que système économique, le capitalisme est devenu un système contraignant, une « cage d’acier ». Nul ne sait encore qui, à l’avenir, habitera la cage, ni si, à la fin de ce processus gigantesque, apparaîtront des prophètes entièrement nouveaux, ou bien une puissante renaissance des penser et des idéaux anciens, ou encore – au cas où rien de cela n’arriverait – une pétrification mécanique, agrémentée d’une sorte de vanité convulsive. En tout cas, pour les « derniers hommes » de ce développement de la civilisation, ces mots pourraient se tourner en vérité : « spécialistes sans vision et voluptueux sans cœur – ce [5] néant s’imagine avoir gravi un degré de l’humanité jamais atteint jusque-là »[2]. »

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La revue en ligne

8 Sep 2022

Boris Lejeune : Europe et Russie : fragments pour une compréhension mutuelle

Le texte qui suit nous a été proposé par Boris Lejeune, qui a plusieurs fois collaboré à notre revue. Rappelons qu’il est artiste peintre, sculpteur et poète, et, point important pour comprendre ce qu’il écrit ici, qu’il est né à Kiev, alors capitale de la République socialiste soviétique d’Ukraine, en 1947. Contraint de quitter l’URSS en 1980, il est depuis installé en France. On peut donc aisément comprendre que le conflit actuel en Ukraine lui soit particulièrement sensible. Sa réflexion est empreinte de tristesse devant la version actuellement officialisée en Europe, qui a brutalement rejeté le monde russe dans les ténèbres orientales.

En 1968 l’article « Réflexions sur le progrès, la coexistence pacifique et la liberté intellectuelle » écrit par Andreï  Sakharov, trois fois Héros du Travail socialiste, lauréat des prix Staline et Lénine, futur lauréat du Prix Nobel de la paix, circulait en samizdat.Il y affirmait de façon prophétique : « Le manque de proximité de l’humanité la menace de mort. Menace la civilisation : guerre nucléaire généralisée ; une famine catastrophique pour la plus grande partie de l’humanité ; bêtise par l’ivresse de la “culture de masse” et dans le vice du dogmatisme bureaucratisé ; les mythes de masse qui jettent des peuples entiers et des continents aux mains de démagogues cruels et insidieux ; la disparition et la  déchéance dues aux résultats imprévisibles de changements rapides des conditions de vie sur la planète.  (suite…)

30 Avr 2022

Philippe de Labriolle : La fin de la Chrétienté, de Chantal Delsol

Après dix ans d’une thèse d’État rédigée sous l’égide de Julien Freund – Tyrannie, dictature, despotisme : problèmes de la monocratie dans l’Antiquité –, Chantal Delsol a infléchi sa passion spéculative vers la pensée de la cité contemporaine, dans la lignée d’Hannah Arendt[1]. Elle en partage la dénonciation des systèmes totalitaires, et le goût des synthèses, sans en égaler la pertinence. Sa façon de tendre à la vérité et simultanément d’en redouter le prestige conduit cette « libérale-conservatrice », et s’affirmant telle, à trouver à l’agnosticisme relatif un charme inattendu, fauteur d’une sécurité bien incertaine.

Ayant reçu une éducation catholique dans le sérail favorisé du lyonnais, cette observatrice de nos semblables et de leurs tropismes sera un soutien fidèle pour des choix de société cruciaux tels que le refus du mariage pour tous, ou la dénonciation de l’effondrement général du niveau scolaire. Sous l’influence d’un père biologiste et maurrassien, elle agrée le cadre religieux de sa formation, redoute les prométhéens, mais revendique une démiurgie d’esprit affranchi. (suite…)

4 Avr 2022

Louis-Marie Lamotte : Église et modernité. Les interprétations paradoxales de George Weigel

Remettre en cause les idées reçues sur la rencontre difficile entre l’Église catholique et la modernité : tel est le but que se propose l’essayiste catholique américain George Weigel dans L’ironie du catholicisme moderne[1]. L’auteur n’entend pas y livrer un récit exhaustif des rapports entre l’Église et le monde moderne, mais déplacer le regard porté sur des relations trop souvent envisagées comme une lutte à mort ou un jeu à somme nulle. La thèse fondamentale de l’auteur est que la modernité a aidé l’Église à redécouvrir des vérités fondamentales longtemps oubliées ou négligées (p. 18). L’histoire du catholicisme postrévolutionnaire est donc pour G. Weigel celle d’une prise de conscience progressive par l’Église de sa véritable mission, qui ne consiste pas à combattre la modernité, mais à la convertir de l’intérieur. Après une période de lutte frontale entre le catholicisme et le monde moderne issu des Lumières et de la Révolution, le pontificat de Léon XIII ouvre une première tentative d’ « exploration parfois sceptique, parfois intriguée de la modernité » que l’auteur désigne comme une véritable « révolution léonine » (p. 99-100). (suite…)

4 Avr 2022

Guy Hermet : L’invention d’un mythe

En fait un peu antérieur à l’étude de Rafael Sánchez Saus[1], portant également sur le  mythe de l’Andalousie musulmane comme modèle de cohabitation heureuse entre l’islam, le catholicisme et le judaïsme dans un territoire de souveraineté musulmane, l’ouvrage de Serafín Fanjul[2] le complète opportunément. Il s’agit de même d’un livre « politiquement incorrect », à contre-courant de la tendance de nos jours dominante consistant à célébrer ce qui n’est pourtant qu’un mythe démenti par le gros de la littérature historique sur le sujet. Membre de l’Académie royale d’histoire espagnole et professeur de littérature arabe à l’Université autonome de Madrid, Serafin Fanjul s’érige donc contre le travestissement de la longue période de domination musulmane de l’Espagne. Période qui s’étend de l’agression arabo-berbère fulgurante des années 711-754  à la disparition du Royaume de Grenade en 1492, en passant par le moment triomphal du califat de Cordoue (929-1031), présentée comme règne supposé d’une Arcadie illustrée par la cohabitation harmonieuse et pacifique des trois cultures arabo-musulmane, catholique et juive. Pour l’auteur en revanche, « Le bon sauvage n’a jamais existé, pas plus en al-Andalus qu’ailleurs. Ce que l’Islam a perdu n’est en rien un paradis originel » (p. 669). (suite…)

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