Revue de réflexion politique et religieuse.

En librairie : numéro courant

Numéro 151 : Le temps de la peur

En 2009, Jacques Attali, qui assume volontiers un rôle de conseiller du prince, avait émis une sentence qui acquiert aujourd’hui un relief particulier : « L’Histoire nous apprend que l’humanité n’évolue significativement que lorsqu’elle a vraiment peur[1] ».

La formule est grandiloquente mais elle suggère une intention politique derrière la généralité du propos. Pour ceux qui entendent profiter d’une occasion telle que l’actuelle attaque virale mondiale pour orienter le cours des choses dans le sens qui leur convient, il est utile d’obtenir la soumission des masses par un moyen psychologique plutôt que seulement par l’usage de la force. Dans cette optique que l’on peut qualifier d’économique, il est tout naturel que l’utilisation de la peur soit un ingrédient privilégié de la fabrique du consentement, de la propagande de guerre à la « communication sociale »[2]. Il s’agira donc d’alterner séduction et menace, promesse de protection et annonce des pires calamités en fonction de l’acceptation ou du rejet des contraintes imposées.

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Blog de la revue

9 Mai 2020

Parution : La dignité humaine. Heurs et malheurs d’un concept maltraité

Parution de cet ouvrage collectif réalisé sous la direction de Bernard Dumont, Miguel Ayuso, Danilo Castellano. Au registre des idées reçues, l’affirmation selon laquelle la dignité humaine est une découverte des Lumières tient une place de choix. Mais on n’a pas attendu Kant pour considérer que l’être humain tient une place éminente dans la Création, et le christianisme voit dans la personne du Verbe incarné l’Exemplaire même de toute dignité. Par contraste, la philosophie moderne a voulu placer la racine de la dignité dans l’autonomie, c’est-à-dire dans l’affranchissement de toute loi extérieure à la volonté humaine, et non plus dans l’honneur d’accomplir librement ce qui est bien.
La postmodernité voit s’exacerber sous nos yeux les contradictions provoquées par ce « concept maltraité », utilisé à toutes les sauces mais inapte à poser des bornes infranchissables à toute espèce de transgression. Par des chemins de traverse, ce retournement de perspective a progressivement pénétré l’Église catholique, en particulier sous l’influence de Jacques Maritain, et a pesé sur le concile Vatican II, grâce notamment aux efforts du jésuite américain John Courtney Murray, suscitant plus de difficultés que d’heureux effets. Faut-il alors dire avec Steven Pinker que « la dignité est une stupidité » ? Mieux vaudrait plutôt reprendre la question sur des bases plus assurées.

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4 Nov 2019

Mariage chrétien et immaturité

En réponse à Phillipe de Labriolle et Luis Maria de Ruschi, à propos des écrits récents de Claude Jeantin. Claude Jeantin, avocat ecclésiastique (Lyon), a publié dans l’Année Canonique 2016 (Letouzey et Ané Ed., Tome LVII, pp. 39-71), un important article sur le thème « Immaturité Postmoderne et Contrefaçons du Mariage » ; en septembre dernier, une monographie développée sur le même sujet (« L’immaturité devant le Droit Matrimonial de l’Église », même éditeur, 428 p.). Dans le numéro 143 de Catholica (pp. 40-51), Philippe de Labriolle [lire], psychiatre hospitalier à Orléans, a donné un compte-rendu de ce dernier ouvrage, dans des termes qui traduisent son adhésion.

Brochant sur le tout, cet article a lui-même suscité un commentaire dans le numéro suivant de la Revue, de la part de Luis Maria de Ruschi [lire], juge ecclésiastique à Buenos Aires. Sans engager en rien l’Officialité de Paris-Île de France, au sein de laquelle j’exerce les fonctions de Défenseur du lien depuis 2014, je souhaite ajouter mes propres observations à ce débat important du point de vue du droit matrimonial canonique.

Il est de fait que le Canon 1095[1] est, en tout cas en France, le chef de nullité de loin le plus souvent invoqué par les parties. Il ressort de l’unique enquête statistique à laquelle nous avons accès[2] que pour la province ecclésiastique d’Ile de France et la dernière année couverte par l’enquête (2013), le grave défaut de discernement de l’épouse avait été invoqué dans 76% des causes (sur lesquels 53% de réponse « positive »), les pourcentages applicables aux époux étant peu différents (respectivement 72 et 49 %). (suite…)

16 Oct 2018

Une solution de continuité doctrinale. Peine de mort et enseignement de l’Église

« Si l’Évangile interdit aux États d’appliquer jamais la peine de mort, saint Paul lui-même alors a trahi l’Évangile » Cardinal Journet[1]

Le 11 mai 2018, lors d’une audience concédée au préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le pape a approuvé une nouvelle version du § 2267 du Catéchisme de l’Église catholique (CEC) indiquant notamment : « L’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que la peine de mort est inadmissible. » Cette modification doctrinale est actée par un simple rescrit, réponse écrite d’ordre administratif, donné lors d’une audience ordinaire, ex Audentia Sanctissimi.
Daté du 1er août 2018, il indique seulement que le nouveau texte sera promulgué « par impression dans LOsservatore Romano, entrant en vigueur le même jour, et ensuite sera publié dans les Acta Apostolicæ Sedis ». Il s’agit d’un texte juridique de faible envergure, employé ordinairement pour des questions règlementaires, et non doctrinales. De surcroît, l’approbation pontificale de ce nouveau paragraphe n’a pas été faite en « forme spécifique », qui abrogerait toute disposition antérieure traitant du même sujet. Le texte latin porte que le pape en a simplement « approuvé la formulation ». Il s’agit d’une approbation en « forme générique », permettant de soutenir que les dispositions antérieures contraires peuvent être tenues pour toujours valables. Enfin, ce texte de forme juridique mineure cache mal un mépris des formes et des institutions, en établissant que son entrée en vigueur dépend d’une publication dans la presse officieuse du Saint-Siège (dérogeant au principe établi par le can. 8, §1), laissant dédaigneusement au journal officiel du Vatican le soin d’en assurer une copie. (suite…)

28 Mar 2018

Pourquoi le colonel Beltrame a-t-il été égorgé ?

L’entretien suivant avec l’islamologue Marie-Thérèse Urvoy, extrait de notre numéro 139 (printemps 2018), répond indirectement à cette question.

Catholica – Comment expliquer l’émergence de l’extrémisme dans le modus operandi de ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme islamiste ? Qu’est-ce que cela dit de l’état d’esprit actuel du, ou d’un certain monde islamique ?

Marie-Thérèse Urvoy – La violence n’est pas l’essence de l’islam mais elle a existé en lui dès le début. La première scission qui est apparue, celle des Kharigites (d’abord sectateurs de ‘Alî, puis s’opposant à lui après qu’il ait accepté le principe de l’arbitrage) a pris une forme extrême chez les Azraqites, très radicaux (condamnant tout pécheur, quelle que soit sa faute) et très violente (mise à mort, réduction en esclavage de sa famille). L’azraqisme a été contré parce qu’aucune société ne peut s’établir sur une base aussi radicale. ‘Alî les a combattus de façon également violente et le kharigisme ne s’est perpétué que sous des formes très atténuées.  Néanmoins, la possibilité d’une interprétation radicale de l’islam a perduré, se manifestant périodiquement sous des formes très violentes, même sans référence au kharigisme (cf., par exemple le tamyîz d’Ibn Tûmart, aboutissant à l’exécution de groupes entiers jugés non fiables). (suite…)

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