Revue de réflexion politique et religieuse.

En librairie : numéro courant

Numéro 153 : Un État profond planétaire ?

L’apparition de la pandémie nous fait assister à un changement d’époque, sanctionné par une contrainte inattendue et brutale dans la vie quotidienne de la plupart des pays régis par un supposé État de droit, avec un régime d’exception sans cesse reconduit, prenant congé d’un formalisme démocratique considéré jusque-là comme « sacré », une emprise psychique sur les populations d’une intensité rare, et, pour couronner le tout, la disparition presque complète de l’autorité spirituelle de l’Église transformée en chambre d’écho des impératifs de ce nouvel ordre de choses. Malgré tout ce concours de réalités impressionnant, il conviendrait de se méfier de l’idée que nous nous trouverions déjà dans un monde totalement nouveau, laissant derrière lui un monde d’avant entièrement caduc. Cette simplification de propagande ne rend pas compte de la réalité, mais elle a pour effet de paralyser d’avance toute forme de contestation.

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Blog de la revue

4 Jan 2022

Fin d’une tentative de conciliation

[Note : le texte suivant a été publié dans le numéro 153. Un dysfonctionnement d’impression ayant éludé l’ensemble de ses notes de bas de page, il est ici publié en version intégrale et rétablie]

Traditionis custodes, la lettre apostolique en forme de motu proprio du pape François « sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 », a frappé par les restrictions pratiques drastiques qu’elle contient. La lettre aux évêques l’accompagnant énonce le terme visé : l’extinction de la messe célébrée selon l’usus antiquior, ce qui, plus que le ton abrupt que tous ont noté, fait de ces restrictions un changement de cap radical. Mais quel en est le fondement ? Nombre de récipiendaires, souvent pour s’en désoler ou s’en déclarer exempts, se focalisent sur l’accusation d’une collusion entre missel ancien et refus du concile Vatican II et du magistère postérieur. C’est se tromper sur l’importance de ce motif effectivement invoqué. Il est second et, pour le bien comprendre dans la logique du motu proprio, il convient de relever une première opposition, plus fondamentale, à la source du raisonnement de Traditionis custodes. Cela, qui n’apparaît qu’en filigrane dans la lettre d’accompagnement adressée aux évêques, se trouve développé par celui qu’à bon droit on considère comme l’un des inspirateurs du document papal et son interprète le plus autorisé, à savoir Andrea Grillo[1]. C’est ainsi un commentaire sur trois niveaux –  le motu proprio lui-même, la lettre qui l’accompagne, l’explicitation d’Andrea Grillo – que nous nous proposons d’entreprendre, avec pour centre l’article 1er du motu proprio, dans le parti pris assumé d’un accord substantiel entre les deux premiers et le troisième niveau. (suite…)

10 Nov 2021

Les réponses non proportionnées d’une théologie morale « proportionnelle »


Le texte qui suit est la traduction d’un chapitre du livre collectif 
Mors tua vita mea, publié sous la direction de Massimo Viglione (Maniero del Mirto, Albano Laziale, 2021, 332 p.), repris ici dans notre traduction avec l’autorisation de l’éditeur et de l’auteur. Le long sous-titre de l’ouvrage en indique l’objet précis : « La fin ne justifie pas les moyens. Sur l’illicéité morale des vaccins qui utilisent les lignes cellulaires de fœtus victimes d’avortements volontaires ».[1]

Le débat sur l’utilisation de lignées cellulaires provenant d’avortements volontaires pour tester et/ou produire des vaccins (ou « prétendus vaccins ») est devenu une affaire très controversée et très discutée, même dans les milieux catholiques, uniquement à la suite des problèmes de santé causés par la propagation du Sars-Cov-2. Jusqu’alors, le sujet était traité presque exclusivement par des experts en bioéthique et en théologie morale, ou traité dans très peu de textes magistériels. Ce sont les circonstances récentes entourant une vaccination de masse inédite qui ont mis la question sous les feux de la rampe et lui ont donné une toute nouvelle résonance.

(suite…)

9 Mai 2020

Parution : La dignité humaine. Heurs et malheurs d’un concept maltraité

Parution de cet ouvrage collectif réalisé sous la direction de Bernard Dumont, Miguel Ayuso, Danilo Castellano. Au registre des idées reçues, l’affirmation selon laquelle la dignité humaine est une découverte des Lumières tient une place de choix. Mais on n’a pas attendu Kant pour considérer que l’être humain tient une place éminente dans la Création, et le christianisme voit dans la personne du Verbe incarné l’Exemplaire même de toute dignité. Par contraste, la philosophie moderne a voulu placer la racine de la dignité dans l’autonomie, c’est-à-dire dans l’affranchissement de toute loi extérieure à la volonté humaine, et non plus dans l’honneur d’accomplir librement ce qui est bien.
La postmodernité voit s’exacerber sous nos yeux les contradictions provoquées par ce « concept maltraité », utilisé à toutes les sauces mais inapte à poser des bornes infranchissables à toute espèce de transgression. Par des chemins de traverse, ce retournement de perspective a progressivement pénétré l’Église catholique, en particulier sous l’influence de Jacques Maritain, et a pesé sur le concile Vatican II, grâce notamment aux efforts du jésuite américain John Courtney Murray, suscitant plus de difficultés que d’heureux effets. Faut-il alors dire avec Steven Pinker que « la dignité est une stupidité » ? Mieux vaudrait plutôt reprendre la question sur des bases plus assurées.

> Commander l’ouvrage   | > Lire la recension de Cyrille Dounot (n. 147)

4 Nov 2019

Mariage chrétien et immaturité

En réponse à Phillipe de Labriolle et Luis Maria de Ruschi, à propos des écrits récents de Claude Jeantin. Claude Jeantin, avocat ecclésiastique (Lyon), a publié dans l’Année Canonique 2016 (Letouzey et Ané Ed., Tome LVII, pp. 39-71), un important article sur le thème « Immaturité Postmoderne et Contrefaçons du Mariage » ; en septembre dernier, une monographie développée sur le même sujet (« L’immaturité devant le Droit Matrimonial de l’Église », même éditeur, 428 p.). Dans le numéro 143 de Catholica (pp. 40-51), Philippe de Labriolle [lire], psychiatre hospitalier à Orléans, a donné un compte-rendu de ce dernier ouvrage, dans des termes qui traduisent son adhésion.

Brochant sur le tout, cet article a lui-même suscité un commentaire dans le numéro suivant de la Revue, de la part de Luis Maria de Ruschi [lire], juge ecclésiastique à Buenos Aires. Sans engager en rien l’Officialité de Paris-Île de France, au sein de laquelle j’exerce les fonctions de Défenseur du lien depuis 2014, je souhaite ajouter mes propres observations à ce débat important du point de vue du droit matrimonial canonique.

Il est de fait que le Canon 1095[1] est, en tout cas en France, le chef de nullité de loin le plus souvent invoqué par les parties. Il ressort de l’unique enquête statistique à laquelle nous avons accès[2] que pour la province ecclésiastique d’Ile de France et la dernière année couverte par l’enquête (2013), le grave défaut de discernement de l’épouse avait été invoqué dans 76% des causes (sur lesquels 53% de réponse « positive »), les pourcentages applicables aux époux étant peu différents (respectivement 72 et 49 %). (suite…)

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