Revue de réflexion politique et religieuse.

Sur deux approches de l’idéologie nazie

Article publié le 5 Jan 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Comparaison de méthode entre George L. Mosse et Johann Chapoutot.

Après avoir été très longtemps regardé comme un bloc monolithique sans failles — image répondant parfaitement à l’exécration absolue dont il devait faire l’objet —, le régime national-socialiste apparaît aujourd’hui, aux yeux de l’historiographie la plus sérieuse et la mieux informée, comme « une forme moderne d’anarchie féodale ». Cette formule est de Ian Kershaw, sans doute le principal biographe, avec Joachim Fest, d’Adolf Hitler. Pour sa part, un jeune historien allemand a évoqué, en des termes très proches, une « polycratie “néoféodale” » [Il s’agit de Werner Bräuninger, né en 1965, et auteur, entre autres ouvrages, d’un livre sur le milieu où se forma la figure de proue des conjurés du 20 juillet 1944 (Claus von Stauffenberg. Die Genese des Täters aus dem Geiste des Geheimen Deutschland, Karolinger Verlag, Vienne, 2002), d’un essai sur les opposants à Hitler au sein du parti nazi (Hitlers Kontrahenten in der NSDAP. 1921-1945, Herbig Verlag, Munich, 2004), enfin d’une série de portraits de représentants de l’« émigration intérieure » ou bien de compagnons de route du régime nazi (Ich wollte nicht daneben stehen…Lebensentwürfe von Alfred Baeumler bis Ernst Jünger, Ares Verlag, Graz, 2006). Voir également l’important entretien (« Le national-socialisme, une polycratie “néoféodale” ») que Bräuninger a accordé à la revue Nouvelle Ecole, n° 58, 2009, pp. 151-161.]. Ces expressions tentent de résumer ce qu’était la situation réelle sous le Troisième Reich : derrière la façade unitaire surplombée par la figure charismatique du Führer, derrière l’unicité proclamée par des slogans comme Ein Volk, ein Reich, ein Führer !, plusieurs factions et groupes de pouvoir ne cessaient de s’affronter.
Du côté de l’idéologie, la situation était analogue, donnant (rétrospectivement du moins) un sentiment de grande confusion : apocalyptisme racial et rêves impérialistes de Hitler, germanisme néopaïen de Himmler, ruralisme archaïsant et « nordiciste » de Walther Darré, « romantisme d’acier » de Goebbels, représentant de l’aile «moderniste » du régime, sans oublier la « pneumatologie raciale » du théoricien officiel, Alfred Rosenberg. Mais tandis que le premier domaine — la multiplicité des centres de pouvoir après le 30 janvier 1933 — est désormais assez bien étudié, la recherche en langue française sur le second domaine, celui de l’idéologie, reste particulièrement pauvre.

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