Revue de réflexion politique et religieuse.

Lecture : Vico, précurseur du structuralisme ?

Article publié le 5 Fév 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Autour du livre de Stefano De Rosa, Vico precursore della nuova storia. Tre secoli di visioni geo-temporali, éditions Settimo Sigillo, 2010, 18 €.

Giambattista Vico annonçait-il le structuralisme ? Peut-il être associé à un courant qui déifie les structures en ne laissant aucune place à l’homme, dont le dernier avatar est la théorie de la « mégamachine » de Serge Latouche1 ? Le structuralisme considère la liberté comme quelque chose d’optionnel : si la structure (ou « mégamachine ») la « produit », c’est tant mieux ; si ce n’est pas le cas, l’histoire sera faite par les structures et par leur force propre. De manière automatique, le changement historique est intégré à une continuité structurelle et systémique dans laquelle le passé, le présent et l’avenir se mélangent comme dans la fameuse nuit hégélienne. Il s’agit d’une approche que l’on retrouve de manière récurrente dans les différents courants structuralistes : de la nouvelle histoire de Braudel au néo-marxisme d’Althusser et au néo-freudisme de Lacan ; de « l’archéologie du savoir » de Foucault à l’ethnologie structurelle de Claude Lévi-Strauss, sans oublier la théorie des catastrophes de René Thom fondée sur l’idée d’un chaos mathématique ordonné.

A tout ceci nous pouvons réfléchir en lisant l’intéressant ouvrage de Stefano De Rosa, Vico précurseur de la nouvelle histoire. Dans les faits, l’auteur, chercheur sur des thèmes socio-historiques, considère ouvertement la pensée de Vico comme structuraliste. Laissons lui quelques instants la parole : « Dans cette recherche est examinée l’influence que les études de Vico ont eue sur deux écoles prestigieuses et faisant autorité au XXe siècle, les Annales et la Théorie des catastrophes […] C’est précisément le temps qui constitue le facteur commun à des études et des expériences méthodologiques qui ne sont distantes qu’en apparence : le temps qui va de la longue durée braudélienne à l’histoire de l’imaginaire et des mentalités, centrale dans les études menées par les Annales et par la nouvelle histoire ; le passage d’une perception de la discontinuité de temps, de l’espace et des formes, objet d’analyse par les tenants de la Théorie des catastrophes, à la conception du temps retenue par Vico qui y associe des éléments psychologiques et collectifs, en passant par l’irruption du temps vu au prisme de l’histoire et de ses différentes “vitesses” et “sauts” au cours du processus de civilisation de l’humanité » (p.9). […]

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