Revue de réflexion politique et religieuse.

Domi­nique Urvoy : Reli­gions en ren­contre

Article publié le 9 Déc 2014 | imprimer imprimer  | Version PDF | Partager :  Partager sur Facebook Partager sur Linkedin Partager sur Google+

« Pré­sen­ter des uni­vers reli­gieux en confron­ta­tion » : tel est, selon l’auteur lui-même, le sujet com­mun à vingt-trois études, ici réunies. Mais la diver­si­té en est tout aus­si impor­tante et, au moins une fois, l’intérêt est un peu dépla­cé, puisqu’il s’agit non de reli­gions qui se ren­contrent, mais plu­tôt de la ren­contre de l’auteur avec une reli­gion, sur « ses terres » proches de Tou­louse : au XIXe siècle, on eût par­lé plu­tôt d’utopie à pro­pos de ces « Amis de l’Homme », qui ne sont pas sans rap­pe­ler les « Phi­la­delphes » de Pec­queur (ratio­na­lisme en moins) et tous les groupes post-saint-simo­niens qui échouèrent un peu par­tout dans le monde. « Au moins une fois », avons-nous écrit : jus­te­ment l’exception peut être éten­due à une étude consa­crée à « l’action anti-reli­gieuse des saint-simo­niens », à pro­pos d’un livre raris­sime et ano­nyme ; encore pour­rait-on dire que ces saint-simo­niens se vou­laient reli­gieux quand ils lut­taient contre les Eglises éta­blies et contre l’islam qu’ils avaient ren­con­tré en Orient et en Algé­rie. Deux autres articles consa­crés à des aspects his­to­riques et locaux du pro­tes­tan­tisme n’ont qu’un rap­port ténu ou indi­rect avec l’idée de ren­contre. Mais il s’agit, pour nous, de mon­trer la mul­ti­pli­ci­té des sujets trai­tés et non de cri­ti­quer un choix de toute façon dif­fi­cile par­mi les très nom­breuses contri­bu­tions à la connais­sance des reli­gions, de l’islam, du monde arabe, plus lar­ge­ment : de l’homme, que le phi­lo­sophe, socio­logue, isla­mo­logue, etc. a offertes à nombre de revues et d’éditeurs pen­dant plus de qua­rante ans de recherches et d’enseignements. La biblio­gra­phie de Domi­nique Urvoy, en 2011, com­por­tait déjà quinze grandes pages dans les Mélanges qui lui étaient offerts ; et il ne s’est pas arrê­té depuis, tant s’en faut. Mal­gré ces remarques pré­li­mi­naires, l’essentiel de l’ouvrage concerne bien les ren­contres, sou­vent conflic­tuelles, sur­tout de l’islam – avec le chris­tia­nisme, avec les reli­gions et les textes bibliques, avec les reli­gions païennes et pré-isla­miques –, mais aus­si du chris­tia­nisme – avec les Indiens d’Amérique, par exemple. Avan­tage, mais peut-être incon­vé­nient pour cer­tains, ama­teurs de théo­ries géné­rales, l’auteur ne tire aucune conclu­sion de cette jux­ta­po­si­tion de don­nées sou­vent pas­sion­nantes. Sa pré­face est juste une mise en bouche ; à cha­cun, ensuite, de faire son menu à sa guise, en choi­sis­sant dans un buf­fet somp­tueux (mais on peut en gar­der pour le len­de­main !). Regret­tons seule­ment que la numé­ro­ta­tion des études rete­nue dans l’introduction ne réap­pa­raisse ni dans le texte, ni dans les tables. Les per­son­nages hauts en cou­leurs intel­lec­tuelles ne manquent pas : de Ray­mond Lulle, auquel Domi­nique Urvoy a consa­cré mainte étude, à fr. Ber­nar­di­no de Saha­gun qui connut et com­prit si bien les Amé­rin­diens, sans oublier le poète armé­nien du Xe siècle Gré­goire de Narek. Autant dire qu’on ne s’ennuie pas en si bonnes com­pa­gnies et que si toutes ces études ne reflètent qu’une par­tie de la science de leur auteur, elles donnent envie d’en savoir plus. Faute d’autre réfé­rence, en cher­chant sur Inter­net, on peut devi­ner que nos Témoins de Jého­vah éco­lo­gistes de Gas­cogne, les « Amis de l’Homme », ont connu une nou­velle scis­sion et que leur exten­sion géo­gra­phique semble très limi­tée. Quant aux ques­tions rela­tives à l’islam, elles res­tent d’actualité, même lorsqu’elles remontent à la conquête et à l’occupation de l’Espagne (mais la der­nière étude, la plus récente, traite de « Islam et bioé­thique »), preuve d’une admi­rable rigi­di­té doc­tri­nale ou d’une regret­table inca­pa­ci­té à se remettre en cause et s’adapter. Mais pour aller plus loin, les autres ouvrages de l’auteur (par exemple son His­toire de la pen­sée arabe et isla­mique, ou La Mésen­tente, récem­ment chro­ni­quée) sont heu­reu­se­ment encore dis­po­nibles.

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