Revue de réflexion politique et religieuse.

Henri Hude : « Penser la guerre depuis la chute du mur de Berlin. L’Empire du Bien contre la paix »

Article publié le 9 Déc 2014 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Henri Hude : « Penser la guerre depuis la chute du mur de Berlin. L’Empire du Bien contre la paix », Liberté politique, n. 63, été 2014, pp. 135-153.

L’auteur, directeur du Pôle éthique des écoles militaires de Saint-Cyr, présente un état de la question, rapide mais très logiquement construit, de l’évolution de l’Empire américain depuis qu’il s’est trouvé libéré du danger d’affrontement avec son concurrent soviétique. Cet Empire, qui n’est américain que parce qu’il lui faut une base, a une force conquérante masquée sous un discours aimable en apparence, offrant paix et prospérité, mais se faisant pressant pour le faire partager par tout le monde, d’une manière qui rappelle Rousseau (« forcer les gens d’être libres »). Dans cette entreprise, tous les moyens sont bons, la morale invoquée étant téléologique (la fin justifie les moyens) : interventions militaires, de préférence par vassaux interposés, meurtres ciblés – facilités par l’usage des drones et autres techniques sophistiquées –, déstabilisation des Etats à soumettre, manipulation de mouvements terroristes. Tout cela au nom de la prohibition des guerres et de l’instauration d’une démocratie globale (wilsonnisme), raisonnement impliquant la criminalisation de toute opposition et la prétention d’avoir le droit de l’éradiquer par tout moyen, y compris les plus machiavéliques. Sur ce dernier point, Henri Hude rappelle une vérité que tout le monde connaît, surtout depuis la parution du livre de Hillary Clinton (Le temps des décisions, Fayard, juin 2014) : ce sont les Etats-Unis qui ont créé l’ISIS, appelé maintenant Etat islamique, projetant une unification de la Libye au Golfe persique. L’intervention américaine – tardive – en Irak (mais aussi en Syrie !) devra donc être observée très attentivement dans le double discours qu’elle nourrit déjà. Le jeu est dangereux et au total peu couronné de succès (l’échec égyptien est flagrant, les Etats-Unis ayant misé sur des Frères musulmans incapables et moins disciplinés que l’actuelle organisation centralisée du « calife » Ibrahim) sinon qu’il permet à la puissance de se présenter comme unique recours pour éteindre l’incendie par elle allumé (cf. notamment un entretien de J.-P. Filiu dans El Watan du 26 août 2014). En préparation ou en complément vient l’activité du National Endowment for Democracy (Washington), fondation gérant manipulation des foules, déstabilisation et corruption permettant les « révolutions de couleur » (Liban, Tunisie, Egypte, Ukraine…) et les renversements de régimes. Malgré cela, l’Empire rencontre des obstacles externes – résistance de la Russie et de la Chine, indocilité d’Israël, l’instabilité des Européens – et internes : la lourde fuite en avant technologique et son corollaire, la peur de l’engagement physique sur le terrain. Deux hypothèses sont retenues par l’auteur : ou bien l’Empire implose comme l’a fait l’URSS, ou bien il provoque une troisième guerre mondiale pour essayer de se survivre. Une telle analyse constitue une stimulante base de discussion.

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