Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Louis Bertrand : Saint Augustin

Article publié le 8 Déc 2013 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Louis Bertrand, Saint Augustin, Via Romana, Versailles, avril 2013, 390 p., 25 €.

Réédition d’une belle biographie (publiée en 1913) de l’évêque africain et Père de l’Eglise d’Occident. « Le visage hiératique du vieil évêque s’anime, devient étrangement vivant, presque moderne d’expression », indique dans son prologue l’académicien Louis Bertrand qui, tout au long des pages, ne cesse de décrire l’atmosphère et le contexte dans lequel vit Augustin, faisant revivre les villes qu’il traverse, les passions, les états d’âme, la quête de la Beauté et de Dieu, accordant toujours une large place à ce qui entoure le (futur) saint, qu’il s’agisse des coutumes, des lieux, du climat, des personnes. Thagaste, Madaure, Carthage, Ostie, villes marquées par le génie constructeur des Romains, mais aussi par les fêtes et coutumes païennes et ayant chacune leur spécificité. Rome l’orgueilleuse, emplie d’or et de statues, où règne une débauche extraordinaire, Milan où il rencontre saint Ambroise… On y suit en particulier son cheminement vers la conversion, sous l’œil lointain et si proche de sa mère sainte Monique. « A mesure qu’il se rapproche du but, Augustin semble au contraire s’en éloigner. Telles sont les démarches secrètes du Dieu qui prend les âmes comme un voleur : il fond sur elle, à l’improviste. Jusqu’à la veille du jour où le Christ viendra le prendre, Augustin est obsédé par le monde et le souci d’y être en bonne place » (p. 182). Nous parvenons enfin à Hippone : « Essayons de voir Augustin dans sa chaire et dans sa ville épiscopale […] Ecoutons-le dans cette basilique de la Paix où pendant trente-cinq ans il n’a pas cessé d’annoncer la parole de Dieu. Le chant des psaumes vient d’expirer. A l’extrémité de l’abside, de son siège adossé au mur, Augustin se lève. […] D’avance l’auditoire est frémissant de sympathie et de curiosité. De toute sa foi, de toute sa passion, il collabore avec l’orateur. Il est turbulent aussi. » (p. 285-286). Louis Bertrand souligne en particulier le caractère et la douceur du saint. Celui qui aurait bien voulu passer sa vie dans l’étude de l’écriture et la méditation des dogmes catéchise, baptise, discute avec ceux qui menacent le christianisme, reprenant les démonstrations interminables sans relâche et toujours avec une extrême charité du moment que la vérité est en jeu : Augustin « n’est pas seulement le plus humain de tous les saints, c’est aussi l’un des plus aimables, dans tous les sens de ce mot banalisé – aimable selon le monde, aimable selon le Christ ». Aperçu succinct d’un ouvrage de qualité qui mérite vivement d’être lu.

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