Revue de réflexion politique et religieuse.

Exposition : Armée, célébration et culpabilité

Article publié le 28 Sep 2012 | imprimer ce texte imprimer ce texte

« En définitive, on ressort de cette exposition avec l’impression que la France et au premier chef son armée, n’ont rien apporté que violences et catastrophes à un pays dès l’origine dressé contre elle. Quelle pauvre vision de ce qui a été aussi une histoire d’amour ! »

Sous le titre général « La France en Algérie 1830-1962 », le Musée de l’Armée, à Paris, offre jusqu’au 29 juillet 2012 une exposition qui a pour ambition de présenter de façon dépassionnée cette « page de l’histoire militaire de notre pays ». Dans un souci pédagogique louable, elle s’appuie pour ce faire sur l’oeuvre de Jacques Ferrandez, auteur d’une bande dessinée sur ce sujet intitulée Carnets d’Orient, publiée par les éditions Casterman. Pour autant, l’essentiel est ailleurs, dans un certain nombre d’objets, de tableaux ou de documents provenant de divers fonds, et, surtout, dans de nombreux panneaux explicatifs rédigés (avec une traduction en anglais et en arabe) et des films d’archives ou des entretiens réalisés pour l’occasion avec des « personnalités qualifiées ».
C’est une exposition agréable à visiter, à laquelle on peut sans difficulté consacrer deux bonnes heures et qui permet de voir de très beaux objets (peintures d’Horace Vernet ou de Chassériau, sabre d’Abd-el-Kader, etc.) ou des documents d’archives difficilement accessibles, comme certains films de l’ECPAD ou de l’INA. Au total, les objets et les documents présentés n’ont pas vocation à parler par eux-mêmes, mais ils sont mis au service d’un « projet muséal paradigmatique », pour reprendre les termes du directeur adjoint de cette institution, c’est-à-dire, plus simplement, d’un ordonnancement de l’histoire, voire d’une interprétation de son sens. Sur un tel sujet, et en un tel lieu, le pari était certes hardi : comme le reconnaît le commissaire de l’exposition, le lieutenant-colonel Bertrand, il s’agit d’un « sujet majeur, grave, passionnel et polémique ». Si l’on en juge par l’accueil de la critique (comme par exemple le dossier louangeur sans restrictions apparentes qu’y a consacré le Figaro Magazine), l’objectif est atteint.
Ces réactions unanimement bienveillantes et, plus encore, que le Musée de l’armée soit l’organisateur et le promoteur d’une telle exposition, ne peuvent que laisser pantois devant l’étendue du désarmement moral et la perte de tout esprit critique. Ne serait-ce qu’à ce titre, elle mérite d’être vue pour y admirer les méthodes insidieuses déployées pour dénigrer notre histoire nationale, nos gouvernements et notre armée, derrière une prétendue objectivité. […]

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