Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Giampiero Forcesi : Il Vaticano II a Bologna. La riforma conciliare nella città di Lercaro e Dossetti

Article publié le 6 Sep 2012 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Giampiero Forcesi, Il Vaticano II a Bologna. La riforma conciliare nella città di Lercaro e Dossetti, Il Mulino, Bologne, 2011, 559 p., 41 €

D’abord archevêque de Ravenne, Giacomo Lercaro fut nommé par Pie XII archevêque de Bologne en 1952. Il fut sans conteste l’une des figures emblématiques du concile Vatican II. Le présent ouvrage couvre un champ plus restreint, se centrant sur l’action de Lercaro dans son diocèse, et consiste principalement en une suite de commentaires de textes et de décisions internes au diocèse. Giampiero Forcesi cherche à clarifier les étapes d’une évolution qui conduisit Lercaro du profil d’un évêque classique, caractérisé notamment par un « intransigeantisme » à l’italienne (opposition au communisme et soutien à la démocratie chrétienne, méfiance envers une culture sécularisée et recherche des moyens d’une reconquête), à la figure de proue de « l’Eglise des pauvres », objet de louanges ou de critiques, celles-ci conduisant à son retrait demandé du siège
de Bologne, en février 1968.
L’auteur suit les deux lignes majeures d’action du cardinal Lercaro : la liturgie et le rapport à la société. Pour la première, il montre une remarquable continuité et une action en profondeur, Lercaro promouvant ses vues d’une rénovation de la vie de l’Eglise ad intra et ad extra dont le coeur et le modèle seraient la communion eucharistique ; continuité à un point tel qu’on se demande si la constitution du concile sur la liturgie eut concrètement plus ou moins d’importance que cette action de long terme, couronnée par une « mission triennale diocésaine sur la Messe », dont Lercaro fit l’annonce solennelle le 4 octobre 1962, à la veille du concile. On regrette ici que l’action du cardinal comme président du Consilium soit à peine évoquée, et qu’au-delà des discours on ne sache que peu sur les recommandations ou décisions de cette mission diocésaine. Si l’on a pu dire de ce diocèse qu’il avait précédé le concile de dix ans, c’est sans doute d’abord en ce domaine ; on aurait aimé en juger plus précisément.
Sur l’autre ligne, celle du rapport à la société, l’auteur peine à démontrer – ce qu’il semble vouloir faire – une évolution dans la période qui précède le concile Vatican II. La méfiance de Lercaro est suffisamment marquée pour qu’en octobre 1961, reçu en audience avec des pèlerins de Bologne par Jean XXIII, celui-ci lui déclare comprendre ses craintes face à l’esprit laïciste qui dominait la cité de Bologne, mais – selon les chroniques mêmes de l’audience – « exhorta aimablement l’archevêque à tempérer sa douleur en raison de tous les motifs d’espoir et de confiance dans la vérité qui s’affirme par elle-même, et dans la fécondité de son travail et de ceux qui chrétiennement oeuvrent avec lui » (cité p. 166). Quant aux conclusions du document que Lercaro envoya en octobre 1959 à la commission préparatoire du concile, l’auteur les qualifie de rigides. On doit ainsi reconnaître au concile le rôle de premier plan dans ce qui apparaît – au moins dans ce livre – moins comme une évolution que comme une forme de basculement. Toutefois, ce basculement ne se fit pas dans un militantisme socio-politique, mais conduisit à une suprématie absolue de la fraternité eucharistique mentionnée ci-dessus.
On reste marqué par l’autorité, voire l’autoritarisme du personnage : se référant notamment à saint Ignace d’Antioche, il magnifie le rôle central de l’évêque, qui se traduira par une uniformité impressionnante dans le diocèse, allant par exemple jusqu’à déconnecter la section diocésaine de l’Action catholique du mouvement national. Mais, sur ce point, sont plus intéressantes encore les pages consacrées à l’action de la Giuventù studentesca de don Giussani (« ancêtre » de Comunione e Liberazione) : appelé à Bologne à l’été 1963, parce que le diocèse connaissait un déficit de présence dans le milieu lycéen et étudiant, le mouvement de don Giussani en fut renvoyé en décembre 1965, parce qu’il ne s’intégrait pas dans la pastorale d’ensemble, avait des rapports trop étroits avec les instances nationales et régionales de la Giuventù, mais aussi (p.345) en raison de son « intransigeantisme ».

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