Revue de réflexion politique et religieuse.

Jean Haëntjens : La ville frugale. Un modèle pour préparer l’après-pétrole

Article publié le 5 Mai 2012 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Jean Haëntjens, La ville frugale. Un modèle pour préparer l’après-pétrole, Fyp éditions, décembre 2011, 224 p., 19,50 €

Economiste et urbaniste, consultant en stratégies urbaines auprès des collectivités, l’auteur présente une réflexion autour d’un thème très en vogue dans certaines approches de l’écologie urbaine, la frugalité. En quoi celle-ci consiste-t-elle exactement ? Plus que la ville « durable », la ville frugale correspondrait à une vision qui part du constat que l’accumulation des crises économiques, énergétiques et écologiques va obliger les collectivités à poser des choix redoutables, qui sont à anticiper plutôt qu’à subir. La frugalité choisie serait ainsi le principe fondateur d’une nouvelle étape de l’aventure urbaine. Pour l’auteur, et présentée en un quart de page, la frugalité, au sens épicurien, pourrait se résumer en un choix de vivre mieux en consommant moins. Ce principe, plutôt minimaliste et a priori des plus consensuels, devrait permettre de déterminer des « menus urbains » plus diététiques que ceux de la fast-food city. Le programme s’annonce – il faut bien en convenir – assez fumeux. Examinons donc les deux principaux chapitres (l’équation de la ville frugale et les clés de l’urbanisme frugal) pour en savoir plus. Le premier reprend la question du « coût urbain global », difficile à déterminer, vieux problème de géographie urbaine posé en son temps par le célèbre historien de la ville Paul Bairoch, de la « taille optimale » des villes.
J. Haëntjens entrevoit ce coût comme la solution d’une équation subtile à quatre « briques » –mobilité, compacité, polarité (attractivité) et qualité urbaine –, compromis dont les « réglages fins » sont à adapter au cas de chaque agglomération. La présentation de chacune de ces « briques » reprend une synthèse plus que concise des travaux et données, dont certaines déjà anciennes, concernant la relation entre densité urbaine et consommation d’énergie. Le second chapitre réserverait-il de meilleures surprises ? Hélas non, car y sont présentées, et encore de manière succincte, des recettes bien connues : participation des habitants, réduction des distances, urbanisation raisonnée des campus… Y sont également dégagées des priorités normatives qui exposent plus des poncifs qu’autre chose comme l’idée que dans les petites villes la priorité soit de constituer des centralités attractives pour les milieux environnants, ou qu’une partie importante est en train de se jouer autour des véhicules électriques, point que la plupart des spécialistes de prospective contestent formellement.
Bref, au final, un ouvrage plus que décevant, révélateur d’un certain manque de rigueur et de séduction pour les mots-valises dont font preuve nombre d’experts intervenant de manière croissante dans le champ de l’aménagement urbain. On en sort d’autant plus frustré – c’est le cas de le dire – que beaucoup de représentants de l’écologie urbaine ou bien de l’architecture s’interrogent de manière beaucoup plus solide sur les notions de frugalité, d’architecture modeste…

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