Revue de réflexion politique et religieuse.

Les fruits amers d’une « croisade »

Article publié le 5 Fév 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Le massacre de la cathédrale de Bagdad, le 31 octobre 2010, signe dans le sang l’échec de la croisade sans croix lancée par les Américains en 2002.

Dans l’imaginaire collectif du monde musulman, la Croisade et les Croisés tiennent une place essentielle : ils sont le Mal, l’agression injustifiable, Chitan fait homme et chrétien. Qu’à la suite du Prophète les Armées d’Allah aient conquis, razzié ou rasé, soumis presque toutes les terres de l’Indus à l’Atlantique, ce n’est pas un problème, mais un progrès ; mais que des Chrétiens tentent de reprendre certaines parties du territoire qu’ils peuplaient naguère, avant cette conquête, c’est le scandale absolu, le crime inexpiable contre l’islam, donc contre Dieu. Le lien définitif entre islam politique et islam religieux, entre force et loi (divine ou humaine, c’est la même), permet un passage aisé de la revendication ou de la défense du territoire au prosélytisme « sur le chemin d’Allah ». Toute action de force contre un pays musulman est une nouvelle croisade et doit être repoussée comme celles qui, finalement, échouèrent au Moyen Age. Les Occidentaux et les Russes le savent, ou devraient le savoir.
Quelle que soit leur motivation réelle et personnelle, les combattants qui, à cette occasion, se dressent contre les croisés, mènent le bon combat, le jihad, qui fera d’eux, la mort échéant, des martyrs accueillis au paradis avec honneur et plaisirs. Même les combattants du FLN, dont les dirigeants étaient souvent plus marxistes ou tiersmondistes qu’islamistes, étaient des moudjahidin, des combattants du jihad qui luttaient contre des croisés, même si l’esprit des gouvernants français était fort éloigné de celui des vrais Croisés. L’intervention soviétique en Afghanistan, avant celle des Alliés des Américains, a été vite présentée et perçue sur place comme une autre croisade, ce qui a renforcé l’image et le pouvoir des islamistes et spécialement des Talibans. Et la croisade soviétique a abouti à la mort de l’agresseur. La guerre fondée sur des mensonges contre l’Irak de Saddam Hussein, puis qui a tendu à créer un nouvel Irak démocratique et respectueux des principes occidentaux, a pris la même coloration pour les musulmans irakiens brutalement plongés dans la misère et l’insécurité, d’autant plus facilement que les Anglo-Saxons qui l’avaient décidée et dirigée ne rechignaient pas à se présenter comme des prophètes, des justiciers, des envoyés de Dieu qui apportaient la paix, la liberté, le lait et le miel. Les islamistes, en tout cas, chiites fondamentalistes et sunnites se réclamant d’Al Qaïda (qui était absente d’Irak avant la venue des Libérateurs) ont su en faire leur miel, tout comme les truands de tout bord, s’affi chant volontiers comme des résistants à la croisade. […]

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