Revue de réflexion politique et religieuse.

Lecture : Les Jacobins, Netchaïev et le léninisme

Article publié le 5 Jan 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre de Stéphane Courtois, Communisme et totalitarisme, Perrin, coll. Tempus, août 2009.

Recueil d’articles et de textes de conférences publiés entre 2000 et 2008, le dernier livre de Stéphane Courtois constitue une exploration de la pensée et de la logique des mécanismes du totalitarisme, dont l’auteur attribue la paternité à Lénine. Avec pour défaut minime d’être parfois répétitif, l’ouvrage nous entraîne, à travers quatre parties consacrées successivement à Lénine, à Staline, aux crimes du communisme et à la mémoire du communisme, à la redécouverte d’un phénomène sans équivalent dont l’évocation suscite encore de si violentes controverses tant la réalité en reste largement occultée par l’effet d’un négationnisme ordinaire.
L’évocation des figures des deux premiers dirigeants absolus de l’Union soviétique nous renseigne à la fois sur la pensée intime du premier et sur la paternité légitime qui l’unit au second. La soif de destruction de l’ordre (ancien) honni paraît inextinguible : aucune entrave à la dictature du prolétariat – la nouvelle classe à caractère universel – ne peut être tolérée. L’auteur rapporte cet échange, à propos de la décision de « décosaquisation du Don » (1919) entre Lénine et un révolutionnaire modéré : «“A quoi bon un commissariat du peuple à la justice ? Autant l’appeler commissariat du peuple à l’extermination sociale, et la cause sera entendue”. [Lénine] lui répond “Excellente idée. C’est exactement comme cela que je vois la chose. Malheureusement on ne peut pas l’appeler ainsi” » (p. 128). Il apparaît au fil des pages que la fureur révolutionnaire, la volonté de destruction de la société russe, de ses élites, de sa culture et de sa religion se nourrissent d’abord des ressentiments personnels d’un raté devenu génie du mal, capable de capter les ardeurs les plus immondes de tous les déclassés pour les projeter contre ce monde qu’il hait de toute sa personne, de toutes ses forces et de tous ses mots. […]

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