Revue de réflexion politique et religieuse.

Jerónimo Molina : Nada en las manos

Article publié le 9 Juin 2014 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre de Jerónimo Molina, Nada en las manos, Los Papeles del Sitio, Valencina de la Concepción (Séville), 2013, 156 p., 12 €.

L’auteur est professeur de politique sociale à l’Université de Murcie, et dirige la revue Empresas políticas ; il vient également de publier un nouveau livre sur le « mythe de Carl Schmitt ». Ici cependant il quitte le genre scientifique dont il a l’habitude – disciple de Raymond Aron, Julien Freund, Dalmacio Negro – pour livrer, sous forme d’un journal, ses diverses lectures, dans un bel éclectisme, tantôt abordant une œuvre marquante, tantôt notant des réflexions sur des manières politiques, sur tel ou tel argument lu ou entendu, etc. Le Chinois (antique) Han-Fei-tse, auteur d’un traité du gouvernement d’une veine analogue au Prince de Machiavel, et disciple de Sun-tse, éminent stratège de la ruse, retient son attention et l’horrifie. « Il offre, écrit-il, le catalogue le plus hallucinant de l’abjection humaine. » Cette si facile horreur dans laquelle tourne le possédant du pouvoir sans autre frein que la volonté de celui qui le possède hante notre auteur. A propos de la dictature (concept commun à Donoso Cortés et à Schmitt), il note : « Moindre mal : bien possible. L’équation semble être ce qu’elle est : une prudente justification de la dictature classique, celle du sabre, pas celle de la dague. » Ibn Khaldûn, dans son Autobiographie, justifiait d’ailleurs de louer tant et plus les tyrans. Jerónimo Molina constate aussi la férocité des ennemis de l’Eglise et admire le langage clair des papes du XIXe siècle. « A tous, en plus de les condamner, Rome offrit un digne traitement littéraire. Si le libéralisme et le modernisme sont des erreurs pestifères (Grégoire XVI, Léon XIII, Pie X et d’autres pontifes l’assurent), rien de comparable avec la terrible définition du communisme de Pie IX dans l’encyclique Qui pluribus de 1846 : “le fiel du dragon dans la coupe de Babylone ” ». Ce journal fait penser au promeneur au bord de la mer qui recueille toutes sortes de petites choses précieuses au hasard de sa marche – l’auteur parle, lui, de « copeaux ». Cette petite flèche avisée de Chesterton, par exemple, tirée de son premier livre, The Thing (1929), jugeant le Maritain de la Primauté du spirituel : « La partie théologique et théorique de son oeuvre s’est desséchée avec une extraordinaire rapidité, et avec la même rapidité le vide qu’elle a laissé s’est rempli d’autres choses. » Malgré le titre, ce n’est pas réellement « rien entre les mains ».

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