Revue de réflexion politique et religieuse.

Bernard Wicht : Europe Mad Max demain ? Retour à la défense citoyenne

Article publié le 25 Juin 2013 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre de Bernard Wicht, Europe Mad Max demain ? Retour à la défense citoyenne, Favre, Lausanne, avril 2013, 148 p., 14 €.

Ce nouveau livre poursuit, en l’augmentant et la structurant, une réflexion entamée avec Une nouvelle Guerre de Trente Ans (2011), dont on a rendu compte dans un précédent numéro (114, hiver 2012). L’intention générale en est donnée par la formule « travailler dans la marge d’erreur du système », ce qui s’entend du raisonnement sur l’avenir qui se dessine et des réponses générales aux désordres de grande ampleur entrevus, mais aussi de certaines hypothèses d’organisation. Dans la première partie est décrite une situation que nous connaissons déjà et qui devrait aller en s’amplifiant : anarchie, gangs, zones de non droit à base ethnomafieuses, etc., le tout proliférant en même temps que dépérit la figure moderne de l’Etat démocratique national, dépérissement fortement suscité par la superpuissance qui agit à couvert du club fermé qui se qualifie de « Communauté internationale ». Bernard Wicht insiste sur l’anomie, moins sur les menées de cet « Etat pénal carcéral » mondial en expansion, bien qu’il y consacre quelques pages. Son attention principale se porte sur l’autonomisation de formations militaires soumises à ces pouvoirs anonymes, mais transformables en autant de mafias armées, le tout sur fond de guerre civile larvée. La deuxième partie du livre cherche à ouvrir des pistes sur la survie possible dans ce nouveau monde chaotique, en tirant les leçons du développement même de ces forces militaires d’un genre nouveau. L’auteur est aidé, ou influencé, par les films de fiction – Mad Max, entre autres – qui imaginent des formes d’auto-organisation de « survivants », sur la base de la précarité, de la formation sur le tas, de la sélection par la capacité de défense en milieu violent et finalement sur la volonté des individus. Il n’échappe pas à une contradiction : récupérant le concept de TAZ (zone autonome temporaire) lancé par Hakim Bey, il imagine possible une sorte de communautarisme nomade puissamment armé apte à recréer des espaces de vie normale. Les citoyens survivants devraient être capables d’assurer eux-mêmes leur propre défense contre ennemis et prédateurs et échapper à la vigilance de l’Etat carcéral. Des foyers de résistance active devraient naître, à partir de l’équation « capacité économique + système d’arme = liberté d’action », B. Wicht pensant que c’est toujours d’une armée dotée de moyens que peut surgir la reconstitution de la cité. Sa référence est le Hezbollah, qu’il renomme pour l’occasion Swissbollah à l’attention de ses compatriotes. A ce stade, deux difficultés se présentent : celle de la détermination de la finalité justifiant qu’un tel micro-Etat se constitue, et celle de la possession des moyens de l’autonomie. Le premier point est essentiel, car il conditionne toute l’action et plus encore la fidélité de ses protagonistes. Il ne suffit pas d’inventer une « cause » pour que des hommes se sacrifient, il faut avant tout que cette cause soit assez noble pour justifier le sacrifice. Il faut enfin savoir où l’on va. Pour l’instant la lacune de cette réflexion est là : l’ordre final recherché, et les facteurs culturels et religieux sont omis. Quant aux moyens, la question est de savoir comment il serait possible de passer des TAZ à une « puissance militaro-financière sans territoire ». L’auteur développera sans doute sa réflexion, dont on apprécie la qualité d’être en devenir continu.

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