Revue de réflexion politique et religieuse.

Jean-Christophe Rufin : Katiba

Article publié le 14 Fév 2013 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre de Jean-Christophe Rufin, Katiba, Flammarion, 2010, 392 p., 20 €.

Médecin humanitaire, Goncourt 2001, ex-ambassadeur à Dakar, académicien, J.-C. Rufin noue l’intrigue de son dernier roman sur une trame mêlant terrorisme, appel du désert, ors du quai d’Orsay, quêtes d’identité, rêves d’absolu et sociétés de renseignement. Les ingrédients sont bons. Rufin écrit bien. Il donne accès au monde islamiste. Il suggère avec une sobriété remarquablement efficace quelques moments insoutenables, comme celui où le djihadiste soulève sa chemise pour laisser sa complice lui ajuster une ceinture explosive.
On pointera quelques aberrations techniques, qui font partie du genre : Iliouchine se posant sur un terrain non balisé, ou téléphone portable bricolé avec un émetteur supplémentaire. Quelques scènes sensuelles interdisent de laisser le livre à des adolescents. Syndrome de Tom Clancy, Rufin multiplie habilement mais un peu excessivement les comparses. Plus regrettable, l’intrigue repose sur la concomitance planifiée de deux événements, attentat à Paris et prise au piège d’un dirigeant d’Al Qaida… mais cette concomitance apparaît après coup comme si peu plausible que le montage, auquel on croit longtemps, se révèle artificiel.
Rufin réussit initialement à nimber de mystère son héroïne franco-algérienne ; celle-ci s’avère finalement une musulmane tendance laïque qui se fait passer pour islamiste, ne boit pas d’alcool mais fume des joints, et s’offre une passade la veille de partir retrouver l’amour de ses vingt ans, lui aussi agent double algérien. On leur souhaite beaucoup d’enfants, sans savoir comment le futur mari, beaucoup plus pur, appréciera d’avoir été si joyeusement trompé. Rufin veut faire l’éloge d’une personnalité profondément plurielle ; mais l’attente habilement créée se décompose face à un personnage à la psychologie trop improbable pour rester consistante. Il veut aussi rendre hommage aux services algériens, qui ne le méritent en rien, et que, involontairement, Katiba montre bien légers dans leurs modes opératoires et leur recrutement.
Par ses thèmes comme par ses personnages, Katiba rappelle Le Retournement. Ce parallèle avec Volkoff vaut à lui seul un compliment, mais il place la barre cruellement haut, et il accuse aussi le chemin littéraire, géopolitique et spirituel descendu en trente ans.

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