Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Homo religiosus

Article publié le 18 Nov 2012 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Sur les constantes du sacré. Une lecture critique du dernier ouvrage de Julien Ries, Symbole mythe et rite. Constantes du sacré, Cerf, coll. Patrimoines, janvier 2012, 696 p., 49 €.

L’homme perçoit dans le symbole, exprime dans le mythe, agit dans le rite, l’homme dans son humanité intégrale, et non un primitif, un sous-développé qui n’a pas accédé aux lumières de la raison laïque et scientifique. Voilà un acquis de l’ethnographie, de l’anthropologie, de la paléontologie, de la sociologie, de l’histoire des religions, mais aussi de la psychologie fondamentale et cognitive, de la linguistique, et l’on pourrait poursuivre longuement… Il est impossible d’étudier l’homme sans enquêter sur le symbole, qui se trouve à la source de son humanité dès qu’elle se manifeste comme telle. Ce que l’on appelle la communauté scientifique a quitté depuis longtemps le point de vue rationaliste et matérialiste qui, naïvement, voyait dans les cultures primitives la manifestation d’une déficience scientifique et dans le comportement religieux de nos ancêtres, sous le vocable générique et méprisant de superstition, la crainte irrationnelle devant les forces de la nature dont on ne savait pas encore qu’elles n’étaient que phénomènes d’électricité ou convulsions géologiques !
Ce point de vue issu de la suffisance moderne n’a plus cours que dans le grand public, toujours très long à abandonner des a priori datant du XIXe siècle et ressassés indéfiniment par des productions cinématographiques oscillant entre la fiction-science et la science-fiction (que l’on songe par exemple au thème des hommes préhistoriques ou aux rapports entre les singes et les humains dans un avenir interplanétaire). La science qui se veut digne de ce nom reconnaît dans les phénomènes étudiés ici des données fondamentales de l’esprit. Même des représentants sérieux de la science physique cherchent aujourd’hui dans le mythe une sorte de nouvelle fondation.
Le troisième volume d’une trilogie est paru cette année, oeuvre de Julien Ries, un grand érudit qui a enseigné toute sa vie l’histoire des religions1 . L’intérêt majeur de cet ouvrage est de nous fournir une impressionnante banque de données sur les religions et les mythes du monde entier, ainsi que sur les auteurs qui ont cherché à rassembler ces données, à les ordonner, à élucider leur signification, tout en optant quant à lui délibérément pour une clef de recherche qui se situe dans la ligne de l’homo religiosus. Notre auteur considère, avec Mircea Eliade, que c’est la reconnaissance immédiate du divin, du sacré, de la transcendance, puisée à l’origine dans la contemplation de la voûte céleste, du soleil et des astres, qui caractérise l’expérience fondamentale de l’humanité, expérience à partir de laquelle vont s’élaborer une structuration de la réalité par le symbole et une structuration de l’ensemble de l’existence, individuelle et sociale, par le mythe, récit vrai qui se rapporte à un temps primordial et dont le but est de réactualiser cet âge d’or en opérant une rupture avec le temps profane, afin de sacraliser l’existence, de la situer logiquement et effectivement dans le réel transcendant. Le mythe, c’est le réel : telle est la conclusion à laquelle aboutit ce grand connaisseur de l’histoire des religions qu’est le célèbre chercheur roumain. […]

  1. . Julien Ries, Symbole mythe et rite. Constantes du sacré, Cerf, coll. Patrimoines, janvier 2012, 696 p., 49 €. []

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