Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Guillaume Zeller : Oran 5 juillet 1962. Un massacre oublié

Article publié le 18 Nov 2012 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Guillaume Zeller, Oran 5 juillet 1962. Un massacre oublié, Editions Tallandier, mars 2012, 16,90 €.

Cet ouvrage revient sur l’un des « massacres oubliés » de la guerre d’Algérie, celui du 5 juillet 1962. Ce jour-là, des groupes de musulmans et des miliciens de l’ALN enlevaient et tuaient à Oran dans des conditions atroces des centaines de civils d’origine européenne ainsi que de nombreux musulmans, l’armée française mettant plusieurs heures, sauf initiatives individuelles, à intervenir pour protéger les populations. Directeur de la rédaction de la chaîne télévisée Direct 8 et du site électronique Direct Matin, l’auteur est aussi le petit-fils de l’un des quatre généraux ayant conduit le « putsch » d’avril 1961. Guillaume Zeller explique d’entrée de jeu l’origine de sa démarche : issu d’un milieu naturellement et profondément attaché à l’Algérie française, il avait fini par penser, avec le temps, que le récit du 5 juillet 1962 qu’il connaissait par ses proches était « trop atroce pour être vrai ». Il a donc voulu « confronter l’héritage de son grand-père à la réalité des faits » et s’est lancé dans une recherche approfondie sur ceux-ci. Ce livre en est le résultat. « Ce qu’on découvre est stupéfiant. Témoignages, archives, études : une multitude de documents méconnus confirmaient qu’un massacre de grande ampleur avait eu lieu à Oran ce jour-là ». Pas à pas, Guillaume Zeller revient sur l’ensemble des événements, jusqu’au massacre lui-même, rappelant les questions qui n’ont pas encore été complètement élucidées : ce que fit et avec qui parlementa le général Katz, qui dirigeait le Corps d’Armée d’Oran, pendant les deux heures (au moins) qui séparèrent le début des exactions de l’intervention coordonnée de l’armée. L’ouvrage se base sur une bibliographie abondante (notamment plusieurs livres de Maurice Faivre ou Jean Monneret), sur quelques sources directes et sur des témoignages recueillis auprès de témoins survivants. Si l’auteur ne présente pas de nouveauté majeure sur ce dossier honteux, son principal apport est plutôt celui de la pédagogie et de la transmission de l’histoire. Par la précision historique de son propos, sa plume alerte et la profonde attention qu’il porte à la compréhension des faits, Guillaume Zeller contribue à faire connaître auprès d’un large public ces événements très ignorés et à continuer d’ébranler, de ce fait, la chape de plomb qui recouvre ces crimes, déjà fissurée par les travaux menés par un panel d’historiens à partir des années 2000. Même si l’auteur semble avoir peu d’espoir à ce sujet, il est à souhaiter que de tels travaux se multiplient afin que, une fois le seuil de la recherche historique franchi, la strate administrative et politique se sente enfin contrainte de reconnaître que l’attitude des dirigeants de l’époque, sur la journée du 5 juillet 1962 et sur le dénouement de la guerre d’Algérie en général, a été particulièrement irresponsable, et pour tout dire, scandaleuse.

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