Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Lecture : Le père Liégé et le Concile

Article publié le 10 Juil 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre de Gérard Reynal, Pierre-André Liégé (1921-1979). Un itinéraire théologique au milieu du XXe siècle, Cerf, 2010, 33 €.

Le R.P. Liégé, dominicain, ne fut sans doute pas l’une des figures les plus marquantes du concile Vatican II, de la période précédente comme de celle qui suivit. Ne serait-ce que parmi ses confrères, les pères Chenu et Congar ont une tout autre renommée. Il n’empêche, Mgr Schmitt, évêque de Metz, écrivit de lui : « Nul ne saura jamais ce que Vatican II lui doit ». Le propos élogieux paraît si juste à l’auteur d’une récente biographie qu’il le reproduit à l’envi, un peu trop souvent d’ailleurs. Est-ce la clef de lecture à ce livre ? Oui, si on entend par là que le concile Vatican II mit en textes, puis en actes, ce qui faisait déjà la spécificité du père Liégé, la théologie pastorale, dont l’auteur considère qu’il fut « le pionnier et l’initiateur » en France (p. 416).
On a cependant quelque peine à trouver une cohérence forte aux trois parties qui composent ce qui, en accord avec le sous-titre, est moins une biographie qu’un « itinéraire intellectuel » : il y a une rupture trop nette, et de genre et de chronologie, entre d’un côté les deux premières parties et de l’autre la troisième. De plus, la troisième partie n’éclaire pas et même masque en partie la dernière période de la vie du père Liégé ; il s’y est peut-être joué une évolution qui, sous réserve d’être mieux renseigné, fait penser à l’évolution du théologien Ratzinger. Ce qui suit, se ressent de ces deux défauts, que notre connaissance de la personne et des écrits du dominicain ne permet pas de pallier. Dans les deux premières parties, donc, au caractère biographique prédominant, il est dressé le portrait d’un militant. Résumons : Pierre-André Liégé entra chez les dominicains en 1938, après avoir pensé un temps à la vie bénédictine. Il y suivit les cours de théologie, notamment des pères Chenu et Congar, le premier étant un maître pour lui ; et ce fut en première ligne qu’il vécut la reprise en main des études au Saulchoir en 1942, avec la mise à l’écart d’une partie du corps professoral, dont Chenu. Le jeune scolastique en fut bouleversé et indigné ; sentiments qui rencontrèrent la critique d’Emmanuel Mounier contre les catholiques conservateurs : « Ces êtres courbes qui ne s’avancent dans la vie que de biais et les yeux abattus, ces âmes dégingandées, ces peseurs de vertus, ces victimes dominicales, ces froussards dévotieux, ces héros lymphatiques, ces bébés suaves, ces vierges ternes, ces vases d’ennui, ces sacs de syllogisme, ces ombres d’ombres, est-ce là l’avant-garde de Daniel marchant contre la Bête ? » (cité pp. 76-77). Le père Liégé fit siennes ces lignes de L’affrontement chrétien, la vigueur du style en moins, mais avec une tournure dialectique plus radicale, révolutionnaire à certains égards, qui fait de lui, non simplement un combattant, mais bien un militant. […]

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