Revue de réflexion politique et religieuse.

Architecture religieuse contemporaine. Pour un retour au sens

Article publié le 10 Juil 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

L’art et l’architecture à destination sacrée doivent absolument se libérer d’un esprit de soumission envers les promoteurs du non-art contemporain. Cette libération implique de renouer avec ce qui fait l’essence de l’art dans son lien avec la beauté et la vie.

L’architecture des édifices destinés au culte joue un rôle déterminant à l’égard des œuvres d’art sacré qui s’y trouvent. En même temps, elle est elle-même un art sacré. A la base de toute réflexion sur ce sujet se trouve la question : qu’est-ce que l’art ? Selon saint Thomas d’Aquin, l’art est avant tout une vertu de l’intellect pratique. Le docteur de l’Eglise la définit comme rectaratio factibilium – norme juste du travail, capacité de choisir le bon moyen pour réaliser à la perfection une œuvre – et il la distingue de l’autre vertu de l’intellect pratique qu’est la prudence, laquelle est recta ratioagibilium (norme juste de l’agir, capacité de choisir les moyens à employer pour atteindre une fin précise). A première vue, il pourrait sembler que seule la prudence est en relation avec la fin de l’homme et qu’elle appartient de ce fait à la sphère de l’agir moral ; l’art serait ainsi, d’une certaine manière, neutre. C’est ce que soutiennent les partisans de l’indépendance totale de l’artiste. En réalité, l’homme est un être un et, si l’art conserve une certaine autonomie vis-à-vis de la morale, aucune action humaine ne possède en soi une absence de signification éthique. Par ailleurs, le beau est l’un des transcendantaux, c’est-à-dire une caractéristique inséparable de tout être, de toute substance, comme l’un, le vrai, le bien. La bonté de l’être est liée à la volonté qui le désire, tandis que sa vérité est liée à l’intelligence qui le connaît. La beauté fait simultanément référence à l’intellect, qui reconnaît la vérité et la bonté des choses, et à la volonté, qui tire un plaisir et une délectation de leur contemplation.

Il n’est pas facile de définir la beauté. Saint Thomas le fait en s’attachant à ses effets : est beau ce qui plaît à la contemplation. La beauté des êtres est perçue par les facultés de l’homme liées à la connaissance : la sensibilité (vue et ouïe, mais aussi, pour l’architecture, toucher et même odorat) et l’intelligence. Mais l’appréhension du beau adjoint à la simple connaissance le plaisir qui découle d’une telle connaissance. On peut considérer la beauté comme un genre particulier de bonté car tout bien possédé est source de joie : tout ce qui présente de la beauté entraîne un plaisir spécifique par le simple fait d’être connu.

Si la contemplation du beau est toujours accompagnée d’un certain plaisir, la beauté ne s’identifie pas au plaisir mais aux propriétés qui rendent, précisément, la contemplation plaisante. « Je lui demanderai, dit saint Augustin, si ces objets sont beaux parce qu’ils plaisent ou s’ils nous plaisent parce qu’ils sont beaux. Il me répondra sans doute qu’ils nous plaisent parce qu’ils sont beaux ». La même chose est valable pour la bonté, qui ne prend pas son origine dans la volonté : les choses continueraient à être bonnes ou belles même s’il n’existait pas d’hommes capables de les désirer ou de les apprécier d’un point de vue esthétique. La beauté se révèle par un certain nombre de caractéristiques qui sont la cause immédiate du plaisir esthétique. Saint Thomas met en avant trois aspects essentiels : « D’abord, l’intégrité ou perfection : les choses tronquées sont laides […] ; puis les proportions voulues ou harmonie ; enfin l’éclat : des choses qui ont de brillantes couleurs, on dit volontiers qu’elles sont belles. »3 Tout ce qui réunit en lui-même ces caractéristiques est objectivement beau, au-delà de la sensibilité esthétique de l’individu et d’une époque particulière. La proportion ou l’harmonie du sujet en lui-même et en relation avec ce qui l’entoure n’exclut pas la variété. Elle n’est pas monotonie ou absence de nuances. Il suffit de penser au merveilleux agencement de l’univers dans son ensemble, qui ne peut que frapper les sens et l’intelligence. Il existe une certaine ressemblance entre la notion thomiste d’harmonie et celle de symétrie architecturale que l’on retrouve chez Vitruve. L’intégrité, ou la perfection, d’une chose est liée aux perfections inscrites dans sa nature. La splendeur, ou la clarté, signifie intelligibilité et vérité du point de vue de l’intelligence, lumière, couleur, netteté, pureté pour la vue et, pour l’ouïe, cette disposition particulière des sons qui rend plaisante l’écoute.
Même si toutes les choses sont bonnes en elles-mêmes, certaines sont mauvaises pour l’homme : par exemple, les substances toxiques. Il en va de même pour la beauté : toutes les créatures ont une beauté propre, plus ou moins grande suivant leur degré de perfection. Mais, pour que la beauté des êtres plaise à l’homme, il doit exister une certaine proportion entre ses puissances cognitives et la beauté qu’il perçoit. […]

-->