Revue de réflexion politique et religieuse.

Réforme et continuité

Article publié le 5 Fév 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

La parution de la première partie des Actes du colloque toulousain de 2009 sur l’herméneutique de la continuité permet de constater les difficultés d’application de ce concept.

Le dernier numéro de la Revue thomiste, publiée par les dominicains de Toulouse, est exclusivement consacré à la première partie des Actes d’un colloque dont nous avions rendu compte en son temps. La deuxième partie est annoncée pour le numéro suivant.

Dans son introduction (« L’Eglise, une et vivante »), le P. Emmanuel Perrier, directeur de la revue, rappelle que l’objet du colloque découle du discours prononcé le 22 décembre 2005 par Benoît XVI, avec sa « juste clé de lecture » non seulement de Vatican II mais de « l’unique sujet-Eglise » dans son ensemble. Cette introduction apporte des remarques très intéressantes. Tout d’abord, le Concile n’a pas été l’occasion, mais bien l’origine du conflit entre rupture et continuité, et s’il en fut ainsi, ce n’est pas seulement parce que des clans opposés s’y sont affrontés, puisque ses textes ont été votés à une écrasante majorité. La cause du conflit, dit le P. Perrier, n’est pas d’abord doctrinale, même dans le cas de la liberté religieuse, elle est d’abord dans la méthode, dans l’usage massif de l’herméneutique opéré par le Concile et depuis. On peut discuter la dissociation ainsi réalisée entre doctrine et méthode, dans la mesure où celle-ci constitue une forme de révisionnisme appliqué aux doctrines mêmes et pas seulement à leur aspect, le langage n’étant pas neutre, surtout lorsqu’il a fait l’objet d’une lente et savante élaboration au cours des siècles, ou bien au contraire lorsqu’on demeure à l’intérieur d’une même aire socioculturelle, celle par exemple de la laïcité républicaine limitée à une petite portion du temps historique. Mais il faut comprendre ce que veut dire le P. Perrier : en prétendant se réinterpréter elle-même, l’Eglise du Concile n’a pas directement l’intention de proclamer quelque nouveau dogme, mais seulement de se penser à neuf, d’un autre point de vue que celui dont l’Eglise avait vécu depuis l’origine, ou tout au moins depuis le concile de Trente. Le résultat immédiat a été de « placer l’Eglise en état d’herméneutique continuelle […] Pour le dire plus radicalement, la réception du Concile a pris la forme d’une devotio postmoderna, aussi incroyablement répandue qu’inconsciente, celle de l’activité herméneutique perpétuelle ». L’expression est à retenir pour expliciter le sens et la portée du qualificatif « pastoral » appliqué au Concile. […]

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