Revue de réflexion politique et religieuse.

De la loi naturelle aux « valeurs communes » mondiales

Article publié le 5 Fév 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Analyse critique d’un document publié en 2009 par la Commission théologique internationale.

Le document de la Commission théologique internationale (CTI), A la recherche d’une éthique universelle : nouveau regard sur la loi naturelle, publié le 27 mars 2009, reste d’une actualité brûlante. Les catholiques ne discutent pas le fait que la loi naturelle doive fonder une éthique universelle, puisqu’elle est la loi éthique universelle. En revanche, pour les non-catholiques et dans la perspective d’un dialogue œcuménique et interculturel mené dans un monde globalisé, le problème d’une éthique universelle reste une interrogation permanente. Depuis la publication du manifeste du Parlement des Religions du Monde, en 1993, Vers une éthique mondiale, des textes en tous genres ont été écrits dans le même sens : construire un consensus qui permette, dans un monde pluriculturel et multiconfessionnel, d’atteindre des valeurs globales pour un ordre mondial fondé sur des présupposés laïcistes, non dogmatiques, au moins au sens de non confessionnels.
Des doutes ont surgi quant à savoir si l’Eglise approuverait un tel projet. Sans que l’on puisse parler d’adhésion expresse, les chefs de file du dialogue interreligieux espéraient que, après quelques signaux en ce sens donnés par Jean-Paul II, les catholiques se décideraient à y participer. Le document de la CTI apporte des réponses à ce sujet : partant du présupposé que nous vivons dans « une seule communauté mondiale », elle affi rme que nous prenons « conscience d’une solidarité globale » fondée sur l’« unité du genre humain » et que, en nous appelant à une « responsabilité planétaire », elle suscite une nécessaire « réflexion éthique et politique d’amplitude universelle » (n. 1). Elle nie cependant qu’un consensus sur des bases inductives puisse fonder l’éthique de manière absolue, car une « éthique minimale » relativise les « exigences éthiques fortes » des religions (n. 6).
De tels projets manquent d’un critère objectif, ontologique, de ce qui est juste, et par conséquent pèchent par relativisme et positivisme (n. 7). Seule la doctrine de la loi naturelle peut donner un fondement ultime aux biens moraux. C’est donc elle que la CTI entend exposer et renouveler. La loi naturelle, dit le document, établie sur la nature humaine elle-même, détermine des normes objectives et suscite des conduites vertueuses ; elle s’affirme dans les tendances fondamentales de notre nature, en exprimant les préceptes objectifs et universels qui inspirent les normes morales, sociales et politiques (n. 9). […]

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