Revue de réflexion politique et religieuse.

Les chrétiens français entre guerre d’Algérie et mai 1968

Article publié le 3 Oct 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre d’Etienne Fouilloux, Les chrétiens français entre guerre d’Algérie et mai 1968, Parole et Silence, décembre 2008, 25 €.

[note : cette recension est parue dans catholica, n. 103, p. 155-156].
Le thème de cet ouvrage (350 p.) retient immédiatement l’attention, connaissant le rôle joué par les deux événements auxquels le titre se réfère dans la grande transformation de la mentalité des catholiques de France. L’entreprise est intéressante, portant sur des épisodes ignorés du grand nombre, mais aussi décevante à cause de la difficulté de l’auteur à mener une analyse dépassionnée. Commençons fouillouxdonc par le positif. Ce sont, par exemple, les quatre chapitres sur les « catholiques mendésistes », sur le PSU, les catholiques séduits par le PC, enfin sur leur confluence en mai 68. L’analyse n’est pas approfondie, mais le tableau est riche en détails, sur la revue franciscaine Frères du monde, par exemple, à laquelle collabora le dominicain révolutionnaire Jean Cardonnel ; ou encore sur l’action de l’ancien dominicain Paul Blanquart et du milieu des catho-gauchistes qu’il anima avant de devenir sociologue de la ville. Soit dit en passant, les progressistes ne seront payés de retour que par les flots d’outrages déversés par Hara-Kiri et autres Charlie-Hebdo. Un chapitre sur « “Gauche chrétienne” et “religion populaire” (1973-1977) » donne une idée de la pénétration de ces courants à l’intérieur même de l’Eglise, notamment dans les expérimentations liturgiques. Citons Georges Montaron évoquant le rôle de Témoignage chrétien : « C’est Lénine qui a dit qu’il valait mieux avancer d’un pas et être suivi par la masse que d’avancer de deux et n’être pas suivi. Sur ce point, je suis léniniste ».
Quant à la période originaire, l’Algérie de 1954 à 1962, l’auteur revient sur de nombreux faits tombés dans un oubli complet : la revue Verbe (expression de la Cité catholique fondée par Jean Ousset) et l’influence qu’on lui a prêtée sur beaucoup d’officiers, notamment après la publication d’une brochure intitulée Morale, droit et guerre révolutionnaire, les controverses auxquelles ont pris part l’abbé Luc Lefèvre (La Pensée catholique), Jean Madiran (Itinéraires), et à l’opposé, François Mauriac, le rôle du CCIF (Centre catholique des intellectuels français) et des « grandes consciences » qui firent de leur mieux pour aider le FLN. Quel dommage qu’Etienne Fouilloux n’arrive pas à contrôler ses humeurs, souvent méprisant, allant jusqu’à manifester (on se demande pourquoi) une sorte d’exécration pour les notions d’ordre naturel et, plus étonnant encore, de bien commun.
Enfin l’ouvrage est mal composé, mêlant développements étoffés et résumés (mai 68 en particulier). Un chapitre (« Brève histoire de l’intégrisme ») reprend même presque mot pour mot une partie d’un chapitre précédent. On regrette d’autant plus que l’auteur dit avoir voulu donner « une leçon de méthode » (Introduction), et démontrer une thèse, à vrai dire assez évidente : la crise postconciliaire s’est développée chez les catholiques de France sur un terreau bien préparé, étroitement solidaire des mouvements de la société.

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