Revue de réflexion politique et religieuse.

Lecture : Le pain ou les tranches

Article publié le 4 Juil 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Analyse de Christian Laporte et Jan Becaus, Confidences d’un cardinal, Editions Fidélité, Namur, décembre 2009, 18 €.

Le 18 janvier dernier, Benoît XVI a accepté la démission du cardinal Danneels du siège de l’archevêché de Malines-Bruxelles, pour raison de limite d’âge atteinte. A cette occasion, un ouvrage d’entretiens a été réalisé quelques mois plus tôt, entre le cardinal, alors encore primat de Belgique, et les journalistes Christian Laporte et Jan Becaus, ouvrage au titre quelque peu trompeur : Confidences d’un cardinal.
Etymologiquement, confidence vient du latin confidere : avoir confiance. Avec un tel titre, le lecteur peut normalement espérer que le cardinal, mis en confiance par ses deux intervieweurs, va effectivement se confier, dire des choses qu’il n’a jamais évoquées, des points de vue restés jusqu’à présent enfouis dans un repli de sa conscience, mais que, l’âge aidant, une certaine audace libérerait pour que, enfin, nous puissions connaître ce que cet homme réputé « consensuel » a réellement sur le coeur… Patatras ! Il n’en est rien, et les confidences sont à ce point insignifiantes que même les journaux,
lors de la sortie de l’ouvrage, durent se contenter, entre autres, de cette sortie fracassante : le cardinal hait celui qui a inventé les soutanes et leur cohorte de petits boutons !
Cependant, dire que l’ensemble des propos se résumerait à si peu ne serait pas honnête. En effet, il y a, pour l’historien des mentalités, un matériau non négligeable. Pourquoi ? Parce que le cardinal, par ses dits, mais peut-être encore plus par ses non-dits, nous apporte des éléments sur sa personne, mais aussi sur la mentalité qui habite nos clercs depuis quarante ans, en Belgique et même au-delà. Un exemple : le changement.
Nombreux sont les sociologues patentés qui nous disent combien nos sociétés modernes ne vivent plus sur la stabilité des moeurs, des normes, des institutions, mais bien sur leur instabilité permanente. Quiconque ne suit pas cette logique est réputé au mieux conservateur, au pire fasciste. Il faut que ça change, non pas dans un but précis, ou plutôt si, dans un seul but : celui que ça change ! Notre primat, qui devrait être dans le monde mais pas du monde (Jn 17, 14), semble s’inscrire dans cette logique, notamment quand il déplore que les évêques ne prennent pas plus d’initiatives, par manque de courage… (« cela change certes mais alors tellement lentement »). A contrario, il est convaincu que l’« on est allé trop vite après le concile dans la présentation de ses acquis », notamment auprès des fidèles, lesquels furent déboussolés. En fait, il fallait savoir ce qu’on leur donnait, usant, afin d’illustrer son propos, de cette belle image d’un pain qu’il ne fallait pas donner tout entier, mais bien par tranches. « Je l’ai toujours dit : on ne peut pas tout déverser dans le cerveau des gens parce qu’ils n’ont pas tous les outils pour comprendre. Cela rime donc à quoi de les ennuyer à propos de tout ? » […]

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