Revue de réflexion politique et religieuse.

Pic de La Mirandole. Genèse de la conception moderne de la dignité humaine

Article publié le 10 Avr 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

La plupart des conceptions de la dignité humaine et des droits que l’on y rattache trouvent leur origine lointaine à l’aube du mouvement moderne, dont Jean Pic de La Mirandole fut l’un des premiers à exprimer l’esprit.

L ’identification entre la dignité humaine et la liberté — et la liberté  comme autodétermination — trouve dans l’Oratio de hominis dignitate de Pic de La Mirandole une formulation qui ne renseigne pas seulement sur une époque particulière de l’histoire mais qui constitue bien une première théorisation, sous divers aspects déjà suffisamment définie. Cette conception constitue, de manière plus emblématique encore que celle de Kant — comme il semble que l’on puisse dès maintenant le noter —, le paradigme plus ou moins explicite de la vision moderne de la dignité humaine sur la base de laquelle vont se décliner les droits de l’homme1 jugés fondamentaux dans nos systèmes contemporains.
On a dit, en effet, que « les droits de l’homme de l’humanisme laïque sont les fils de la tradition antiscolastique commencée avec la fracture opérée par l’esprit de la Renaissance. La signification de cette fracture est exprimée de manière claire et programmatique dans le célèbre passage de l’Oratio de hominis dignitate de Jean Pic de La Mirandole, où est mis en lumière le caractère indéfini de l’homme dans l’ordre de la création et lui est assignée la tâche de déterminer par ses propres forces ce qu’il entend être ». Il est clair, donc, que si les droits de l’homme ont pour assise la considération de l’humanité de l’homme, et donc de sa dignité, et si celle-ci s’identifie avec son essentielle liberté d’autodétermination, entendue comme capacité de se donner à soi-même sa propre détermination essentielle, les droits de l’homme consisteront dans la reconnaissance et la garantie de la liberté de s’autodéterminer, quel que soit le contenu auquel elle a le désir de se porter à un moment donné.
En sorte que, pour reprendre une observation incisive, « les “droits de l’homme” tels qu’ils sont historiquement apparus et ont ensuite été affirmés tendent à sauvegarder la “dignité de la personne”, mais celle-ci est généralement conçue uniquement comme liberté, autrement dit comme liberté négative. En d’autres termes, on considère que la “nature” humaine, c’est la liberté ». Dans ce sens émerge l’irréductible
signification de la modernité (et de là les droits qui lui sont co-essentiels), qui identifie la dignité humaine (de soi une notion amphibologique, dans la mesure où elle est susceptible de sens divers et opposés) avec la liberté, et celle-ci à son tour avec l’essence même de l’homme. […]

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