Revue de réflexion politique et religieuse.

Militances décalées

Article publié le 10 Avr 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Les nouvelles formes postmodernes de militantisme ne sont que des manières déguisées de lutter pour le maintien du statu quo. Analyse des ouvrages de Gene Sharp et Bruce Jenkins, L’anti-coup d’Etat, L’Harmattan, novembre 2009, 12 €, et de Sébastien Porte et Cyril Cavalié, Un nouvel art de militer, Happenings, luttes festives et actions directes, Editions alternatives, octobre 2009, 25 €.

Deux ouvrages parus en 2009 éclairent d’un jour particulier la question du militantisme dans le système politique dominant. Leur rapprochement peut paraître à première vue difficile dans la mesure où le premier a trait à la défense du système démocratique lui-même — contre ce qui lui serait extérieur — et que le second est un panégyrique des nouvelles formes de militantisme au sein de la démocratie avancée. Cependant, une autre approche consistant à voir dans le second les conséquences pratiques possibles de présupposés du premier permet de comprendre comment une réflexion théorique sur les fondements de l’action politique aboutit à la construction d’un appareil de défense et de renforcement du système.
Avec L’anti-coup d’Etat, Gene Sharp et Bruce Jenkins nous invitent à la vigilance contre les coups d’Etat anti-démocratiques et expliquent en une petite centaine de pages à gros caractères comment résister aux velléités de putschistes éventuels. L’argumentation est adaptée à l’amateur moyen de dessins animés japonais et la vision du monde qu’ils développent est d’une complexité comparable à la savane du Roi-Lion. Entendons par là qu’il existe un système politique légal unique, la démocratie, et que tout putschiste appartient à l’univers fasciste. Bref, des bons et des méchants. Grosso modo, l’appareil théorique à prétention universelle proposé par nos auteurs trouve un champ d’application à peu près approprié dans les républiques bananières à régimes parlementaires récents. Pour le reste du monde, les explications sont pour le moins peu convaincantes et les références au putsch d’Alger ou à la tentative de reprise en main de l’URSS par les conservateurs en 1991 attisent plutôt l’impression d’une absence de connaissance sérieuse des contextes politiques, historiques et culturels des quelques exemples venant à l’appui de leurs thèses, seuls des éléments d’ordre factuel paraissant réellement sérieux.
Du reste, l’usage de l’expression « système constitutionnel » pour désigner les régimes démocratiques laisse bien entendre qu’en dehors de ceux-ci n’existe que chaos. La problématique du coup d’Etat dans les nations n’ayant jamais connu de régime démocratique ne peut logiquement pas être abordée par des auteurs soit feignant d’ignorer (ou ignorant peut-être réellement) l’existence d’une telle catégorie soit acceptant dans la catégorie des Etats démocratiques des pays dont les valeurs constitutionnelles réelles sont pourtant bien loin de l’idéaltype caricatural de penseurs très occidento-centrés.
La lutte contre l’abomination suprême — le coup d’Etat, donc — doit être pensée (à très grosses mailles), organisée préalablement (voir constitutionnalisée si possible), et présenter les caractéristiques principales suivantes : la non-violence obligatoire et l’obligation de principe. […]

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