Revue de réflexion politique et religieuse.

Lecture : Le communautarisme serait-il antilibéral ?

Article publié le 10 Avr 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Analyse du livre de François Huguenin, Résister au libéralisme. Les penseurs de la communauté, CNRS éditions, 2009.

Il est à parier que la réflexion sur « la communauté » n’en a pas fini de faire couler de l’encre et de la salive. Dans un livre récent, François Huguenin présente une bonne introduction à l’ensemble des courants intellectuels nord-américains qui ont réfléchi sur la « communauté ». La « coloration américaine » de l’ouvrage, selon l’auteur lui-même, s’explique par le fait que les Américains seraient les seuls à proposer « une pensée digne de ce nom ». Et c’est bien une immersion complète dans ce corpus made in USA à laquelle nous sommes conduits, page après page. La pensée de John Rawls constitue le point de départ de l’étude, puisqu’elle a cristallisé les critiques, et engendré un bouillonnement intellectuel dans lequel émergea une nouvelle manière de concevoir la politique. Viennent ensuite l’exposé de la pensée communautarienne, l’impact de l’historiographie républicaine et le mouvement théologique gravitant autour de Radical Ortodoxy. Le dernier chapitre essaie de synthétiser la réflexion nouvelle sur la politique, à partir de quelques thèmes majeurs comme la liberté ou le bien commun. Si l’auteur ne cache pas sa sympathie, voire parfois son « admiration » pour les penseurs de la communauté, l’esprit général reste celui d’un vaste panorama détaillé, qui tente d’expliciter les idées-forces et les variantes de cet ensemble composite. Il ouvre des pistes de réflexion, présente les sujets en débat aujourd’hui, et avance quelques opinions nuancées.
La synthèse de la mouvance communautarienne née de l’opposition à Rawls a l’avantage d’être large, et F. Huguenin apporte bien des précisions nécessaires pour appréhender les différences entre des auteurs réunis trop facilement dans une même catégorie, par le seul fait d’une tendance commune à promouvoir la dimension collective de l’individu. La rupture avec le libéralisme est inexistante chez certains (Walzer, Taylor…), tandis qu’elle serait plus nette chez d’autres (MacIntyre). La question fait débat, mais l’exposition des diverses théories fait tellement ressortir l’influence du libéralisme et du relativisme communautaire, qu’on en arrive très rapidement à s’interroger sur le bien-fondé du titre du livre. Même au sujet de MacIntyre, a priori le plus éloigné de la modernité, il est difficile de savoir à quel passage de l’ouvrage se fier. Ainsi, il rejetterait l’avortement au nom de la loi naturelle (p. 203). Quelques pages plus loin (p. 212), F. Huguenin affirme que l’analyse de MacIntyre pose « la question de la spécificité du telos de chaque communauté et de la possibilité d’une conception universelle du bien ». Puis, on apprend que Milbank ne trouve pas MacIntyre « suffisamment relativiste ou historiciste » (p. 215), ce qui laisse entendre qu’il l’est au moins un peu. […]

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