Revue de réflexion politique et religieuse.

Autour de la Messe

Article publié le 10 Avr 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Sur la proposition de « réforme de la réforme » présentée par don Claudio Crescimanno dans un ouvrage récemment publié avec l’appui de Mgr Ranjith.

Deux ouvrages sont récemment parus, en lien par leur objet, l’acte principal du culte catholique. L’un est écrit par un universitaire français, Philippe Martin : Le théâtre divin. Une histoire de la messe XVIe / XXe siècle [CNRS éditions, janvier 2010, 384 p., 29 €.]. L’autre est le fait d’un prêtre italien, Claudio Crescimanno, et a une visée plus « programmatique », puisqu’il s’agit d’une proposition concrète de transformation de la « nouvelle messe » de Paul VI : La Riforma della Riforma liturgica [Don Claudio Crescimanno, La Riforma della Riforma liturgica. Ipotesi per un « nuovo » rito della messa sulle tracce del pensiero di Joseph Ratzinger, Fede & Cultura, Vérone, octobre 2009, 24 €.].
Philippe Martin, comme l’auteur italien, se limite au rite latin, et à l’histoire de sa mise en oeuvre dans l’espace géographique français. Il choisit de son côté d’en traiter comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre. L’idée, outre de s’inspirer de Madame de Sévigné, n’est pas totalement infondée, car il est possible de s’appuyer sur l’aspect profondément symbolique et spectaculaire de la liturgie ; toutefois l’analogie peut se transformer en piège. En l’espèce l’auteur n’échappe pas à l’artificialité, en s’efforçant de distinguer le scénario (l’acte liturgique lui-même), la scène (espace, modalités…) et les spectateurs et acteurs (la société, et la communauté). Il ressort de ce découpage un sentiment de confusion, renforcée par l’accumulation d’anecdotes, de témoignages disparates et plus encore par le fait d’introduire assez fréquemment des discussions doctrinales sans jamais les traiter de manière proportionnée à leur importance — celle, par exemple, sur la relation entre la messe et l’unique sacrifice sauveur. D’une page à l’autre il arrive que l’on passe d’une amorce théologique à une sorte d’étude de moeurs purement descriptive. A noter aussi que l’auteur, s’il s’intéresse à la tentative d’unification de saint Pie V, ne mentionne pas l’encyclique fondamentale Mediator Dei de Pie XII.
Ce livre reste une mine d’informations sur l’inégale portée pratique de la réforme tridentine, sur l’incidence du jansénisme, puis du romantisme sur le vécu de la messe, et sur toutes sortes de pratiques déviantes et de formes d’indiscipline. Il resterait cependant à hiérarchiser les faits rapportés selon leur importance et leur valeur significative.
Dans sa courte conclusion, Ph. Martin écrit que « Vatican II n’a été qu’un tournant dans une histoire complexe ». Il ajoute, sans avoir le temps d’établir cette nouvelle affirmation : « Il n’y a pas de tradition mais des rites successifs que le présent repousse pour en créer d’autres ». Selon lui, la messe aurait toujours résulté d’une « pastorale du compromis », entre trois forces en présence, l’autorité normative, le clergé soucieux de s’adapter à ses ouailles ou bien de les contraindre, les « individus soucieux de s’approprier la célébration et ses pouvoirs ». Au terme de son étude, l’auteur pense avoir rendu son caractère historique à la liturgie de la messe trop souvent traitée, selon lui, de manière anhistorique. C’est ce qu’il signalait en introduction, citant une phrase de Pierre Jounel, censée représenter cette tendance. La citation en question était celle-ci : « Du XVIe au XXe siècle, les modalités de participation à la messe et les formes du culte de l’Eucharistie continuèrent la tradition médiévale » (p. VI, note 8). Mais le liturgiste ne visait-il pas plutôt ce qu’on appelle le développement organique de la liturgie ? En ne hiérarchisant pas les faits (coutumes, expériences hasardeuses, questions face à des situations nouvelles comme celles de la mission, déviances doctrinales…), Ph. Martin rend presque impossible une réponse à la remarque de l’abbé Jounel, et une juste appréhension des réformes du dernier concile. C’est justement ce à quoi s’emploie radicalement l’étude de don Crescimanno.
L’ouvrage conséquent (340 p.) du prêtre italien est préfacé par l’archevêque de Colombo, ancien secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin, Mgr Malcolm Ranjith. L’auteur est le fondateur d’une association de fidèles (Fraternitas Divinae Misericordiae, à Pietrarubbia, non loin de Rimini), très actif dans ce que l’on pourrait appeler la rééducation liturgique, célébrant lui-même selon le rite antérieur à
l’ordo missae de Paul VI dans sa communauté mais acceptant l’hypothèse du rite réformé hors de celle-ci. […]

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