Revue de réflexion politique et religieuse.

Judas est en enfer

Article publié le 19 Juin 2009 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre de Guy Pagès, Judas est en enfer. Réponses à Urs von Balthasar et à Hans-Joseph Klauck, François-Xavier de Guibert, 2007, 24 €.

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Le titre n’entend pas seulement provoquer, puisque l’abbé Pagès s’attache, en dernière partie de sa réflexion, à démontrer que l’apôtre traître qui a choisi son destin l’a fait irréversiblement, mais le propos est avant tout d’établir l’existence actuelle de l’enfer, à l’encontre principalement de Hans Urs von Balthasar qui, en mettant en cause la réalité d’une damnation éternelle, ne propose rien d’autre, selon l’auteur, qu’une nouvelle version de la doctrine de l’apocatastase — la réconciliation finale —, en dépit des formules les plus nettes du Nouveau Testament, citées de manière tronquée pour les besoins de la cause. Il semble bien que le grand théologien d’Einsiedeln ait en l’occurrence laissé de côté la tension dramatique qui donne au reste de son oeuvre une hauteur, une noblesse ajustées à la grandeur de l’oeuvre du Rédempteur et à la profondeur du malheur humain comme à celle de l’amour divin. Aussi ne pouvons-nous qu’adopter de préférence avec Guy Pagès, non la formule « espérer pour tous », mais cette autre : « espérer pour le plus grand nombre possible », dont les avantages sont remarquablement présentés.
Il est certain que la prédication des peines de l’enfer a été abandonnée ou édulcorée au pire moment où une telle tendance à éviter de parler de l’enfer ne peut qu’encourager nos contemporains à y aller tout droit, comme ils en prennent globalement le chemin d’une manière indiscutable pour tout observateur de l’état de délabrement moral et spirituel de notre monde, pour tout lecteur impartial des mystiques, pour tout fidèle à qui on n’a pas occulté des révélations aussi importantes et graves que celles de Fatima et d’autres. Aussi ne peut-on que réviser la tendance platement optimiste à dédaigner purement et simplement la thèse théologique, traditionnelle et même patristique, du petit nombre des sauvés.
L’originalité de ce livre tient au fait que le caractère effrayant des perspectives dessinées n’est que le revers d’une théologie personnelle et d’une prédication morale dont on voit clairement qu’elles se fondent totalement sur la révélation de l’amour et, en conséquence, du bonheur infini promis à ceux qui lui auront fait accueil. Il vaudrait la peine d’analyser et de discuter point par point cet ouvrage important, ce qui sera fait, nous l’espérons, quand paraîtra une nouvelle édition actuellement en projet.
On se bornera à souhaiter que les différents niveaux d’interprétation des textes magistériels, théologiques ou mystiques, soient analysés et comparés, l’importance du sujet requérant ce travail délicat et extrêmement difficile.
L’auteur demande que, pour le bien des âmes, un dogme paraisse sur l’actualité de l’enfer. On comprend ce qui motive une pareille requête. L’Eglise cependant a toujours essayé, en toute dernière analyse, d’éviter le passage à la limite, sinon sur l’existence d’une damnation éternelle, du moins sur le nombre de ceux qui la subissent, en dépit de déclarations nombreuses revêtues d’une autorité indiscutable. Nous nous trouvons devant un mystère totalement écrasant que seule la Sagesse du Père est à même de mesurer et d’assumer.

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