Revue de réflexion politique et religieuse.

Nicole Koulayan et Mansour Sayah (dir.) : Synoptikos. Mélanges offerts à Dominique Urvoy

Article publié le 11 Mai 2014 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Nicole Koulayan et Mansour Sayah (dir.), Synoptikos. Mélanges offerts à Dominique Urvoy, Université de Toulouse le Mirail, 2011, 700 p., 35 €

Il est très difficile de trouver un fil conducteur unique dans les plus de quarante contributions de ces mélanges en l’honneur du grand spécialiste de la civilisation arabe et musulmane qu’est Dominique Urvoy. A côté de sujets comme les influences de l’arabe sur la langue française, de chapitres techniques (dont un de Marie-Thérèse Urvoy, sur le génie concret de la langue arabe et à l’inverse, son peu d’intérêt pour les nuances abstraites, ce qui a notamment des implications sur le « dialogue »), on trouve une histoire de la ville de Bougie (Béjaïa) en Algérie, une étude sur la reliure à l’époque abbasside, ou encore un texte sur le centenaire de l’encyclique Pascendi (dont seules les quelques lignes finales tentent un rattachement des plus fortuits à la question islamique). Dans un tout autre registre, le Vicaire apostolique au Koweït, Mgr Camillo Ballin, fait connaître le sort de la communauté chrétienne du Soudan au temps de la révolte du Mahdi (1881-85), jusqu’à la prise de Khartoum en 1898 par Lord Kitchener. C’est un des rares cas, sinon unique, d’apostasie collective de missionnaires au XIXe siècle confrontés à la persécution violente. D’autres religieux et religieuses survécurent en faisant comme les coptes eux aussi pris au piège, feignant l’adhésion à l’islam et vivant secrètement en chrétiens dans l’espoir de jours meilleurs. Deux interventions ont une portée politique. Celle tout d’abord de Jean-Pierre Ferrier, sur « L’introuvable diplomatie arabe et islamique », qui montre à quel point les régimes des peuples musulmans sont loin de former un bloc unitaire, cela à l’encontre des simplifications de Huntington et de sa guerre des civilisations. Ce manque d’unité interne ne signifie pas l’absence de complicité contre le reste du monde, étant donné le devoir absolu pour tout vrai musulman de mener le djihad ; mais cela laisse place à de nombreuses contradictions pouvant en freiner le zèle. Une autre contribution, « L’islam en France, pugilat ou débat ? », par Jeanne-Hélène Kaltenbach, s’intéresse aux « contorsions » opérées par les gouvernements français successifs pour prétendre « encadrer », sans le faire réellement, l’exercice du système musulman en France métropolitaine (le cas du département de Mayotte étant distinct et antérieurement réglé). L’auteur fournit une série d’indications sur la dissimulation des données (elle parle de « taqiyya laïque », ce mensonge autorisé aux « croyants » musulmans lorsque cela leur est utile dans leurs rapports avec les non-musulmans ; mais ici il s’agit des gouvernants français masquant délibérément la réalité à leurs concitoyens). Il en ressort ce que nous connaissons : l’impossibilité de chiffrer le nombre de musulmans, et l’extrême privilège, toujours plus étendu, dont jouit en France la religion mahométane et le système social attenant. L’étude se limite à la France, mais elle vaut aisément pour les autres pays européens atteints de la même cécité volontaire.

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