Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Jean Monneret : Camus et le terrorisme

Article publié le 11 Mai 2014 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Jean Monneret, Camus et le terrorisme, Michalon, septembre 2013, 190 p., 16 €.

La trame de cet ouvrage est une longue enquête sur les motifs pour lesquels Camus s’est refusé à entrer dans le jeu des porteurs de valises, au prix de sa condamnation à un ostracisme tenace. Ils sont très simples : le refus de la morale téléologique, qui prétend justifier l’acte par la fin poursuivie, la terreur en l’occurrence exercée sciemment sur des innocents, résultant d’un choix idéologique et d’une volonté de domination. Camus est l’anti-Sartre, ce Sartre qui, dans sa préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon, non seulement justifiait, mais appelait les gens du FLN à tuer les Européens d’Algérie, comme tels (« Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups : supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre »). J. Monneret, patiemment, fait ressortir l’ignominie du procédé, tellement banalisé par le communisme au XXe siècle, récupéré aussi par les démocraties avec leurs sinistres bombardements de terreur, et qui trouve un nouvel élan actuel dans la reviviscence de l’islam. Résistance armée et terrorisme sont distincts : supposant qu’elle soit justifiée dans un cas considéré, une telle lutte devra néanmoins respecter le jus in bello qui interdit d’utiliser le meurtre de l’innocent comme moyen d’intimidation ou de rétorsion. Mais plus la cause est idéologique, plus la terreur est employée comme moyen, non seulement pour impressionner l’ennemi, mais surtout pour soumettre le prétendu ami. Ce que Camus ne pouvait non plus admettre, c’était également la mauvaise foi des prétendues bonnes consciences, dont le chœur reprenait indéfiniment l’apostrophe de Barnave : « Leur sang était-il donc si pur ? ». J. Monneret en donne un certain nombre d’exemples, notant au passage que le vice de la légitimation idéologique du pire conduisait et conduit encore à l’autodestruction nihiliste. Certains chapitres trop oubliés de L’homme révolté situent l’origine du mal dans l’esprit révolutionnaire inhérent à la philosophie moderne, et son antithéisme prétendant maîtriser l’histoire et conduire au paradis sur Terre, mais s’achevant toujours dans la pire des oppressions : « Tout ce qui était à Dieu sera désormais rendu à César ». Le combat contre le terrorisme, désormais mondialisé – très largement sur les mêmes bases que le FLN en son temps, qui joignait inspiration salafiste et méthodes communistes –, exige bien plus que du matériel de guerre et des soldats : il lui faut avant tout des armes spirituelles. Telle est l’affirmation conclusive de J. Monneret, la plus inquiétante assurément car dans ce domaine grande est la faiblesse.

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