Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Jacques Charpentreau : Ombres légères. Élégies

Article publié le 11 Mai 2014 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Jacques Charpentreau, Ombres légères. Élégies, La maison de poésie, 2009, 78 p., 16 €, et Hubert Le Roux, Bourrasques, STAS, 2012, 86 p., 10 €.

L’histoire est écrite par les vainqueurs. Dépouillé des moyens matériels de défendre sa cause, le vaincu se voit surtout privé du ressort nécessaire pour écrire sa propre vie. Seuls les peuples forts engendrent de grands historiens, et aussi de grands écrivains. Qui ne s’aime pas soi-même, n’aime pas davantage sa langue, et en oublie qu’elle peut conduire au-delà de la signification utilitaire de ses mots. La stérilité poétique moderne sonne comme un signal politique. Trait caractéristique d’une civilisation malade, nous produisons encore des ouvrages d’érudition, des romans de deuxième ordre, et presque plus un seul poème. L’industrie contemporaine de poésie en prose vomit surtout des scories subventionnées. Ecrire en vers est devenu un acte de résistance et de foi qui fait sourire les cénacles officiels et l’on pourrait dire de la poésie en vers ce qu’Aude de Kerros écrit de « l’art caché » opposé à « l’art contemporain ». Publié en 2009, Ombres légères, de Jacques Charpentreau (né en 1928), comporte plusieurs bonnes élégies, et notamment Réalisme qui assume une dimension politique : « Et je ne verrai pas la vieille république / Rajeunir pour chasser Césarin et sa clique / Qui règnent par le jeu, le sport et la télé / Sur un peuple abruti, pauvre et décervelé ». Hubert le Roux (né en 1963) a quant à lui signé un premier recueil, Bourrasques. Un peu trop d’amertume et quelques facilités mises à part, Bourrasques offre à son lecteur un vrai plaisir ; les illustrations de Stéphane Marchiset contribuent à faire de cet opuscule un beau livre, ce qui n’est pas rien. « Il suffit parfois de quelques larmes adroites / Pour éviter de passer l’arme à gauche. » L’auteur aime jouer sur les mots et les registres – on se demande jusqu’où comprendre la larme à droite ou l’arme gauche. Certaines strophes rappellent le Verlaine des Ariettes : « D’abord des ombres pâles, / Blafardes et piquantes, / De ces ombres étales, / Diffuses, qui nous hantent ». Ailleurs, on pense à Baudelaire ou Heredia : « Sous des cieux charbon chargés d’orages clairs, / A la table du Sage ils sont venus s’asseoir. / Un peuple tout entier attend de leurs lumières / Un signe, un mot, des choix qui lui rendent l’espoir. » A ceci s’ajoutent de beaux vers sur l’amour, le temps qui passe, la mort du père ou l’espérance. « Alors viennent les fils ! / Ceux qui devront demain / Monter les édifices / Et tracer les chemins. // La flamme qui vacille / Au fond de leurs yeux clairs / Saura charmer les filles […] ».

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