Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Luc Gaffié : Le Sanspapiérisme. Où sont les papiers des sans-papiers ? Anatomie d’une manipulation

Article publié le 8 Déc 2013 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Luc Gaffié, Le Sanspapiérisme. Où sont les papiers des sans-papiers ? Anatomie d’une manipulation, Xénia, Vevey, 2012, 125 p., 14 €.

Le deuxième sous-titre de ce petit volume est justifié : l’auteur mène son étude avec clarté et méthode. Il commence par l’origine de l’expression, qui vient des Etats-Unis, comme souvent : « illegal aliens » (étrangers en situation illégale) devenant dans le cadre de la political correctness « undocumented workers » (travailleurs sans papiers). Belle opération sémantique, apte à transformer l’opprobre de l’entrée par effraction dans le territoire d’autrui en objet de compassion pour d’honnêtes travailleurs victimes de tracasseries administratives et policières. Une fois traversé l’Atlantique, ce retournement s’intègre harmonieusement à la rhétorique antiraciste et hypocritement charitable, que diffusent en chœur les intellectuels organiques, les vedettes du « spectacle » (au sens large donné par Debord) et les pleureuses du progressisme caritatif. La culpabilité collective a posteriori créée autour de la « collaboration », du « colonialisme », et autres péchés collectifs sert de toile de fond à une inversion des valeurs. Telle « bonne paroissienne » d’une église toulousaine peut se vanter dans la feuille paroissiale d’être entrée en résistance pour sauver un sans-papiers menacé de rafle et d’internement dans un « camp de la honte », tandis que les trotskistes en profitent pour damer le pion aux communistes en volant au secours des trafiquants de drogue. L. Gaffié met en évidence certaines responsabilités apparaissant dans cette affaire comme, plus généralement, dans la (non) gestion des flux d’immigration : la veulerie des gouvernements, et leur collusion de fait (ou délibérée ?) avec les bénéficiaires principaux de ce phénomène d’autodestruction nationale, culturelle, religieuse, par la recherche du gain facile et immédiat, aussi bien les mafias exploitant les candidats au voyage et à l’installation, que les entreprises, y compris publiques, qui courent après une main d’œuvre « flexible » et à coût réduit : une nouvelle version du mécanisme de la traite. L’auteur n’insiste pas sur la grave irresponsabilité de pasteurs qui, partant d’un discours, fondé mais larmoyant et surtout mal appliqué sur l’accueil du migrant indistinctement considéré, font en réalité le jeu de ceux qui les exploitent, sans oublier qu’une partie non négligeable d’entre eux est formée de prédateurs sans scrupules.

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