Revue de réflexion politique et religieuse.

Henri-Christian Giraud : Chronologie d’une tragédie gaullienne. Algérie : 13 mai 1958 – 5 juillet 1962

Article publié le 14 Fév 2013 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre d’Henri-Christian Giraud, Chronologie d’une tragédie gaullienne. Algérie : 13 mai 1958 – 5 juillet 1962, Michalon, coll. Document, mai 2012, 320 p., 22 €.

Le mot « chronologie » qui commence le titre de cet ouvrage dédicacé à Jean Brune n’est pas usurpé, mais il pourrait aisément être remplacé par d’autres termes : tragédie planifiée, processus de mise à mort… Pourtant les enchaînements qui sont notés au jour le jour par H.-C. Giraud laissent
penser que si leur responsable principal est incontestablement celui qui fut le chef de l’Etat issu du coup de force organisé par ses affidés dans la foulée du sursaut du 13 mai, la programmation n’est probablement ni avérée ni surtout rationnellement arrêtée dès le départ dans ses moindres détails. Il semble que le principal de cette affaire ait été une sorte d’hybris affectant un personnage se convainquant d’avoir un rôle historique irremplaçable, désireux de signer son second passage aux affaires comme le peintre son chef d’oeuvre, tout le reste ne relevant que de l’empirisme, sans considération des conséquences humaines totalement étrangères à sa mentalité.
Ce que l’auteur montre tout au long de cette chronologie, c’est que le FLN, du moins ses dirigeants vivant en Tunisie, après un temps de surprise, captera parfaitement le sens de cette situation. Cette chronologie gaullienne est en fait une suite de reculades : ne pas traiter avec le seul FLN, ne pas lâcher le Sahara ni Mers-el-Kébir, ne pas conclure tant que le cessez-le-feu n’est pas appliqué, etc. Rien de tout cela ne sera respecté, et pour en finir,
carte blanche sera donnée à l’ennemi d’hier devenu allié et maître d’oeuvre. Tragédie ? Albert Camus (Carnets, 5 mars 1958), cité en exergue : « Entretien avec de Gaulle. Comme je parle des risques de troubles si l’Algérie est perdue et en Algérie même de la fureur des Français d’Algérie : “La fureur française ? J’ai 67 ans et je n’ai jamais vu un Français tuer d’autres Français. Sauf moi !” ».

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