Revue de réflexion politique et religieuse.

Nico­las Werth, Alexis Bere­lo­vitch : L’État sovié­tique contre les pay­sans. Rap­ports secrets de la police poli­tique

Article publié le 10 Fév 2012 | imprimer imprimer  | Version PDF | Partager :  Partager sur Facebook Partager sur Linkedin Partager sur Google+

La dékou­la­ki­sa­tion a cau­sé six mil­lions de morts de faim, volon­tai­re­ment pro­vo­quée par le régime sovié­tique pour mettre un terme à l’existence d’une classe sociale lui fai­sant obs­tacle. Cet ouvrage com­porte trois par­ties cor­res­pon­dant aux phases de cette longue entre­prise de « chi­rur­gie eth­no­so­ciale » (A. Gra­zio­si) : la période ini­tiale (1918–29), la col­lec­ti­vi­sa­tion de l’époque sta­li­nienne (1930–34), enfin la Ter­reur et la famine finale (1935–39). Cha­cune com­mence par une sub­stan­tielle syn­thèse, sui­vie d’un grand nombre de rap­ports, d’ailleurs pré­cis et bien rédi­gés, tirés des archives de la Tché­ka-GPU-NKVD. Les auteurs ne s’intéressent pas tant ici à la mise en oeuvre du crime de masse qu’aux résis­tances qui l’ont impo­sé, si l’on peut dire. Le régime ne se trom­pait pas sur la néces­si­té, pour réa­li­ser son uto­pie, de détruire le sup­port social de la socié­té tra­di­tion­nelle, qu’il a divi­sé, selon ses manies de clas­se­ment, des­ti­né à exci­ter les jalou­sies mutuelles, en pay­sans pauvres, moyens-pauvres, aisés (les kou­laks), socia­le­ment nui­sibles, etc. Il res­sort de cette com­pi­la­tion que les résis­tances ont été géné­rales, très actives jusqu’au bout, que la haine de classe a tar­dé à se mettre en route, et même que les cadres subal­ternes du nou­veau sys­tème, pris entre deux feux à cause de leur insuf­fi­sante assi­mi­la­tion de la dis­ci­pline socia­liste, ont consti­tué une menace pour Sta­line. La solu­tion finale (la Grande Ter­reur), com­men­cée en 1937, a consis­té en une déci­ma­tion d’apparence volon­tai­re­ment inco­hé­rente, frap­pant au hasard n’importe qui (la culpa­bi­li­té résul­tant d’avoir été arrê­té, non l’inverse) en vue d’inspirer la crainte à tous. L’holodomor (famine) a fait le reste.

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