Revue de réflexion politique et religieuse.

Joseph Ratzinger : Mon Concile Vatican II

Article publié le 28 Oct 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Joseph Ratzinger, Mon Concile Vatican II, Artège, Perpignan, mars 2011, 303 p., 22 €.

Déjà cité dans l’éditorial du présent numéro, ce livre rassemble pour la première fois en français les conférences effectuées par l’expert conciliaire qu’était alors l’actuel Benoît XVI, suivies d’un exposé au Katholikentag de Bamberg, en juillet 1966. Ces textes sont présentés par le traducteur, l’abbé Eric Iborra, après une préface de Mgr Ginoux, évêque de Montauban. En annexe est reproduit le discours du 22 décembre 2005, qui pose les bases d’une interprétation moyenne de l’événement conciliaire des textes auxquels il a donné naissance et des applications issues de l’ensemble.
Joseph Ratzinger était – et reste – un homme très pondéré, toujours désireux de nuancer ses remarques par des précisions de détail et porté à concéder une part de vérité chez ses adversaires lorsqu’il lui est possible de l’admettre. Ce trait donne plus de poids aux positions théoriques en fonction desquelles il s’engage dans les débats de fond. Un thème domine, que l’on peut considérer comme le critère principal en fonction duquel il a voulu comprendre Vatican II : celui du dépassement de la crise moderniste, ou plus exactement de la réponse qui lui a été donnée jusqu’au concile, réponse qui a structuré le discours des différents pontifes de Pie IX à Pie XII, dans le sens antimoderniste, fondé, selon Joseph Ratzinger, sur « cette peur et cette méfiance secrètes pour les éléments de la pensée philosophique et historique moderne que pouvait renfermer la théologie », du Syllabus à Humani generis (p. 71), une « théologie des négations et des interdits qui pouvait être en soi juste à bien des égards, mais qui ne pouvait pas apporter le renouveau positif que l’on était en droit d’attendre du Concile » (p. 72), une « ligne de l’isolement, de la condamnation, de la défensive jusqu’au rejet presque angoissé de la nouveauté »… (p. 73). En regard, c’est une attitude mentale fondamentalement différente qui, selon le peritus du cardinal Frings, se définit dès la première session, par l’oecuménisme, mais surtout par une disposition d’ensemble exprimée par le terme « pastoral ». Celui-ci exprime la volonté de « partir d’une attention positive à l’homme d’aujourd’hui, qui n’a jamais été aidé par ces condamnations qu’il a trop longtemps entendues sur tout ce qui est faux, tout ce qu’il ne doit pas faire, pour arriver à ce qu’il a trop peu entendu et qu’il veut vraiment entendre, à savoir ce qui est vrai, ce que le message de la foi peut apporter à notre temps, ce que celle-ci a de positif à lui enseigner et à lui dire » (p. 74). Il semble que l’auteur de ces propos n’ait jamais changé de point de vue, même s’il est apparu à certains (les théologiens de la libération par exemple, les zélotes de l’esprit du Concile) comme faisant retour à l’Inquisition. Bien au contraire, qu’il s’agisse des discussions autour de la Révélation, de l’oecuménisme, de la liberté religieuse, de collégialité et plus généralement d’ecclésiologie, l’idée est fondamentalement la même – le « renouveau dans la continuité » fondant une « herméneutique de la réforme ». Cela est également vrai en matière de liturgie, domaine dans lequel on aurait tort de penser que Benoît XVI ne partage pas les idées du professeur de théologie qu’il était alors. Les propos qu’il tenait à l’époque étaient sévères à l’encontre du rite en vigueur au moment du Concile (cf. pp. 147-152), ce qui explique vraisemblablement l’option dite de la réforme de la réforme dans ce domaine particulièrement symbolique.
Il y aurait encore beaucoup à relever dans cet ouvrage très riche, dont on ne peut que conseiller la lecture attentive.

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