Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Françoise Choay : La terre qui meurt

Article publié le 10 Juil 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre de Françoise Choay, La terre qui meurt, Fayard, février 2011, 99 p., 12 €

Ce petit ouvrage étonne d’entrée de jeu par son titre – le même que celui d’un roman de René Bazin sur la France rurale, dont il n’est bizarrement fait mention à aucun moment. L’auteur, historienne et philosophe, une des meilleures spécialistes de l’histoire urbaine, y présente un manifeste alarmiste face à ce qu’elle considère comme deux menaces majeures pour les sociétés actuelles : la mondialisation et l’irruption du patrimoine dans la sphère marchande et de consommation. L’ensemble se structure en deux parties nettement différentes : la réédition d’un essai paru dans les années 1970, « Espacements », suivi d’un autre essai, inédit, sur le patrimoine. Le premier est magistral de clarté et d’érudition, retraçant quatre grandes séquences d’histoire urbaine : la ville médiévale, fondée sur la contiguïté et la proximité (« espace de contact »), la ville de la Renaissance, transcrivant dans l’espace urbain le changement de regard aux origines de la modernité, celui d’une société qui s’émancipe progressivement sur le plan intellectuel (« espace de spectacle ») ; puis la ville de la modernité proprement dite, adaptée aux impératifs fonctionnels (circulation et commerce) ainsi qu’aux idéologies hygiénistes en vigueur dans les corps d’ingénieurs (« espace de circulation ») et soumise aux grandes réformes urbaines du XIXe siècle. Enfin, l’« espace de connexion » qui voit les entités urbaines se fragmenter en morceaux autonomes isolés, pris pour certains dans des logiques locales, pour d’autres inscrits dans les seuls liens de la mondialisation et reliés à distance par des systèmes de connexion, de flux immatériels. D’où cet appel, avec la nostalgie que l’on connaît chez Françoise Choay, en faveur d’une sorte de retour aux espaces de la contiguïté, cherchant à reconstituer des formes de « bonnes vieilles villes ». Au-delà de cette posture un tant soit peu nostalgique, l’historienne développe un impressionnant « Traité de l’urbain » en six dizaines de pages, mais ne s’arrête pas sur le fait que la réforme urbaine n’est pas tant une question d’architecture, de style, que de mode d’organisation fondamental des sociétés, donc une question culturelle et surtout politique. […]

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