Revue de réflexion politique et religieuse.

Col­lec­tif : Il Covile

Article publié le 5 Avr 2011 | imprimer imprimer  | Version PDF | Partager :  Partager sur Facebook Partager sur Linkedin Partager sur Google+

Dans une Eglise tra­ver­sée suc­ces­si­ve­ment par une men­ta­li­té de vic­time de la moder­ni­té, puis par l’illusion d’une nou­velle entente avec le « monde » qui en est issu, enfin ces der­niers temps par les deux simul­ta­né­ment, la crise de l’art s’est dou­blée d’une crise des cri­tères du juge­ment, faute d’une for­ma­tion suf­fi sam­ment pro­fonde dans ce domaine. Il s’agit d’une ten­dance, non d’un état de choses excluant les excep­tions, mais celles-ci demeurent ostra­ci­sées, au mieux objet de condes­cen­dance voire de simple igno­rance. Les choix des déci­deurs ecclé­sias­tiques en matière de construc­tion d’églises, d’ameublement interne des édi­fices du culte, de musique… ont été mar­qués, sur­tout depuis un demi-siècle, par une suite de faux pas, par impru­dence, fla­gor­ne­rie ou pro­vo­ca­tion. Quant aux milieux artis­tiques concer­nés, de toutes dis­ci­plines, cha­cun sait qu’ils sont de longue date affec­tés en pro­fon­deur par les trans­for­ma­tions idéo­lo­giques, éco­no­miques et cultu­relles de la socié­té. La caté­go­rie idéo­lo­gi­co-com­mer­ciale qua­li­fiée abu­si­ve­ment d’Art contem­po­rain se situe au car­re­four des deux crises et donne lieu aux excès les plus scan­da­leux, célé­brés par cer­tains per­son­nages ecclé­sias­tiques en mal de recon­nais­sance sociale ou secrè­te­ment acquis au nihi­lisme. La France n’a pas le pri­vi­lège de ce genre de choses, le phé­no­mène est inter­na­tio­nal, mais chaque pays a ses par­ti­cu­la­ri­tés. Ain­si la construc­tion d’églises confiée aux soins d’architectes igno­rants en matière reli­gieuse, par­fois ouver­te­ment hos­tiles, bat son plein en Ita­lie, sous l’étonnante direc­tion de la Confé­rence épis­co­pale. La France n’est pas épar­gnée mais les moyens finan­ciers étant plus res­treints, les réa­li­sa­tions y sont moins nom­breuses, et néan­moins exem­plaires, comme der­niè­re­ment Notre-Dame-du-Rosaire, aux Lilas, près de Paris (il est vrai finan­cée pour par­tie par la com­mune deve­nue inca­pable d’entretenir l’ancienne église lui appar­te­nant au titre de la loi de Sépa­ra­tion). Au demeu­rant, le concep­teur en est ita­lien (Mau­ro Galan­ti­no).
En Ita­lie tou­jours prend forme un mou­ve­ment d’opposition, pro­ve­nant prin­ci­pa­le­ment d’architectes, de pro­fes­seurs de phi­lo­so­phie de l’art, de quelques ecclé­sias­tiques sen­si­bi­li­sés. La revue élec­tro­nique Il Covile (la Tanière !), diri­gée par Ste­fa­no Bor­sel­li, est très impli­quée dans ce com­bat nou­veau, où elle joue un rôle de plaque tour­nante. Elle offre de nom­breux textes de qua­li­té (en ita­lien) sur l’art, l’architecture, la phi­lo­so­phie, la cri­tique de la socié­té contem­po­raine. Cette ini­tia­tive fédé­ra­trice est notam­ment liée à un groupe de recherche consti­tué autour de Nikos Salìn­ga­ros, mathé­ma­ti­cien et urba­niste pro­fes­sant au sein de diverses uni­ver­si­tés pres­ti­gieuses, atta­ché à recher­cher les moyens de recons­truire une théo­rie « après le déluge » du fonc­tion­na­lisme moderne. Il a notam­ment diri­gé un « mani­feste contre les avant-gardes » inti­tu­lé No alle archis­tar, non aux stars de l’architecture qui par­sèment le monde de leurs extra­va­gances (Libre­ria edi­trice fio­ren­ti­na, Flo­rence, 2009). Etant don­né la richesse de réflexion ain­si mise en œuvre, nous nous effor­ce­rons de reve­nir lar­ge­ment sur les mul­tiples aspects de ces ini­tia­tives.

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