Revue de réflexion politique et religieuse.

Exigence de vérité et méthodologie

Article publié le 3 Avr 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Qu’il s’agisse d’histoire ou de doctrine, l’honnêteté intellectuelle implique de rejeter toute espèce de déformation ou d’ignorance volontaire, quel qu’en soit le motif.

Le débat récemment ouvert autour de la publication de deux ouvrages, l’un historique (Roberto de Mattei, Il concilio Vaticano II. Una storia mai scritta, Lindau, Turin, 2010), l’autre théologique (Brunero Gherardini, Quod et tradidi vobis. La tradizione vita e giovinezza della Chiesa, Casa Mariana, Frigento, 2010), a fait émerger – au-delà de la diversité des appréciations – un problème central. Il s’agit de la question de savoir ce qui fonde le jugement, quelles sont les catégories intellectuelles qui le régissent, lui servent de fondement et lui donnent sa substance. C’est une question, comme on le comprend immédiatement, qui s’avère décisive et donne ici l’occasion de quelques réflexions qui dépassent l’aspect circonstanciel des publications mentionnées. Il s’agit pour la pensée d’une question irrépressible, et pour la pensée catholique en particulier. On pourrait dire que semble se poser ici une question préliminaire qui, comme dans des cas relativement analogues touchant à la doctrine sociale de l’Eglise, est la question épistémologique, et donc méthodologique, sachant toutefois que le problème revient, essentiellement, à celui du rapport entre pensée et réalité. Cela a d’autant plus d’importance, bien évidemment, que la réalité considérée concerne les événements historiques, et donc l’historiographie, ou, dans le domaine théologique, la vérité de la Révélation.
En substance, comme cela apparaît dès une première réflexion, toute épistémologie (comme toute méthode) renvoie implicitement ou explicitement à une ontologie, c’est-à-dire à une considération de la réalité à connaître. Penser une épistémologie – une perspective intellectuelle quelle qu’elle soit – comme neutre métaphysiquement et axiologiquement – en d’autres termes, du point de vue de la réalité et de la valeur – est chose impossible. Toute forme de pensée présuppose un certain rapport avec la réalité, et toute connaissance comporte, directement ou non, une appréciation. Les diverses attitudes intellectuelles qui se font jour en ce moment peuvent se ramener en définitive à trois possibilités : la pensée opérative, la pensée typologique, et la pensée réaliste (ou théorétique). Il est clair que toute vision philosophique possède sa propre conception de ce que signifie la connaissance. Mais alors celle-ci est explicitée, d’une façon ou d’une autre, tandis que dans le cas présent nous nous référons à des attitudes de connaissance qui ne sont le plus souvent que des présupposés implicites. Adopter celle-ci, celle-là ou telle autre, comme encore n’importe quelle autre attitude intellectuelle pour examiner un texte d’histoire, de théologie ou de quelque autre discipline est loin d’être indifférent. De l’adoption d’une certaine attitude de pensée dépend aussi la manière d’aborder les textes et les thèses, et cela indépendamment de tout jugement de valeur sur les intentions, et sans aucune prétention de juger les personnes. […]

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