Revue de réflexion politique et religieuse.

Lecture : L’égolâtre exterminateur

Article publié le 4 Juil 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Analyse du livre de Vincent Peillon, Une religion pour la République. La foi laïque de Fernand Buisson, Seuil, La librairie du XIXe siècle, janvier 2010, 278 p., 19 €.

Vincent Peillon, dans un récent ouvrage, entend apporter un éclairage nouveau à la question religieuse dans la République. Ce faisant, il lève un coin du voile sur un culte finalement méconnu et qui constitue le verso de l’idéologie laïque. Il est vrai que les séides de cette dernière se sont toujours, ou presque, attachés à nier, dans son triomphe même, son caractère religieux.
Il est donc bon qu’un homme politique socialiste vienne rappeler que tout homme a, avouée ou inavouée, une religion, et rende compréhensible la sienne, facilitant ainsi, pour ceux qui le veulent bien, le choix de leur camp. Commençons par la fin, car c’est en conclusion de son ouvrage que l’auteur pose une définition ferme de la religion laïque : « Comprise […] dans la réalité de son instauration, la laïcité apparaît pour ce qu’elle est : non pas une simple tolérance, une simple neutralité, un simple juridisme, mais, comme religion recherchée par la Révolution, une doctrine à la fois philosophique, morale, politique, pédagogique et religieuse précise et déterminée » (p. 278). Nous partirons de cette définition pour explorer la pensée de l’auteur et tenter de lui restituer son sens profond, qui va au-delà de ses seules propositions et dont nous verrons en fin d’article à quel point et pourquoi elles sont incohérentes. Signalons d’emblée que le lecteur recherchera vainement dans l’ouvrage les éléments d’une doctrine « précise et déterminée ». Il pourra en revanche apprécier à loisir le caractère globaliste de cette « religion pour la République », autrement dit sa nature totalitaire.
Le sous-titre de l’ouvrage – La foi laïque de Ferdinand Buisson – ne doit pas tromper : l’auteur fait siennes les pensées du grand ancien autant qu’il l’invoque pour justifier sa coquette hétérodoxie, ou ce qu’il voudrait faire passer pour telle, voire même pour camoufler sous quelques couches d’histoire et d’abstractions nébuleuses ce qu’il montre sans montrer. Car ainsi se livre le philosophe technocrate, disant sans vraiment dire, dépassant sans fin sa propre pensée. […]

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