Revue de réflexion politique et religieuse.

Le scientisme, menace permanente

Article publié le 4 Juil 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Entretien. A chaque progrès qui fait rêver, le scientiste nourrit son idéologie d’une avancée scientifique qu’il transforme en une sorte de système d’accès direct à une composante matérielle du paradis sur terre, dont il pense qu’elle améliore tout l’homme selon une anthropologie du bonheur dont il fait un postulat quasi religieux.

Comment « fonctionne » le scientisme actuel ?

Ce sont toujours à la base les nouveautés scientifiques qui font rêver, et ceci d’autant plus que chaque connaissance nouvelle n’est pas remise en perspective mais prise comme une vérité absolue ; les hommes religieux ne désamorcent plus que rarement et pas à pas l’extension inacceptable de leur contenu et les critiques ne sont pas ou peu reprises par les médias. A chaque progrès qui fait rêver, le scientiste nourrit son idéologie d’une avancée scientifique qu’il transforme en une sorte de système d’accès direct à une composante matérielle du paradis sur terre, dont il pense qu’elle améliore tout l’homme selon une anthropologie du bonheur dont il fait un postulat quasi religieux. Il y a là une préoccupation rejoignant les aspirations religieuses classiques – le sens de la vie, l’origine et la destinée de l’univers… – mais à cela s’ajoute une fascination face à l’ampleur de ce qu’on connaît, car la science a ouvert un domaine de connaissances bien plus large : c’est sur l’ampleur de ce domaine que l’on fonde le scientisme proposé à tous, mais en fait sur les mêmes principes qui ont fait le scientisme des Lumières. Deux phrases clés de matérialisation de l’homme caractérisent encore aujourd’hui l’anthropologie du scientisme : « L’homme est une machine dans laquelle la pensée est le produit de ses humeurs », du médecin Cabanis et « Jamais on ne comprendra le fonctionnement de la société si on ne la considère pas (aussi) comme une machine ordinaire » de l’ancien prêtre Sieyès, la « taupe de la Révolution » comme disait Robespierre.

Aujourd’hui, on prétend avoir « presque maîtrisé » les mécanismes du vivant. En fait on n’a presque rien maîtrisé du tout, on connaît seulement un peu plus de choses qu’auparavant, ce qui indique bien l’extrême complexité de la nature et surtout de la vie ; celle-ci apparaît en fait comme de plus en plus inextricable et imprévisible puisque même sa base est dans la théorie quantique solidement établie mais qui refuse le déterminisme des interactions élémentaires. Pourtant on se lance dans l’utopie : demain nous guérirons toute maladie, nous connaîtrons la cause de la mort et nous en guérirons. Il y a à la racine un raisonnement illogique : on tient deux positions contradictoires : je soutiens que tout est matériel, mais moi je ne suis pas matériel ! Certains philosophes, comme Jean-Pierre Dupuy, ont mis en relief ces contradictions et ces fausses logiques. On est face à une sorte de religion, avec sa « foi » – une vision globale du grand tout de ce que je sais (en fait bien peu de choses et un futur de moins en moins prédictible) – et une espèce d’idée sur le futur, fausse au niveau du raisonnement, puisqu’elle oublie que la matérialisation méthodologique de toute science humaine comporte en soi ses propres présupposés indémontrables. […]

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