Revue de réflexion politique et religieuse.

Les Nazaréens français

Article publié le 10 Avr 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Le christianisme est une religion de l’incarnation et non un intégrisme de l’esprit. En considérant que la double nature du Christ reflète la double nature de l’homme, nous devrions être attentifs à tenir les deux bouts de la chaîne. Analyse du livre de Michel Caffort, Les Nazaréens français. Théorie et pratique de la peinture religieuse au XIXe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2009, 255 p., 22 €.

L es Nazaréens français de Michel Caffort est un « beau livre » dans tous les sens de cette expression1. Il comprend un cahier de trente-deux reproductions en couleurs et plus de quatre-vingts images en noir et blanc dont le total donne une bonne idée d’un courant important de la peinture française et européenne du XIXe siècle. Caffort éclaire d’ailleurs le contenu de ces oeuvres en s’appuyant sur une documentation immense. Son lecteur reçoit une éducation complète en théologie chrétienne ; il pénètre dans l’univers de la sensibilité religieuse catholique, du symbolisme des rites, de la prière comme rapport à Dieu. Il découvre aussi que les grandes vérités du christianisme peuvent être transmises aussi efficacement par la peinture qui s’adresse aux yeux que par la parole qui s’adresse aux oreilles. Certains prélats d’aujourd’hui (mais pas le Pape !) l’ont oublié, eux qui offrent les églises comme écrins du non-art et invitent les avocats de ce nihilisme à prêcher le Carême à Notre-Dame, leur donnant ainsi l’occasion de proférer des insanités blasphématoires. Caffort nous décrit une époque bien différente où l’enseignement du Christ pénétrait dans les esprits en passant par le coeur grâce aux arts en général et aux arts figuratifs en particulier.
C’est que ceux-ci sont déjà par eux-mêmes une pensée reliée à la philosophie, à la poésie, à la religion. Les nouveautés qui apparaissent au début du XIXe siècle ne peuvent être comprises qu’inscrites dans leur contexte idéologique, dans lequel s’enchevêtrent deux contradictions. La première est celle qui oppose les Lumières, avec leur rationalisme étroit et leur matérialisme athée, au renouveau de la foi chrétienne en réaction aux excès de la Révolution française. La seconde est la lutte entre le néo-classicisme et le romantisme. […]

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