Revue de réflexion politique et religieuse.

Les cérémonies extraordinaires du catholicisme baroque

Article publié le 10 Avr 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

La fonction exemplaire des cérémonies d’exception (sacres, funérailles royales…) dans l’expression sociale de la vie religieuse. Analyse de l’ouvrage dirigé par Bernard Dompnier, Les cérémonies extraordinaires du catholicisme baroque (Actes du colloque organisé en octobre 2005 au Puy-en-Velay), Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2009, 604 pages, 39 €.

La science de la liturgie est plus souvent liée à ses sources et à ses références écrites, à ses paroles, qu’à la connaissance directe de sa pratique, dans la mesure aussi où, depuis le Mouvement liturgique, c’est surtout l’histoire des débuts du christianisme qui est objet d’études, une histoire qui dépend des vestiges archéologiques mais surtout des textes. La liturgie est pourtant aussi un agir, un faire. Le rite est tout autant geste que parole.
Pour le Père Bouyer, dans Le rite et l’homme, heureusement récemment réédité (Cerf, 2009), c’est dans l’équilibre entre ces deux pôles que se situe la rectitude catholique : une parole sans geste relève, pour lui, du protestantisme libéral et un geste sans parole offerte à l’intelligence appartient à la magie. L’accent mis sur l’écrit par la pensée liturgique n’est pourtant pas du seul ressort d’une mouvance du « progrès ». Il faut ainsi ajouter que, initialement surtout, la réflexion née de la critique des réformes catholiques postconciliaires s’est également focalisée sur les textes, sous l’angle ici de leur rectitude doctrinale, laissant un peu de côté, jusque dans les années quatre-vingt-dix, la réalité proprement rituelle de la liturgie. Dans les années soixante-dix, l’insistance mise sur le missel de saint Pie V dans sa dimension quasi-éditoriale, soulignée par la référence à la bulle de promulgation Quo primum, peut être comprise en ce sens. Du côté des sciences humaines, peu attirées en général par le culte catholique, quand les anthropologues s’y aventurent, ce sont surtout les para-liturgies et les cultes populaires qu’ils interrogent, à l’instar des folkloristes. La « grande » liturgie les soucie peu. Somme toute, il y a peu d’études de fond contemporaines sur le fait liturgique [A l’exception surtout de la perspective générale des travaux d’Alphonse Dupront et, notamment, de Maurice Gruau, L’homme rituel. Anthropologie du rituel catholique français. Essai d’une ethnologie de l’intérieur, Métailié, 1999.].
C’est dire l’intérêt avec lequel on lit le beau et gros volume collectif dirigé par Bernard Dompnier, destiné à « renouveler l’histoire du culte, longtemps cantonnée dans les grands séminaires avant d’être à peu près totalement abandonnée » (Introduction, p. 11). […]

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