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Numéro 143 : Mutations substantielles

Observations à propos de la Déclaration d’Abu Dhabi. Un processus, s’il est engagé et poursuivi de manière cohérente, ne devient lisible que s’il est examiné dans son ensemble, et sa prolongation dans la durée aide grandement à en identifier correctement le sens général, tout comme il permet de faire le tri entre contradictions, contournement des obstacles et continuité substantielle. De telles distinctions sont d’autant plus nécessaires que les intentions profondes ne coïncident pas forcément avec celles publiquement communiquées à l’origine. Et l’un des aspects principaux de la « réforme » bergoglienne est son manque de clarté. Au départ était annoncé un changement général de mentalité, manifesté par un ensemble de signes relayés par les médias : simplicité du mode de vie, fin des privilèges matériels et des honneurs inutiles des membres de la Curie, gestion rigoureuse des finances, efficacité administrative, miséricorde et ouverture à tous, petits et grands messages reprenant les thèmes à l’ordre du jour des organisations mondiales, comme par exemple l’encyclique Laudato si’. Tous ces efforts ont été largement salués, mais l’approbation unanime a fini par se fissurer.

Au cours de l’été 2018, la revue de la gauche italienne MicroMega, dirigée par le philosophe Paolo Flores d’Arcais, a consacré un numéro entier autour du thème : « Pouvoir vatican. La révolution feinte du pape Bergoglio », marquant une déception réelle. Principal intervenant, le sociologue Marco Marzano (Université de Bergame) résumait ainsi ce qu’il considérait comme ayant été une construction fantasmée : « Quels sont les éléments qui ont fait qu’un évêque sud-américain à peine connu se soit transformé en une superstar mondiale, vénérée et intouchable ? Quatre acteurs au moins ont concouru à ce résultat : les sommets de l’Église qui, en lisant les signes des temps, ont choisi un pontife “populiste” ; la presse, qui a exalté démesurément et dès le premier jour toute parole, tout geste, toute action du pape argentin ; les catholiques progressistes, qui espèrent toujours que le concile Vatican II sera finalement appliqué ; et enfin la gauche politique et sociale qui, au long de ces années, s’est plusieurs fois mise à genoux devant le jésuite argentin. Et à tout cela il faut ajouter un cinquième acteur : la droite traditionaliste, dont la diabolisation des actes du pape ne fait qu’augmenter considérablement les effets d’un pontificat marqué en réalité par l’immobilisme. »

Cette déception marquée concernait surtout l’organisation interne de l’administration vaticane, et le style de gouvernement, autoritaire, irrespectueux du droit, opaque et ne répondant jamais aux objections. Pourtant ces critiques ont suscité une réaction, qui n’est pas venue des défenseurs habituels du cours nouveau, mais des extrémistes de l’esprit du concile, en l’espèce ceux de Noi siamo Chiesa – homologue italien de Wir sind Kirche, Nous sommes l’Église, etc. –, dont le « coordinateur national », Vittorio Bellavite, a attaqué les rédacteurs de MicroMega, leurs « préjugés » et leur « laïcisme idéologique stérile » les aveuglant sur la réalité. Sa critique porte sur les quatre premiers points retenus par Marco Marzano, puis il entreprend d’expliquer que le projet bergoglien n’est pas doctrinal mais pastoral, qu’il place au premier plan « l’évangile de la miséricorde, l’évangile du primat de la conscience », que tout cela prend du temps et qu’il convient de mesurer ce qui est fait dans la complexité d’un parcours quinquennal – sexennal désormais – et non sans entrer dans la compréhension subtile de la réalité[1] [1].

Le contraste entre ces deux interprétations est instructif. Ceux de l’extérieur jugent d’après la superficialité de leur point de vue, et selon des intérêts idéologiques ou des idées préconçues qui ne traduisent pas une conscience claire des enjeux internes. Pour l’instant, le mythe qu’avec d’autres ils ont créé subsiste, même s’il donne des signes d’épuisement et suscite la perplexité ou l’agacement d’une minorité. Ceux de l’intérieur – c’est-à-dire ceux qui, même très atteints par le modernisme théologique, n’en sont pas moins marqués par des courants internes au catholicisme – ne voient pas les choses de la même manière, mais comprennent que la « réforme » bergoglienne relève d’une stratégie, et que celle-ci se réalise selon des tactiques diverses, suivant assez souvent une progression alternant un pas en arrière, deux pas en avant.

Beaucoup d’observations permettent de vérifier cette méthode : l’utilisation d’un langage dans lequel les mots n’ont pas le même sens pour tous, le refus de répondre aux questions gênantes, les changements doctrinaux conséquents présentés au détour d’une note de bas de texte, les synthèses d’interventions ne respectant pas leur contenu effectif, les déclarations contradictoires en apparence mais finalement confirmées dans le sens du « progrès », l’utilisation de références traditionnelles, voire scripturaires, sous forme de citations tronquées, tout cela entrecoupé de déclarations sur le respect de la vie dès la conception, la haute valeur du mariage chrétien, et ainsi de suite.

D’autre part, il est avéré que les changements de ligne font l’objet de préparations très attentives et de longue durée. Ce fut le cas des deux sessions du synode sur la famille, dont la conclusion avait été préparée avant même la tenue des travaux et aboutit à la fameuse exhortation apostolique Amoris laetitia, destinée à les conclure.

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La récente Déclaration commune « sur la fraternité humaine pour la paix du monde et la coexistence commune », signée le 4 février 2019 à Abu Dhabi par le pape François et Amhed el-Tayeb, grand imam de l’Université Al-Azhar, a elle aussi été longuement préparée, une année durant pour le détail de la démarche, depuis plus longtemps encore du point de vue de la substance.

Une déclaration de ce genre pourrait, à première vue, être considérée comme une tentative diplomatique destinée à calmer les esprits en un moment de tensions extrêmes : une sorte de pacte raisonnable entre dépositaires d’une certaine autorité morale sur une partie non négligeable de l’humanité. Dans le contexte présent d’un monde musulman traversé par le courant du retour à l’origine, le fait qu’un imam célèbre consente à une telle démarche pourrait même être jugé comme un acte courageux, à moins qu’il ne paraisse plutôt constituer une manœuvre intelligente. Ahmed el-Tayeb est connu pour concilier un rapport étroit avec le régime du maréchal al-Sissi et négocier avec la tendance salafiste dominante au sein de son université. Quelle que soit l’interprétation que l’on puisse donner à cet acte par rapport aux complexes rapports intra-musulmans, il reste à le comprendre du point de vue de l’histoire récente de l’Église, et plus précisément de la mise en œuvre de la « réforme » bergoglienne.

Remarquons tout d’abord que la Déclaration commune dépasse le statut de texte purement pratique pour s’élever au niveau d’un énoncé de principes. Il ne s’agit donc pas d’un acte comme il peut en être produit lorsque un ensemble de dignitaires ou représentants religieux déclarent en commun condamner un attentat, ou réclament le respect d’une certaine décence dans la vie publique, et toutes choses semblables. Pas non plus d’un pacte constitutionnellement établi, comme celui qui répartit les statuts respectifs des chrétiens, musulmans et druzes au Liban. Dans un tel cas, chacun garde pour lui ses considérations religieuses mais partage avec les autres parties une même intention relative à un objet bien déterminé. La Déclaration commune va bien plus loin, dans la mesure où elle formule des principes communs. On s’abstiendra ici de juger ces derniers au point de vue de l’islam, mais avant de les considérer sous l’angle de la continuité ou de la nouveauté doctrinales catholiques, on cherchera d’abord à en comprendre les prémisses.

L’événement, qui avait donc fait l’objet d’une longue préparation, a été placé dès le début sous le vocable de la « fraternité ». L’introduction de ce terme semble être datée d’un tweet (@.Pontifex_fr) du 2 mai 2017, ainsi rédigé : « Cultivons la fraternité : c’est la collaboration qui aide à bâtir des sociétés meilleures et pacifiques. » Le message urbi et orbi de Noël dernier est revenu sur ce concept : « Fraternité entre les personnes de chaque nation et culture. Fraternité entre les personnes de religions différentes, mais capables de se respecter et d’écouter l’autre. Fraternité entre les personnes de religions différentes. » La répétition étonne, mais elle marque l’insistance sur les deux termes : le pluralisme religieux, et la fraternité apte à l’accepter et le transcender. Le 31 janvier 2019, avant le voyage à Abu Dhabi, le pape François déclare : « Je remercie mon ami et cher frère le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed Al-Tayeb, et tous ceux qui ont collaboré à la préparation de la rencontre, pour leur courage et leur volonté d’affirmer que la foi en Dieu ne divise pas mais unit, rapproche dans la distinction, éloigne de l’hostilité et de l’aversion. Je suis heureux de cette occasion qui m’est offerte par le Seigneur pour écrire, sur votre chère terre, une nouvelle page de l’histoire des relations entre les religions, en confirmant que nous sommes frères tout en étant différents[2] [2]. » Le thème se précise donc, dans la continuité, en comprenant le mot « foi » dans le sens de « croyance » ou de « conviction » et non dans le sens spécifique propre à la dogmatique catholique (l’adhésion à la Parole de Dieu révélée en Jésus-Christ, Verbe incarné). Le 4 février, après la signature du document, un message sur facebook le confirme : « Le document sur la Fraternité humaine que j’ai signé aujourd’hui à Abu Dhabi avec mon frère le Grand Imam d’Al-Azhar invite toutes les personnes qui portent dans le cœur la foi en Dieu et la foi dans la fraternité humaine, à s’unir et à travailler ensemble[3] [3]. »

Le document lui-même forme un texte assez court[4] [4]. Il reprend largement les mêmes idées, qui opèrent comme une extension du concept de « pluriunité », ou d’ « unité dans la diversité » jusqu’alors réservé au seul œcuménisme entre dénominations chrétiennes. Certaines formules n’étonnent pas de la part du pape François, mais surprennent de celle d’un savant islamique réputé. Ainsi ces affirmations, par ailleurs notoirement contredites en théorie comme en fait, du moins quant au devoir de combattre l’infidèle, à plus forte raison l’abandon de l’islam : « […] les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang » ; « La liberté est un droit de toute personne : chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action. Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. »

La dernière affirmation est déjà absurde dans l’islam, à plus forte raison dans le christianisme. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont en commun et qui pose le problème fondamental de la vérité de l’un à l’exclusion nécessaire de l’autre. Qui peut, toute ignorance invincible mise à part, soutenir l’affirmation selon laquelle la diversité des religions – donc du vrai et du faux – serait l’expression du vouloir divin et signe de sa Sagesse ? Une telle pensée relève, au bas mot, du relativisme pur et simple[5] [5]. Peut-être que le grand imam pratiqua en l’espèce une taqiyya (mensonge légitime), bien que celle-ci ne lui soit permise, en principe, au musulman que lorsqu’il s’agit d’échapper à une menace de la part des infidèles[6] [6]. Pour ce qui est du pape François, les choses sont différentes, car le projet paraît bien venir de plus loin.

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La rencontre d’Abu Dhabi n’a pas seulement fait l’objet d’une préparation soigneuse du texte qui l’a conclue. Elle s’inscrit en effet dans une perspective d’ensemble.

Cette perspective apparaît déjà dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium (24 novembre 2013), à propos de la liberté religieuse : celle-ci « comprend “la liberté de choisir la religion que l’on estime vraie et de manifester publiquement sa propre croyance”. Un sain pluralisme, qui dans la vérité respecte les différences et les valeurs comme telles, n’implique pas une privatisation des religions, avec la prétention de les réduire au silence, à l’obscurité de la conscience de chacun, ou à la marginalité de l’enclos fermé des églises, des synagogues et des mosquées[7] [7]. »

Presque un an après, à Tirana (21 septembre 2014), le pape François a voulu indiquer deux attitudes permettant de promouvoir la liberté religieuse. « La première, c’est celle de voir en tout homme et en toute femme, même en ceux qui n’appartiennent pas à sa propre tradition religieuse, non des rivaux, encore moins des ennemis, mais bien des frères et des sœurs. […] Chaque tradition religieuse, à l’intérieur d’elle-même, doit réussir à rendre compte de l’existence de l’autre. […] Chacun de nous offre le témoignage de sa propre identité à l’autre et dialogue avec l’autre. Puis le dialogue peut aller plus avant sur des questions théologiques, mais ce qui est plus important et beau, c’est de marcher ensemble sans trahir sa propre identité, sans la masquer, sans hypocrisie. Cela me fait du bien de penser cela[8] [8]. » Ces propos sont à mettre en regard du rejet réitéré du « prosélytisme », réduisant la mission – l’annonce de l’Évangile – à ce que le père Chenu avait appelé « l’apostolat de simple présence[9] [9] ». Mais c’est toute la logique du « dialogue » qui est ici poussée à son extrême.

Quel est cet extrême ? De nombreux indices incitent à répondre qu’il s’agit d’une convergence, au moins de fait, mais peut-être aussi consciente, voulue comme telle, avec la poursuite d’une nouvelle paix de religion promue par l’ONU et les organisations non gouvernementales qui y sont associées, paix de religion dont on attend peut-être une certaine pacification, mais surtout la réduction des oppositions ; la dernière manifestation de ce genre a été celle du VIth Congress of Leaders of World Religions, à Astana (Kazakhstan), les 10 et 11 octobre 2018[10] [10].

Un tel projet est ancien, mais dans la période contemporaine, c’est le théologien dissident Hans Küng qui s’en est fait le porteur le plus zélé, dans son Manifeste pour une éthique planétaire, publié en 1995[11] [11]. Ce manifeste était alors présenté au nom d’une institution fondée en 1893 à Chicago, le Parlement des religions du monde, toujours, et même plus que jamais, en activité. Dans cette organisation syncrétiste se mêlent toutes sortes de sectes, hindouistes, théosophiques, soufies, mais aussi des représentants des « religions » plus établies. À l’origine, ce « parlement » ne devait occuper qu’un pavillon de l’exposition universelle de Chicago, pour le 400e anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb. À sa suite, un congrès fut prévu pour l’année 1900 à Paris, mais le pape Léon XIII intervint pour en interdire la participation aux catholiques, soulignant la différence entre le fait d’entrer en relations avec des non catholiques pour leur présenter la doctrine catholique, et une « promiscuité » vaine prétendant échanger des opinions en matière religieuse[12] [12]. La dernière assemblée du Parlement des religions du monde a eu lieu à Toronto, du 1er au 8 novembre 2018, trois semaines à peine après le congrès d’Astana, autour des thèmes comme l’harmonie entre les croyants, l’éthique globale, la tolérance, etc.)[13] [13].

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Il reste à comprendre comment la convergence, ouverte et quasi officielle, entre les étapes qui ont abouti à la Déclaration d’Abu Dhabi, et les efforts menés de longue date par les courants syncrétistes, aujourd’hui placés sous l’égide de l’interculturalité et auxiliaires des organisations mondialistes, ont pu se réaliser.

Le pape François s’est longuement livré, comme à son habitude, aux journalistes présents dans l’avion du retour, le 5 février. Il a notamment insisté sur sa fidélité au concile Vatican II : « Mais je veux dire une chose. Cela, je le répète clairement : du point de vue catholique, le document [14] ne s’est pas éloigné d’un millimètre de Vatican II [15]. Il est même cité, parfois. Le document [14] a été rédigé dans l’esprit de Vatican II [15]. Et j’ai voulu, avant de prendre la décision de dire : “Cela va bien comme cela, nous le terminons ainsi” – du moins pour ma part –, je l’ai fait lire à quelques théologiens et aussi officiellement par le théologien de la Maison pontificale qui est un dominicain qui suit la belle tradition dominicaine, qui est de ne pas aller à la chasse aux sorcières, mais de voir les choses justes, et il a approuvé. Si certains se sentent dans l’embarras, je le comprends, ce n’est pas une chose de tous les jours, et ce n’est pas un pas en arrière, c’est un pas en avant, mais un pas en avant qui vient après cinquante ans, à partir du Concile qui doit se développer. Les historiens disent que pour qu’un Concile s’enracine dans l’Église, il faut 100 ans. Nous sommes à mi-chemin. Et cela peut susciter certaines perplexités, à moi aussi. Je vais vous dire, j’ai vu une phrase [du document] et je me suis dit : “Mais cette phrase, je ne sais pas si c’est bien sûr…”. C’était une phrase du Concile ! Et cela m’a surpris moi aussi[14] [16] ! »

Tout incline à prendre ces affirmations au pied de la lettre, démentant le constat habituel du manque de clarté de nombreuses paroles du pape François. Certes, du concile il y a des « lectures » opposées, et ici, concile et « esprit du concile » sont identifiés, ce qui dénote un choix en faveur de l’interprétation la plus radicale, qui sait tirer les conclusions des prémisses, surtout lorsque celles-ci sont essentiellement pensées dans la catégorie de la « pastorale », catégorie qui n’exclut pas la doctrine mais la subordonne au primat de la praxis.

L’événement d’Abu Dhabi, de par les glissements conceptuels sur lesquels il a reposé, n’est donc que l’une des facettes du « dialogue » entre l’Église issue de Vatican II et ce qu’il est convenu d’appeler le monde, c’est-à-dire l’ensemble des pouvoirs, des pratiques et des idéologies qui s’y exercent et y dominent aujourd’hui. L’une des facettes, et aussi, probablement, l’une des étapes d’un chemin encore inachevé, si du moins rien ne vient l’interrompre.

 

[1] [17]. Texte publié le 8 juin 2018 sur le site des communautés de base d’Italie (www.cdbitalia.it). Sur le même site est également paru, le surlendemain, une autre critique du numéro spécial de MicroMega, par un membre de la communauté de base de Naples, Mario Corbo.

[2] [18]. Texte disponible sur http://papefrancois.jeun.fr/3377-emirats-arabes-la-foi-en-dieu-ne-divise-pas-mais-unit

[3] [19]. https://www.facebook.com/PapeFrancoisVatican/posts/1152244034948886 [20]

[4] [21]. Cf. http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/travels/2019/outside/documents/papa-francesco_20190204_documento-fratellanza-umana.html

[5] [22]. Une certaine fable venue du Bengale, rapportée par l’indologue Helmuth von Glasenapp et reprise depuis à satiété, raconte l’histoire d’aveugles invités à toucher les membres d’un éléphant et à leur demander comment ils le décrivent : il est comme un arbre (pour avoir palpé une de ses pattes), un serpent (la trompe), et ainsi de suite. Après s’être battus entre eux, un sage leur montra qu’ils détenaient tous une part de la vérité et que celle-ci se découvre dans le partage. Voir, au hasard, ce qu’en tire comme leçon un blog de formateurs en entreprise : http://am-designthinking-blog.com/fable-indienne-sur-lintelligence-collective-les-aveugles-et-lelephant

[6] [23]. Il est également possible d’imaginer que la menace provienne de l’intérieur – des salafistes – et qu’à ce titre il soit utile de chercher un modus vivendi avec plus civilisés qu’eux. C’est une réaction que l’on rencontre ailleurs qu’en Égypte, en Algérie notamment, où l’on fait bon accueil aux propagateurs (laïques) de l’interculturalité. Ainsi s’est tenu récemment à Oran un colloque sur « le dialogue interculturel et le vivre ensemble » (cfEl Watan et Le Quotidien d’Oran du 28 février 2019), à l’initiative de l’Académie nationale de la femme algérienne, prônant la tolérance, le respect des croyances, etc.

[7] [24]. Italiques ajoutées. La citation est empruntée à Benoît XVI.

[8] [25]. Evangelii gaudium, n. 246, développait une idée parallèle à propos du dialogue œcuménique « Elles sont tellement nombreuses et tellement précieuses, les réalités qui nous unissent ! Et si vraiment nous croyons en la libre et généreuse action de l’Esprit, nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! Il ne s’agit pas seulement de recevoir des informations sur les autres afin de mieux les connaître, mais de recueillir ce que l’Esprit a semé en eux comme don aussi pour nous. »

[9] [26]. Cf. « Apostolat de simple présence et charité politique », Paroisse et mission, n. 14, 1961.

[10] [27]. La délégation catholique d’une petite dizaine de membres était présidée par le cardinal Coccopalmerio, personnage compromis dans l’une des affaires romaines de ces derniers temps ; était également présent le grand imam el-Tayeb.

[11] [28]. Hans Küng, Karl Joseph Kuschel, Manifeste pour une éthique planétaire. La déclaration du Parlement des religions du monde, Cerf, 1995. En un sens, il s’agissait de prolonger l’idée que Jacques Maritain avait lancée, celle d’une « foi démocratique », avec son « credo commun » associant le pluralisme des convictions et la commune adhésion sur des points de convergence pratiques.

[12] [29]. L’intervention de Léon XIII se fit sous la forme d’une Lettre adressée au délégué apostolique aux États-Unis, le cardinal Satolli, le 18 septembre 1895.

[13] [30]. La rencontre a été préparée et relayée par la chaîne de télévision Sel et Lumière, dirigée par le P. Thomas Rosica, professeur dans diverses universités catholiques jusque dernièrement – il a dû démissionner à la suite de plagiats –, membre du bureau de presse du Vatican, collaborateur de l’agence Zenit, très actif durant les deux sessions du synode sur la famille, et connu pour avoir justifié certaines méthodes expéditives du pape François.

[14] [31]. Traduction officielle, sur le site w2/vatican.va