Revue de réflexion politique et religieuse.

Lec­ture : L’âme de l’Europe

Article publié le 10 Juil 2011 | imprimer imprimer  | Version PDF | Partager :  Partager sur Facebook Partager sur Linkedin Partager sur Google+

Le der­nier ouvrage du pro­fes­seur Gérard Guyon, Chré­tien­té de l’Europe. Fon­da­tions juri­diques, est pré­sen­té par l’éditeur comme une « étude des fon­da­tions du droit occi­den­tal ». Aus­si, l’auteur a entiè­re­ment rai­son de pla­cer en exergue ces paroles de Benoît XVI : « Quand l’Europe écoute l’histoire du chris­tia­nisme, elle entend sa propre his­toire ». Car, pour évident que soit ce pro­pos, depuis l’époque des Lumières, éclosent de  nom­breuses ten­ta­tives de renier cette his­toire et de sub­ver­tir l’unité juri­dique euro­péenne. En consé­quence, ce ver­sant nor­ma­tif de la Chré­tien­té est trop négli­gé ou sciem­ment déni­gré. Ain­si que le déplore l’auteur, l’importance de la « base reli­gieuse, presque exclu­si­ve­ment chré­tienne » du ter­rain juri­dique est « rare­ment évo­quée, plus sou­vent niée » (p. 39). L’avant-propos expose donc expli­ci­te­ment la divul­ga­tion qui en sera faite tout au long de l’ouvrage : « L’Eglise a été le creu­set des nations euro­péennes ». Afin de prou­ver cette asser­tion, l’historien du droit remonte à l’Antiquité chré­tienne pour déni­cher, ou plu­tôt retrou­ver les prin­cipes et les règles que l’Eglise a légués à l’Europe, dont cer­tains étaient assu­ré­ment tom­bés dans l’oubli le plus pro­fond.
L’on pour­ra dere­chef entrer dans la lec­ture de cet ouvrage, en pas­sant outre la sin­gu­lière pré­face du P. Joblin, s.j. Cette der­nière recèle une énième ten­ta­tive d’imposer un illu­soire prin­cipe de « crois­sance en huma­ni­té » (p. 25). De plus, il pré­tend fon­der la digni­té de l’homme sur le fait qu’il se sait res­pon­sable de diri­ger cette évo­lu­tion. Le jésuite conti­nue son che­min et assène une leçon assez pénible contre la « concep­tion de l’universalisme fon­dée sur l’idée de per­sonne », au motif que les civi­li­sa­tions orien­tales « ne connaissent pas l’idée de per­sonne » (p. 30). Doit-on rap­pe­ler les termes très forts qu’employa Benoît XVI, dans son Dis­cours de Ratis­bonne (12 sep­tembre 2006), contre la « déshel­lé­ni­sa­tion du chris­tia­nisme qui, depuis le début de l’époque moderne, domine de façon crois­sante le débat théo­lo­gique, s’oppose à la thèse selon laquelle l’héritage grec, puri­fié de façon cri­tique, appar­tient à la foi chré­tienne », ou sa réfu­ta­tion de la thèse « pas sim­ple­ment erro­née mais encore gros­sière » selon laquelle « au regard de la ren­contre avec la plu­ra­li­té des cultures, on dit volon­tiers aujourd’hui que la syn­thèse avec l’hellénisme, qui s’est opé­rée dans l’Eglise antique, était une pre­mière incul­tu­ra­tion du chris­tia­nisme qu’il ne fau­drait pas impo­ser aux autres cultures » ? Pour finir avec cette pré­face, men­tion­nons en der­nier lieu son éloge du métis­sage intel­lec­tuel de toutes les cultures, comme si Kapi­la et Jai­mi­ni valaient Pla­ton et Aris­tote. […]

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