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Numéro  67 (Printemps 2000)  :  sommaire

 

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Refuser les impasses   Bernard DUMONT

L'affrontement de l'Eglise et de la " civilisation moderne " n'a pas connu qu'une seule impasse, mais trois : celle de l'opposition antimoderne, celle de l'Eglise servante du monde et finalement celle du mouvement moderne lui-même. Or, ce processus moderne est d'une telle étendue dans le temps qu'on est tenté de le considérer comme une donnée naturelle et non comme une construction humaine qui aurait pu ne pas être et pourrait disparaître. Beaucoup d'assertions circulent à son sujet comme autant d'évidences : ce processus était inéluctable, il est " rationnel parce que réel ", il est bon en soi, et s'il a engendré des monstres, il ne s'agissait, il ne pouvait s'agir que d'aberrations heureusement résorbées grâce à une capacité de surmonter toute espèce de crise. L'avenir lui appartient donc, et rien ne peut se concevoir en dehors de lui. L'illusion d'optique est d'autant plus regrettable que la longue durée du phénomène permet d'en saisir le rythme, depuis l'essor initial jusqu'à l'achèvement actuel, apothéose tardive grosse de menaces d'éclatement.


Entretien : Comment l'Église peut-elle parler au monde moderne ?    René GIRARD

Jadis on promettait que lorsque le christianisme n'aurait plus de pouvoirs terrestres tout irait mieux, mais le christianisme est aujourd'hui sous tutelle et les choses ne se sont pas améliorées .


Dossier : Les nouveaux fonctionnaires du sens    Stéphen DE PETIVILLE

Le nombre et l'importance sociale des psychologues grandissent de manière spectaculaire au fur et à mesure que se brouillent les repères traditionnels. C'est ainsi que leur présence est devenue de plus en plus familière : dans l'entreprise, qui ne les voit à l'œuvre dans le recrutement, le marketing, la formation et maintenant dans le " changement social "...


Entretien : Une nouvelle armée humanitaire   Alexandra VIATTEAU

Conçue comme la discipline d'avant-garde qui devait permettre de préparer la révolution de la société la psychologie devenait la meilleure méthode pour fabriquer de nouveaux conformismes... Les psychologues sont en partie les nouveaux secouristes des victimes de la société dépressive " ou des accidents divers de la société déstructurée et démoralisée. Cependant il existe tout un jargon aujourd'hui, destiné à donner l'impression aux gens qu'ils sont des victimes impuissantes, sans volonté et sans responsabilité, que ce soit devant la mort ou devant la vie. J'ai lu récemment que les divorcés étaient des " accidentés de la route conjugale ". Pourquoi ne donnerait-on pas alors aux psychologues le rôle de " police secours " ? Mais il faut distinguer les soins et la normalisation ou le maintien de l'ordre".


Entretien. : La béquille du dépressif   Alexandre ZINOVIEV

La psychologie produit un partage de la société entre une masse manipulée et une élite de manipulateurs dont on stimule sans cesse les capacités. Ancien dissident de l'ex-Union soviétique aujourd'hui rentré en Russie, Alexandre Zinoviev s'est toujours fait remarquer par ses prises de position très caustiques, inclassables au point parfois de dérouter. Il ne fait pas partie de cette catégorie d'anciens opposants aujourd'hui convertis aux sirènes de la démocratie libérale. Bien au contraire, il tendrait à assimiler les deux systèmes en mettant en évidence leur commun caractère dévastateur de la personnalité. Dans un très court chapitre de l'un de ses livres, "L'occidentisme. Essai sur le triomphe d'une idéologie" (Plon, 1996), il s'intéressait aux conséquences morales et psychologiques de l'idéologie occidentale et de son inhumanité. Au cours d'une discussion avec lui, à l'occasion d'un récent passage à Paris, nous avons évoqué cet ouvrage et lui avons demandé ce que signifiait à ses yeux l'invasion psychologique actuelle.


La politique thérapeutique    Paul Edward GOTTFRIED

Une réflexion au sujet d'un livre américain aujourd'hui perdu de vue, "The Authoritarian Personality", véritable "Mein Kampf" du politiquement correct. L'Etat thérapeutique et ses partisans ont désormais envahi le monde " démocratique " au détriment des libertés et des communautés traditionnelles. En échange d'un contrôle humain de plus en plus étroit, les gouvernements du monde occidental fournissent à leurs sujets complaisants la joie d'intégrer l'affluent society. Les médias américains, connus pour s'insurger contre toute forme de contrôle social, n'exercent ici aucune résistance. Au contraire, ils militent ouvertement en faveur de l'ingénierie sociale à grande échelle (Cf. Stanley Rothman et Robert Lichter, "The Media Elite : America's New Power Brokers" [L'élite des médias : les nouveaux courtiers américains du pouvoir], Hasting, New York, 1990). Si la littérature traitant de la politique de socialisation aux Etats-Unis est très abondante, il faut donner une mention particulière aux ouvrages de Christopher Lasch et Philip Rieff qui attribuent l'essor de l'administration publique à la légitimité qu'elle tire comme fournisseur de plaisirs affectifs et matériels. Enseignant les humanités à l'Elizabethtown College (Sennsylvanie), Paul Edward Gottfried, issu d'une famille juive germano-autrichienne ayant fui le régime hitlérien, est l'auteur de nombreux livres dont "The conservative movement" (Macmillan, New York, 1992) et "Carl Schmitt. The theory and Practice of Politics" (Greenwood-Praeger, Newport, 1990). Il collabore à la revue Chronicles, dirigée par Thomas Fleming.


La conscience idolâtrée   Walter BRAUN

A la racine du conformisme hédoniste de masse se trouve le remplacement de la conscience morale par la conscience psychologique, cette angoisse de ne pas être dans la norme. Les Lumières ont inventé de nouveaux dieux censés relayer le Dieu d'autrefois. L'une des plus importantes de ces nouvelles idoles, c'est la conscience psychologique (Bewusstsein). Il est intéressant de remarquer que le mot latin conscientia traduit autant le terme de conscience morale (Gewissen) que cette notion nouvelle de conscience psychologique (Bewusstsein). Durant les périodes antique et médiévale, cette dernière expression n'était presque pas utilisée : on ne parlait de la conscience morale qu'en tant qu'immergée dans une conscience psychologique humaine : la conscience psychologique n'avait donc de sens que soumise à la conscience, au sens moral du terme. A l'époque moderne, tout cela est inversé à partir de Descartes et désormais la conscience psychologique précède la conscience morale, jusqu'à la disparition quasi totale de cette dernière à l'époque contemporaine, sauf dans le domaine de la pédagogie. En introduisant le concept de conscience psychologique, Descartes n'a pas d'autre but que de développer une nouvelle méthode permettant à une intelligence médiocre de connaître ce qui est vrai, mais aussi de distinguer le bien du mal. En fin de compte c'est par le biais de cette conscience psychologique que doit se développer une nouvelle méthode de connaissance venant supplanter la conscience morale.


De la religion à la gnose scientifique   Georg KAMPHAUSEN

La diffusion incontrôlée des sciences humaines dans le monde catholique, à un moment où elles connaissent une crise qui renforce leur aspect manipulatoire. Directeur du Centre de recherches sur l'Amérique à l'Université de Bayreuth, Georg Kamphausen fait partie, avec Clemens Albrecht (auteur de "Zivilisation und Gesellschaft" [Civilisation et société], "Wilhem Fink", Verlag, Munich, 1995, recensé dans Catholica, n. 48, été 1995, pp. 99-101), de la génération des derniers élèves de Friedrich-Heinrich Tenbruck, ce sociologue allemand aujourd'hui décédé, à l'origine d'une critique radicale des sciences humaines.


Exégèse : Ce que doit être une science de la Bible   Ignace DE LA POTTERIE

Une science de la Bible doit garder une autonomie, mais non une " autarcie ". L'exégète doit toujours rechercher le sens de sa foi à la lumière de l'Ecriture, et celui de l'Ecriture à partir de la foi. Romano Guardini, dans la contribution intégrée au volume collectif " L'Exégèse catholique aujourd'hui ", soutient que l'exégèse appartient à la " science de la foi ", c'est-à-dire à la théologie. Nous voudrions revenir ici brièvement sur ce thème, que nous avons abordé dans ce livre et qui nous paraît fondamental, celui du statut épistémologique de l'exégèse biblique. L'affirmation de cette appartenance de l'exégèse à la théologie, évidente pour les médiévaux, est devenue paradoxale pour les modernes. Les deux objections qu'elle fait venir à l'esprit sont les suivantes : d'une part, le progrès que constitue la distinction des disciplines serait nié par cette réintégration, qui mettrait l'exégèse au service de la dogmatique, de la morale ou de la spiritualité d'autre part, et plus fondamentalement, depuis les Lumières, parler de " science de la foi " paraît une fusion de deux domaines étrangers, qui semble réductrice de la liberté aux scientifiques et réductrice de la foi aux théologiens.


Entretien : L'exégèse chrétienne aujourd'hui   Ignace DE LA POTTERIE

Il y a un véritable " drame de l'exégèse contemporaine ", minée par un héritage de la critique positiviste. Les deux grands moyens d'en sortir sont d'accepter le principe de l'unité de la Bible et de revenir sur la rupture entre l'Ecriture et le dogme. Ignace de La Potterie, jésuite et exégète, est un spécialiste de saint Jean. Parmi ses œuvres majeures, on peut citer : " La Vérité dans saint Jean " (Institut Biblique Pontifical, Rome, réédition 1999). Il a dirigé la publication d'un livre, dernièrement paru, qui voudrait apporter une contribution de poids à l'évolution qui est en train de se dessiner dans l'étude de la Sainte Ecriture, " L'Exégèse chrétienne aujourd'hui ".


Le passage de la lettre à l'esprit   Claude BARTHE

Le dernier ouvrage de Gilbert Dahan permet de mieux connaître l'interprétation médiévale de la Sainte Ecriture et devrait alimenter le regain d'intérêt pour une exégèse donnant toute sa place à la recherche du " sens spirituel ". " L'exégèse chrétienne de la Bible en Occident médiéval - XIIe-XIVe siècle ",est un ouvrage de grande importance du fait qu'il offre une synthèse hautement spécialisée, dont il serait utile qu'il soit connu au-delà des cénacles savants. Il permet de mieux connaître l'interprétation médiévale de la Sainte Ecriture, et il devrait, plus généralement, alimenter le regain d'intérêt pour une exégèse chrétienne donnant toute sa place à la recherche du " sens spirituel "


L'Église face au nazisme en Yougoslavie   Bostjan Marko TURK

Les leçons à tirer de la récente découverte d'un manuel d'instruction pour officiers de la Wehrmacht, émanant du Reichssicherheitshauptamt de Heydrich, réalisé à la veille de l'invasion de la Yougoslavie, le 6 avril 1941. L'Eglise catholique, représentée par Mgr Stepinac, y est désignée comme l'ennemi principal.


Bonnes feuilles : La Guerre civile européenne et la querelle des historiens   Ernst NOLTE

Polémiques autour de la question centrale du " nœud causal " entre les deux systèmes concentrationnaires communiste et nazi. La publication en français de l'un des maîtres ouvrages de l'historien Ernst Nolte, "La Guerre civile européenne. 1917-1945", est un événement éditorial qui, le moins que l'on puisse dire, ne passe pas inaperçu (l'ouvrage est mis en vente en mars 2000, au prix de 218 F). En s'engageant ainsi, les Editions des Syrtes manifestent une volonté très nette d'empêcher que ne retombe la fructueuse discussion qui, en dépit de toutes les pressions que l'on sait, s'est poursuivie sans discontinuer depuis "Le passé d'une illusion", de François Furet, jusqu'au "Livre noir" dirigé par Stéphane Courtois. C'est justement ce dernier qui assure la préface de la présente édition, en insistant sur la question centrale soulevée par Ernst Nolte, celle du " nœud causal " entre les deux systèmes concentrationnaires communiste et nazi. Même si certaines des interprétations de l'historien allemand sont discutables, et ont été discutées par François Furet notamment, comme par exemple l'assimilation du maurrassisme au fascisme, il est trop évident que ce n'est pas du tout pour cela que son œuvre a soulevé les polémiques, mais en raison seulement du lien de réciprocité causale que l'historien établit entre les deux totalitarismes du milieu du XXe siècle. Ces polémiques, véhémentes dès le premier tirage en langue allemande de "La Guerre civile européenne" [Der europäische Bürgerkrieg 1917-1945] en 1987 et depuis, sont rappelées dans un gros chapitre complémentaire intitulé " Ce livre et la "querelle des historiens" ", d'où sont tirés les extraits qui suivent, avec l'obligeance de l'éditeur.


Méthodes nazies   Raphaël DELAVIGNE

Le nazisme, plus subtilement moderne que son homologue communiste, a laissé beaucoup plus de traces que celui-ci, tant dans la lutte antireligieuse que dans la perversion d'un certain primat de la technique sur la morale. " Le nazisme a été pris par des millions de gens pour l'Evangile parce qu'il se servait de la langue de l'Evangile " (Victor Klemperer, "LTI. La langue du IIIe Reich", Albin Michel, 1998, p. 162.). En tant que l'un des aboutissements possibles du processus moderne de révolte contre Dieu, il a adopté, comme dans le cas du marxisme-léninisme, une forme de pseudo-religiosité séduisant les foules et " transvaluant " des concepts chrétiens.


Des fins et des moyens   Éric WERNER

Le Kosovo comme support publicitaire et plate-forme d'entraînement technique.


Chersonèse et le destin de la Russie   Bernard MARCHADIER

Chassé de Russie par la révolution, le père Serge Boulgakov en vint un temps à penser que la réunion avec l'Eglise catholique est pour l'Eglise russe la seule voie de salut. Président de la Société Soloviev, Bernard Marchadier anime le séminaire de philosophie russe à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales. Il est l'auteur de la traduction de "Sous les remparts de Chersonèse".


Entre deux mondes   Thomas MOLNAR

Réflexion sur les incertitudes qui caractérisent la période charnière entre les deux millénaires. Contrairement à ce que nous avions laissé espérer précédemment, le livre de Thomas "Molnar Moi Symmaque", suivi de "L'âme et la machine" n'est paru qu'avec un certain retard, fin 1999 (l'Age d'Homme, 120 F). C'est une réflexion sur les grandes transformations, les menaces et les incertitudes qui caractérisent la période charnière entre les deux millénaires, menée à travers le miroir psychologique d'un notable romain. L'auteur précise ici les raisons de ce choix.


Identité et ordre politique   Danilo CASTELLANO

En ces temps de communautarisme et d'incertitudes sur ce qui constitue le lien social, il est nécessaire de s'appuyer sur une notion claire du concept d'identité. Le texte qui suit, traduit par nos soins, est celui d'une communication présentée au Colloque de l'Institut International de Philosophie Politique, qui s'est déroulé à Padoue et à Venise en juillet 1998, sur le thème " Intégration et Identité ". Sa brève partie introductive présentera sans doute une difficulté au lecteur non familier de la métaphysique aristotélico-thomiste, mais nous pensons très opportun de le faire connaître dans sa totalité, étant donné sa portée politique de première importance, en particulier dans la discussion concernant les fondements de la citoyenneté. En ces temps de communautarisme et d'incertitudes sur ce qui constitue le lien social, le mot identité est en effet mis à toutes les sauces, mais il reste la plupart du temps un simple flatus vocis parce que son acception exacte n'est jamais précisée. Puisse cette réflexion contribuer à cette clarification.


Commentaires : L'achèvement de Vatican II   Claude BARTHE


Recherches : Monographie sur un dialogue manqué   Agnès LOARER

L'étude des lettres envoyées par une paroissienne de Morlaix à son curé durant douze ans permet d'appréhender la réaction de " traditionalistes de base " aux réformes conciliaires.


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