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Numéro  47 (Printemps 1995)  :  sommaire

 

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Perspectives de transition   Bernard DUMONT

La fuite en avant n'est pas satisfaisante pour un esprit sensé. Et peu importe qu'elle puise son inspiration dans le vice utopique ou qu'elle traduise l'inertie des conduites. Cependant c'est elle qui tient lieu de pensée politique à la plupart des dirigeants actuels. Aussi faut-il s'attendre à voir la sélection naturelle régler dans l'avenir ce que la droite raison et la volonté s'abstiennent d'aménager. Les plus lucides, sans forcément se complaire dans le thème de la décadence, peuvent être pris de vertige. Ne faut-il pas commencer à penser à la manière dont on pourra survivre après l'effondrement de l'utopie moderne ?


Entretien : Liberté verbale et conformisme réel   Walter BRAUN

Professeur émérite de philosophie pédagogique à l'Université de Coblence, Walter Braun pourrait être défini comme un existentialiste chrétien. Dans son dernier livre, " Le mythe sociétaire ", il s'en prend à la machine uniformisante que constitue la société comme forme idéologique : " Il m'est apparu clairement que notre époque s'est livrée de manière incroyable à la société ou ce que l'on tient pour tel. On peut difficilement admettre que notre siècle qui est si fier de ses conquêtes scientifiques, que ce soit dans le domaine des sciences naturelles ou dans celui des sciences sociales, entre dans l'histoire comme un siècle d'or. Et pourtant, il semble que celui-ci, dans la mesure où il a produit une ou deux générations qui ont joui de libertés invraisemblables sans savoir vraiment quoi en faire, sera peut-être décrit un jour comme un des plus libres bien qu'il ait abandonné ces libertés à des charlatans et à des manipulateurs au point que cette situation est aujourd'hui encore inconnue de la plupart des hommes. Il y a là une tragédie profonde dont ils ne sortiront que lorsqu'ils en auront pris enfin conscience " .En attendant ce jour, Walter Braun en appelle à une éducation alternative dont le résultat recherché est la dissidence, c'est-à-dire la véritable autonomie de jugement et d'action par rapport à la pression conformiste.


Libération et ressentiment de On   † Jean BRUN

La belle âme est aujourd'hui celle qui, tenant l'intériorité pour méprisable ou inexistante, agit pour franchir ses limites jusqu'à pouvoir se nier elle-même. Le Bien est alors pour elle tout ce qui la fait sortir de soi, le Mal tout ce qui l'y fait retourner .


Le nouveau Code de Droit canonique et les droits subjectifs   Dario COMPOSTA

Dans la mesure où l'on considère que la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 constitue le modèle des déclarations analogues qui ont suivi, on peut s'étonner qu'elle ait été imitée à deux siècles de distance par le magistère de Vatican II et par le nouveau Code de Droit canonique de 1983. Demande qui n'est pas oiseuse si l'on veut tenir les deux pôles : à une extrémité, une République athée dont la Déclaration des Droits a été condamnée par Pie VI comme " contraire à la religion et à la société " (encyclique Adeo nota, 23 avril 1791) - à l'autre extrémité, une déclaration des droits des fidèles dans quelques documents du concile Vatican II. Après avoir proclamé la liberté religieuse, on voulait publier une Déclaration des Droits des fidèles qui aurait suivi une " constitution " écrite de l'Eglise. Ces projets se sont perdus dans les sables, le nouveau Code de Droit canonique de 1983 récupérant la terminologie en abandonnant le contenu.


Excursus - Histoire et vérité : Le communisme entre aveuglement et lucidité   Bernard DUMONT

Catholica a organisé le 27 janvier dernier à Paris une table ronde réunissant un certain nombre de personnalités ayant une compétence ou une expérience personnelle du communisme. Les participants étaient invités à réfléchir sur le fait qu'il est encore bien difficile de mettre au clair les soixante-dix années de pouvoir communiste, alors que l'évocation du nazisme, lui-même plus proche qu'on ne veut le reconnaître du système communiste, atteint des dimensions obsessionnelles un demi-siècle après son effondrement. Cette rencontre coïncidait avec la sortie du dernier livre de François Furet, " Le passé d'une illusion — Essai sur l'idée communiste au XXe siècle ", une œuvre appelée à marquer un tournant tant en raison de la personnalité de son auteur, déjà connu pour avoir brisé certains mythes de l'histoire de la Révolution française, qu'en raison de l'approfondissement de son analyse des naïvetés et des complicités envers le communisme. Voici l'intégralité des exposés de Pierre Rigoulot et de Paul Yonnet, et des extraits des principales autres interventions de cette réunion.


Les claudications de la mémoire : le cas des totalitarismes   Pierre RIGOULOT

On a donc mis du temps à ouvrir les yeux, par exemple sur les atrocités de Katyn. Pourquoi ?


Réflexions autour de la difficulté d'intégrer le phénomène concentrationnaire soviétique dans l'évaluation du communisme   Paul YONNET

L'évaluation des soixante-dix années de pouvoir communiste reste encore à faire alors que celle du nazisme, bien proche par certains aspects, atteint une dimension obsessionnelle.


De l'irresponsabilité à la haine de soi   Jean-Pierre PERONCEL-HUGOZ

On ne saurait reprocher sa force à l'islam, mais bien plutôt à nos gouvernants et à tous ceux qui sont en situation de responsabilité de ne pas assumer leur devoir, à commencer par celui de l'annonce de l'Evangile. Des étudiants lecteurs de Catholica ont invité Jean-Pierre Péroncel-Hugoz à l'une de leurs réunions, et lui ont posé une série de questions concernant l'implantation de l'islam en France et dans le reste de l'Europe, et l'attitude pour le moins timorée et souvent ambiguë des chrétiens de France, pratiquants ou non. On trouvera ci-après une partie des réponses du collaborateur du journal Le Monde, qui est également l'auteur de livres comme " Le radeau de Mahomet " et " Une croix sur le Liban ", et le directeur de la collection " le Nadir " aux éditions Balland.


Donoso Cortés entre la dictature et l'Apocalypse   Philippe BAILLET

Avant de cerner le statut de la dictature chez Donoso et de mettre en relief l'importance de la perspective apocalyptique dans sa pensée, il faut cependant rappeler les deux célèbres affirmations schmittiennes figurant au tout début du chapitre III, " Théologie politique ", qui a donné son titre à la Politische Theologie de 1922 : " Tous les concepts prégnants de la théorie moderne de l'Etat sont des concepts théologiques sécularisés " — " La situation exceptionnelle a pour la jurisprudence la même signification que le miracle pour la théologie ". Il suffit en effet de relire le dernier Donoso pour saisir que ces deux affirmations supposent précisément chez Schmitt une grande familiarité avec la pensée du contre-révolutionnaire espagnol. Dans la pensée de Donoso Cortés, la contradiction n'est qu'apparente entre le diplomate qui observe le présent et appelle de ses vœux la dictature et le prophète qui attend l'Apocalypse.


Document : Donoso Cortés, cet inconnu   Carl SCHMITT

Je voudrais parler de cet homme remarquable avec une totale impartialité, pour autant que cela soit possible dans le cadre d'une courte discussion, et permis à un non-Espagnol. Dès lors, on ne cherchera pas ici à exposer l'ensemble de ses théories et opinions politiques, mais seulement à expliquer son échec. Il ne serait à vrai dire pas difficile d'affirmer simplement que Donoso n'a guère eu d'influence notable ni durable, et bien plus qu'il est aujourd'hui pratiquement inconnu du grand public en Europe et qu'il ne mérite pas non plus d'être tiré de l'oubli. Ce ne serait cependant pas seulement trop commode et trop simple, mais aussi stupide et injuste de laisser un auteur important dans l'oubli où il est tombé. L'oubli même de Donoso est en vérité un phénomène singulier et bien loin d'être simple.


Du nominalisme au pragmatisme américain   Thomas MOLNAR

La pensée nominaliste, qui a tant fait pour façonner la Modernité à ses débuts, est le produit d'une conception erronée de la potestas divine : Dieu serait à tel point puissant qu'il pourrait déterminer toutes choses par le fait de les nommer, sans être lié par aucun fondement ni aucune structure ontologique. Par exemple, Dieu pourrait décider d'appeler un chat un chien, blanc ce qui est noir, bien un mal... A première vue, cette potestas absoluta exalte Dieu au-dessus de la créature, car il n'est redevable à personne de l'identité, de la valeur ou de la signification de ce qu'il crée. Mais en vérité le nominalisme est une interprétation anarchique de la création, qu'il transforme en royaume du caprice. L'intelligence humaine y perd l'espoir d'y rien comprendre, et partant, celui de pouvoir agir d'une manière sensée, d'organiser raisonnablement le monde, d'engager des projets. Le pragmatisme américain, dont l'une des figures actuelles les plus en vue est Richard Rorty, ne fait que reprendre cette vieille erreur nominaliste.


Procès à Jésus   Florent GABORIAU

Le problème en cette affaire du procès à Jésus n'est pas de savoir si tel publiciste, " loyal serviteur de l'Eglise catholique " (comme on le dit), souhaite ou mérite de notre part " écoute et respect ", pour le confort de son entreprise. Il est de savoir si on ne trompe pas le public, croyant ou non, en faisant étalage d'une science trop courte, dont " l'exégèse moderne " n'est en rien responsable.


La foi du P. Joseph Moingt mise en cause dans la revue Gregorianum   Claude BARTHE

Les attaques publiques de jésuite à jésuite sont rarissimes. Voici pourtant que le deuxième fascicule de 1995 de Gregorianum, la revue de l'Université Grégorienne, publie sous la plume du P. Jean Galot, s.j., spécialiste de mariologie, une note de lecture sur le livre du P. Joseph Moingt, s.j., " L'homme qui venait de Dieu "…


Le cardinal-candidat   Claude BARTHE

Une habitude est prise chez les candidats aux charges suprêmes de publier un ou plusieurs ouvrages destinés à présenter leur image et leur message. Pour ceux qui briguent (ou pour lesquels on brigue, ce qui revient au même) les suffrages du conclave, l'exercice est assez délicat, car il ne s'agit pas de toucher directement un lectorat-électorat, mais d'atteindre indirectement les cardinaux électeurs en créant un courant de popularité dans le monde catholique.


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Addendum : Au sujet du P. Congar   Thomas MOLNAR

Il serait disproportionné d'accuser le P. Congar d'avoir déclenché " la révolution d'Octobre " dans l'Eglise, comme il ne serait pas tout à fait juste d'accuser Voltaire, d'Holbach, Diderot ou Mirabeau d'avoir été à l'origine de celle de 1789. La vérité se place entre le oui et le non.

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