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Numéro  46 (Hiver 1994)  :  sommaire

 

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Dossier sur la nation : L'enjeu national   Bernard DUMONT

La Nation - avec une majuscule - est une " invention " de la Révolution française, plus exactement une trouvaille juridico-politique qui s'est avérée à la fois très efficace et riche de conséquences variées. En réalité la Révolution française n'a créé de toutes pièces ni le mot ni la réalité de la nation, mais elle lui a conféré un autre sens que celui qu'il avait eu auparavant dans le langage courant. La patrie est reléguée dans la sphère privée, comme l'a été la religion. Les catholiques qui, trop souvent, ont prêté leur concours à ce processus, par excès de crainte ou pacifisme, doivent défendre résolument les identités nationales s'ils veulent éviter le nihilisme.


Entretien : L'Espagne peut-elle éclater ?   Miguel AYUSO TORRES

L'Espagne survivra-t-elle tandis qu'elle perd la seule force interne qui en assurait la cohésion historique, sa catholicité ? Miguel Ayuso Torres, professeur de droit public à l'Université pontificale de Comillas (Madrid), est l'auteur d'une importante thèse sur les conceptions politiques et juridiques d'un penseur se rattachant au courant du " traditionalisme " espagnol, politiquement lié au carlisme : " La filosofia jurídica y política de Francisco Elias de Tejada "). Dans cette thèse est abordée en détail la question, historiquement complexe, de la définition de l'hispanité, à laquelle F. Elías de Tejada (1917-1978) avait consacré d'importants développements. Nous avons interrogé Miguel Ayuso Torres au sujet des menaces de décomposition pesant aujourd'hui sur son pays, provenant aussi bien de la logique du traité de Maastricht que du développement incontrôlé des autonomismes.


Le Portugal et l'Europe   Mário BIGOTTE CHORÃO

En ce moment même, alors que nous assistons à l'intensification des motivations et des efforts de signe européaniste, nous voyons aussi se hisser, un peu partout, les drapeaux nationaux, les peuples se montrant jaloux de leurs parchemins historiques et de leur autonomie, si souvent sacrifiés sur l'autel d'unifications arbitrairement imposées et, pour ainsi dire, antinaturelles. Ce processus, apparemment contradictoire, n'est pas un motif d'étonnement pour quiconque a la perception que l'Europe ne peut être qu'une communauté de peuples divers, qu'une pluralité organique ou une unité dans la diversité des nations - bref, pour employer la formule gaullienne bien connue, une Europe des patries. Penser de cette façon ce n'est pas ressusciter des fantômes nationalistes ni des complexes xénophobes, mais tout simplement ausculter, avec une fine oreille, la voix authentique qui s'élève de la nature des choses et le murmure qui vient de l'intérieur des cœurs humains. Le Portugal ne peut légitimement s'intégrer à l'Europe que si celle-ci respecte sa vocation propre, qui est clairement chrétienne, comme l'attestent son histoire et ses poètes.


La patrie selon C. K. Norwid   Stanislaw GRYGIEL

Le concept de patrie selon le grand poète polonais du XIXe siècle Cyprian Kamil Norwid : " Ce qui définit la patrie, ce n'est ni une langue ni une culture communes, pas même un sang commun. C'est une unité de la même espèce que celle qui s'exerce sur la volonté des individus. Celle-ci possède en effet une unité qui transcende les actes et leur donne leur but. C'est une unité comparable qui fonde la vraie définition de la patrie, tout comme d'ailleurs de la maison paternelle. L'une et l'autre sont au cœur de l'être personnel et le conduisent vers l'avenir, et c'est cela qui donne un sens à chacun de ses jours".


Du pape   Claude BARTHE

L'Eglise va aborder aux rives du troisième millénaire dans un état d'atomisation croissante. Rien, sans doute, n'est jamais inéluctable, mais le mal est plus avancé qu'on ne le croit généralement. Un signe très révélateur se trouve dans le caractère que revêtent désormais les phénomènes de contestation : alors qu'ils atteignent une gravité maximale (le caractère d'enseignement définitif que se donne la lettre " Ordinatio sacerdotalis " est considéré comme non avenu), l'amplitude de leur résonance ecclésiale diminue progressivement, à la manière d'un encéphalogramme qui s'affaisse. L'indifférence — impuissante, idéologique, c'est selon — à l'absence de cohésion de l'édifice ecclésial s'épaissit. La contestation concernant les divorcés " remariés ", c'est-à-dire, en termes doctrinaux, la remise en cause du non-accès à l'eucharistie de chrétiens en situation d'adultère public, n'entame plus la passivité. En d'autres temps elle eût été considérée comme préalable à une déflagration schismatique. De fait tout se passe désormais comme si l'on pouvait tout discuter dans la confession de foi sans cesser pour autant d'appartenir à la communion ecclésiale.


Entretien : Pour une rééducation du sens liturgique   Marcel PÉRÈS

Une des grandes erreurs de la pensée religieuse contemporaine est de vouloir faire une distinction entre esthétique et liturgie. Ces deux notions ont toujours été intimement liées dans la tradition de l'Eglise. Il n'existe qu'une seule forme d'art total, c'est la liturgie. Toutes les autres formes d'art sont des succédanés . Rien de ce qui est grégorien n'est étranger à Marcel Pérès. Depuis une dizaine d'années il est le maître d'œuvre d'un immense chantier tant de recherche savante que de pratique vocale, qu'il a ouvert au moyen d'un Atelier de recherche et d'interprétation des musiques médiévales, installé dans l'Abbaye de Royaumont, à Asnières-sur-Oise, et de son ensemble Organum. Les débats concernant les interprétations " restituées " qui agitent le monde du chant baroque depuis longtemps ont fini par atteindre le chant médiéval, comme en témoignent, par exemple, les expériences de l'ensemble Venance Fortunat d'Anne-Marie Deschamps, mais tout spécialement les activités débordantes de Marcel Pérès. Naturellement, comme chez les " baroqueux ", interviennent et interviendront de vifs débats entre spécialistes du chant médiéval, des querelles de lutrin en somme, mais au sens propre et très sérieux de l'expression. Hélas ! nous n'en sommes pas encore, pour cause de désastre liturgique, au point de savoir si le chœur de Notre-Dame de Paris se réglera sur la manière de Dom Gajard ou sur celle de Marcel Pérès.


Qu'est-ce que le réalisme politique ?   Thomas MOLNAR

Lorsque je plaide pour le réalisme comme fondement de la pensée politique, je ne pense pas à la Realpolitik " d'un Cavour ou d'un Bismarck telle que les manuels la décrivent. Il y va pour moi bien plus de la grande controverse entre réalistes et nominalistes et de ses conséquences politiques. Le point de désaccord est tout à fait simple, que les discussions politiques portent sur des objets concrets ou sur des produits de l'imagination : la politique prend-elle naissance dans la volonté humaine, la volonté de Dieu, le contrat, ou dans la perception rationnelle de ce que l'on appelle les " objets " quand on se situe dans le domaine de l'étant ? ". L'utopie conduit au refus du politique, tout autant que le positivisme, négation qui entraîne l'effondrement des communautés de citoyens.


La vraie Controverse de Valladolid   Jean DUMONT

Traiter exhaustivement de cette fameuse Controverse qui opposa en 1550 et 1551, sur convocation de Charles Quint, Bartolomé de Las Casas et Juan Ginès de Sépulveda, est une nouveauté de triples et inséparables actualités et portées : une fabrication télévisée d'où Rome sort débitrice des nations, Las Casas fallacieusement au pinacle par l'infondé des thèses libérationnistes. Enfin, le contrepoint ruandais d'où il ressort la nécessité de l'offensive chrétienne.


L'impasse américaine   John NAVONE

L'art contemporain fournit une illustration saisissante de la crise culturelle américaine. Martha Bayles affirme que " l'art obscène est omniprésent... Jamais auparavant dans l'histoire de la culture, l'obscénité n'avait été si envahissante ". Bien qu'elle hésite à mettre une trop grande confiance dans le jugement esthétique des gens de la rue, elle est convaincue que ces derniers ont un goût plus sûr que les artistes dont le postulat de base est que l'art est d'autant plus présent qu'on est dans le dégradant et le déshumanisant. Le commun jauge, au contraire, les revendications de l'art par rapport à celles de la civilité, de la décence et de la moralité.


Après Le Caire   Jorge VALLS

Vision de l'écrivain cubain meurtri et toujours exilé au lendemain de la conférence du Caire. J'étais à Caracas quand un ami député a attiré mon attention sur le fait que quelque chose de très sérieux allait se dérouler à la conférence du Caire, où il était question de définir des positions pour l'avenir immédiat. D'un côté la machine ébranlée du grand pouvoir capitaliste, se défendant à n'importe quel prix et entonnant le chant néolibéral, obsédée par le contrôle biologique - de l'autre, la dispersion humaine, avec la majorité de ceux qui ont faim, les masses incapables de surmonter victorieusement le combat de la concurrence, mettant des enfants au monde comme seule manière d'affirmer leur existence. Peut-être, à la frontière, un pape agitant ses habits au vent, parlant d'une justice idéale et s'opposant à l'avortement. Un vrai spectacle surréaliste à la Dali.


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Changement de tactique   Thomas DUMONT


Correspondance : Correspondances avec le feu cardinal Decourtray   Francis VOLLE

Du livre du P. Francis Volle, cpcr, "Pour vous guider vous avez..." (Editions Joyeuse Lumière, 21bis rue Dareau, 75014 Paris, novembre 1994), nous extrayons, avec l'aimable autorisation de l'auteur, l'échange de correspondance suivant avec le feu cardinal Decourtray (pp. 25-26). Le livre du P. Volle, selon la manière très pastorale de l'auteur, est une espèce de journal composé d'un grand nombre de petits articles, portant notamment sur les questions morales, la contestation dans l'Eglise, la liberté religieuse.


Jean Brun et Marcel De Corte   Thomas MOLNAR

Thomas Molnar a souhaité ajouter quelques remarques personnelles à l'hommage que nous avons rendu, dans le précédent numéro de Catholica, aux philosophes récemment disparus Marcel de Corte et Jean Brun.

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