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Numéro  34 (Novembre 1992)  :  sommaire

 

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La rumeur fondamentaliste   Bernard DUMONT

Le fondamentalisme est à proprement parler une tendance interne du protestantisme américain, une réaction à l'encontre des interprétations rationalistes de la Bible diffusées par le courant libéral, équivalent protestant, d'ailleurs chronologiquement antérieur, du modernisme chez les catholiques. On pourrait dire : un antimodernisme primaire, anti-intellectuel, sentimental et souvent millénariste exprimé sous la forme d'un catalogue de recettes - une fâcheuse propension américaine -, en l'occurrence quelques croyances " fondamentales " dont la littéralité absolue de l'Ecriture est le principal pivot.. Rapprocher de cette attitude presque folklorique certains comportements nés dans le contexte du catholicisme actuel, notamment européen, paraît peu fondé, sauf peut-être en ce qui concerne des groupes précisément très américanisés comme le " Renouveau " pentecôtiste (c'est d'ailleurs en ce sens que l'épiscopat américain avait parlé d'un danger de " fondamentalisme biblique " dans le courant charismatique, dès 1975). Toute la difficulté revient donc à dégager des caractéristiques aptes à définir une acception recevable.


Le dialogue, discernement du Verbe   Claude BARTHE

Les ambiguïtés d'un certain nombre d'auteurs en matière de théologie des religions - et plus que cela : leurs déviations hétérodoxes - ne doivent pas provoquer un coup d'arrêt en ce domaine, bien au contraire. Comment continuer l'avancée de la réflexion en profitant des déblocages intellectuels qui ont eu lieu dans des conditions qu'on peut certes regretter, mais qui en eux-mêmes représentent un acquis positif ? C'est la finalité ultime du dialogue entre religions qu'il faut dégager le plus clairement possible. Il arrive en effet qu'on dénonce des ambiguïtés symétriques à la dérive syncrétiste, laquelle consisterait à camoufler sous le dialogue inauguré par l'Eglise une tentative de récupération de tout le potentiel religieux de l'humanité. Nous voudrions au contraire montrer comment le " discernement " que le dialogue cherche à opérer dans le religieux est en fait la suprême marque de respect que l'Eglise puisse porter à ceux avec lesquels elle converse, à la condition, bien entendu, que les objectifs soient clairement énoncés (et pour cela clairement connus d'eux) par les chrétiens qui dialoguent.


Entretien : Considérations sur l'homme machinal   Philippe FORGET

C'est peu de dire que la technique est devenue envahissante. Il est vrai que plus l'outil est sophistiqué, plus la manière de s'en servir requiert l'exercice de cette éminente vertu - individuelle et plus encore, politique - qu'est la prudence. Quand celle-ci s'efface devant la physique (sociale ou même individuelle), faut-il s'étonner du désordre qui en résulte ? Philippe Forget (docteur en philosophie politique et morale, collaborateur de diverses publications comme " Le Monde Diplomatique ", " Krisis ", " Sens Magazine "), a réfléchi à cette inversion des rapports entre l'homme et ses outils dans un ouvrage réalisé en collaboration avec Gilles Polycarpe ("L'homme machinal. Technique et Progrès anatomie d'une trahison", Syros Alternatives, 1990).


Deux voies vers un même précipice   Igor CHAFAREVITCH

Le phénomène socialiste (Seuil, 1977) est l'oeuvre par laquelle un mathématicien russe jusque-là inconnu en dehors de quelques cercles scientifiques, Igor Chafarévitch, membre de l'Académie des sciences de l'URSS, s'est révélé en réalité comme l'un des grands analystes de l'utopie marxiste. Compagnon de Soljénitsyne, il a subi en même temps que lui les attaques des " pluralistes " séduits, selon une ancienne tradition russe, par les attraits de ce qu'il est convenu d'appeler la civilisation occidentale. Dans les bouleversements actuels de son pays, Igor Chafarévitch, qui assume plutôt la tendance opposée dite " slavophile ", se voit paradoxalement soumis à des vexations plus grandes que sous le régime précédent, puisqu'il vient de perdre son rang d'académicien à la suite de la publication d'un nouveau livre sur la Russophobie. D'autres que lui sont inquiétés pour les mêmes raisons, accusés de populisme, d'antisémitisme, voire, comme cela se faisait à l'époque de Staline, de nazisme (Cf à cet égard un entretien de l'écrivain Valentin Raspoutine, dans La Croix l'Evénement le 21 août dernier). Le texte qui suit est repris d'un article paru dans Novy Mir (n. 7, 1989). A un moment où le récent Appel de Heidelberg vient confirmer que le constructivisme technologique confine à l'idolâtrie dans l'esprit de certains scientifiques, on appréciera la comparaison effectuée entre deux manières finalement très apparentées de concevoir le rapport de l'homme à la nature.


L'oppression de l'homme libéré   Thomas MOLNAR

L'autonomie de l'homme, cet idéal qu'on a poursuivi des siècles durant, se trouve être un fardeau. L'histoire et la pensée modernes ont été façonnées par l'attente de l'indépendance progressivement réalisée dans tous les domaines. Indépendance de tout contrôle cosmique ou divin, indépendance de toute direction morale assurée par des institutions et en fin de compte, indépendance de toute structure ou modèle de pensée. La raison, par exemple, pour laquelle le régime bolchevique a représenté pendant des décennies un espoir absolu pour un très grand nombre de gens était que sa réelle brutalité pouvait être interprétée comme le présage de l'émancipation totale à venir. Les souffrances qu'il infligeait étaient ressenties comme proportionnées à l'obscurantisme de l'histoire, des griffes duquel il essayait maintenant de sortir l'humanité. Qu'un système de salut aussi faux ait connu en ce siècle une fin honteuse n'a pas éteint la foi constamment renouvelée dans le fait qu'il valait la peine de payer le prix des échecs et des défaites puisque les chaînes devaient tomber.


La médecine entre deux éthiques   Francesco LEONI

L'histoire de la médecine ne peut que confirmer que pendant à peu près deux mille ans, l'éthique médicale s'est appuyée, dans le monde occidental, sur le principe du caractère sacré de la vie. Comme on le sait, le serment que l'on attribue à Hippocrate, mais qui revient en réalité à son école, imposait déjà de ne donner " à personne un produit mortel, même sur sa demande ", ni de lui fournir un conseil de ce genre, et interdisait aussi d'administrer aux femmes des drogues abortives, bien que les spécialistes ne soient pas d'accord sur l'interprétation précise de ces passages et malgré le fait que, dans le monde gréco-romain, certains médecins ne se sont pas refusé à pratiquer euthanasie et avortement. Grâce à l'affirmation du christianisme, cependant, le principe de la sacralité de la vie s'est imposé désormais sans exception à l'éthique médicale, et à partir du moyen âge il a été sanctionné par la loi. Alors que dans le monde païen le médecin pouvait refuser son concours à celui qu'il considérait comme incurable, sa philanthropie étant circonscrite aux limites de son art ou de la nature, le médecin chrétien se faisait un devoir de porter. Une telle conception contribue à rendre encore plus inconcevable l'euthanasie.


Le défi   Jorge VALLS

J'avoue que je n'aime pas trop ce mot de " défi ". Je suis trop vieux, et enfant de trop vieux peuples pour faire mienne cette sottise positiviste, pragmatique, " capitaliste " de la vie conçue comme un défi auquel il faudrait s'affronter avec " énergie ", " courage " et je ne sais quelles autres choses, et où toujours " il faut vaincre ". Cela me semble une fanfaronnade de gamin mal élevé. Nous qui venons des sources profondes du temps, ce temps qui n'est autre que le dur enfer de notre désir d'être, nous savons que la vie -cette existence que nous avons sur la terre - est une terrible adversité qui finit toujours par nous vaincre, une intempérie funeste contre laquelle il n'y a jamais de protection, un jeu d'assaut dont nous ne nous défendons presque jamais, parce que, de toute manière, cela ne sert à rien.


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Précisions : Réactions diverses  

Faisant suite à l'article de notre dernier numéro intitulé " L'obsédante cité séculière " (Bernard DUMONT, Catholica n. 33, pp. 33-42), Danièle Hervieu-Léger, dont certains travaux étaient cités, nous a adressé les précisions que voici.

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