Revue de réflexion politique et religieuse.

Aidan Nichols o.p. : Chrétienté, réveille-toi ! Redynamiser l’Église dans la culture

Article publié le 25 Juin 2013 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre d’Aidan Nichols o.p., Chrétienté, réveille-toi ! Redynamiser l’Église dans la culture, éditions de l’Homme Nouveau, avril 2013, 318 p., 28 €.

L’auteur est un dominicain très British dans son style d’exposition, courtois, détendu, très cultivé, mais aussi très affirmatif dans l’exposition de ses opinions. Partant du constat d’évidence que l’inculture atteint des sommets dans le climat général de décomposition postmoderne, il milite pour une reprise dans les secteurs principaux de la vie chrétienne. On pourrait dire que cet ouvrage, publié en 1998 dans sa version originale, est un programme de redressement lancé à l’attention de l’Eglise du temps postconciliaire, dans une optique très « réforme de la réforme » (tirant de manière préférentielle vers le traditionnel, mais avec des concessions). C’est explicitement le cas en matière liturgique mais aussi, par exemple, en philosophie à propos du postmodernisme et de ses conséquences. Chacun des chapitres reçoit pour titre un mot d’ordre : réenchanter la liturgie, relancer la philosophie chrétienne, reconstituer une société de foyers, resacraliser la culture matérielle, repositionner la spiritualité moderne, et ainsi de suite. Le chapitre VI (« Réimaginer l’Etat de chrétienté ») prend la forme d’une discussion avec un théologien anglican, Oliver O’Donovan. Prenant acte de la perte d’unité religieuse dans la société, Aidan Nichols, s’inspirant de MacIntyre, Simone Weil et Christopher Lasch, Thomas Molnar ou Álvaro d’Ors, considère que la laïcisation avancée de la société jadis chrétienne résulte de la dégradation antérieure de la manière de vivre ensemble et voudrait donc voir récupérer « certains des aspects d’une société chrétienne » pour rendre à nouveau possible une vie conforme à l’évangile, qu’il suppose – sans critique poussée sur ce point – utiles pour « libérer l’Etat démocratique moderne des conséquences débilitantes de sa propre histoire ». L’auteur se montre sensible à la dégradation de l’image de la fonction politique, à sa « désymbolisation », avec pour conséquence inévitable une perte de légitimité – un phénomène que, par manière de mimétisme, on retrouve largement dans l’Eglise actuelle. Si bien qu’il imagine mal un nouvel « Etat de chrétienté » sans ce qu’il nomme le « retour d’une cohérence » à l’intérieur même de l’Eglise. « Ce n’est pas chercher l’expansion et l’autopromotion de l’Eglise que de demander à celle-ci de désavouer le terme «pluralisme», euphémisme par lequel ses dons spirituels et magistériels se trouvent neutralisés (la république d’Irlande offre à cet égard un exemple instructif) » (p. 106). Cet ouvrage a les défauts de ses qualités : agréable à lire, il fraye de nombreuses pistes à partir d’une réflexion personnelle authentique et ouverte sur l’avenir, mais il ne faut pas en attendre d’exposés méthodiques ni d’argumentations serrées.

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